LE TEMPS QUI PASSE

par TABE





Nous voilà en l'an 2004 et l'apocalypse ne s'est pas déchaînée, sur nos têtes. Notre bonne vieille Terre tourne toujours à peu près rond. Tant pis pour les prophètes de malheur, et tant mieux pour l'humanité.

L'an 2000 ! J'avais encore du mal à y croire. Pour tous ceux de ma génération, c'était de la science-fiction. Un autre monde, fait de robots et de fusées, de voyages dans l'espace et dans le temps. Un monde parfait pour un homme parfait. Techniquement, c'est plutôt réussi, mais humainement, nous sommes loin du compte. Les grandes valeurs morales qui guidaient nos pas ont disparu.

Mes quatre-vingt-quatre ans, j'ai du mal à y croire aussi, mais je les admets. Quand j'étais enfant, je voyais ces petits vieux vissés à leur canne, ou ces braves grands-mères cassées en deux dans leurs champs, le visage ridé comme une vieille pomme. Je ne pouvais pas imaginer qu'ils avaient été jeunes et séduisants, pleins de force et de rêves. Encore moins qu'un jour je risquais de leur ressembler !

Personne ne peut nier l'inquiétude liée à la fin, au départ définitif. La vieillesse est, pour moi, source de sérénité. J'ai rempli ma vie avec un tas de choses, mais il reste toujours cette notion d'échéance. Dans le fond, je me vois, comme "éternel"? Pourtant, j'arrive à un âge où tous ceux de ma génération m'ont quitté autour de moi et, pour l'instant, je suis exempté, un peu comme sur un champ de bataille, mais je reste serein. La vie m'a appris une chose : la joie, au fil des années, de me réveiller, le matin, en bonne santé.

Alors, tant que j'aurai, suffisamment, d'énergie pour pratiquer plusieurs sorties à vélo par semaine, l'âge ne sera qu'un chiffre.

On sait, maintenant, que la Terre est âgée de 4,5 Milliards d'années et que l'homme est apparu il y a environ cinq millions d'années. Mais on n'est même plus certain de la date de naissance du Christ ! Peu importe. Moi qui n'aime pas les anniversaires, je suis heureux d'avoir soufflé les bougies du siècle. Et du millénaire !

Quand je pense que certaines personnes sont centenaires ! Traverser un siècle dans sa totalité. Que de souvenirs et probablement que de souffrances aussi. Car ces cent ans n'ont pas toujours été tendres avec l'humanité. Loin s'en faut. Pourtant, en 1900, chacun était plus ou moins persuadé que le progrès scientifique allait nous servir le bonheur sur un plateau. C'était sans compter avec la folie des hommes. Ils ont fait de ce siècle le plus meurtrier de l'Histoire.10 millions de morts en 14/18 ; 50 millions de morts en 1939/1945. Et depuis : 70 millions de morts en comptant les révolutions, les génocides un peu partout sur notre petit globe, perdu dans l'immensité de l'UNIVERS. A croire que les responsables se croient éternels !

On m'a appris à être un acteur, malgré moi, à tuer des centaines " d'ennemis " alors que je n'en avais pas !!! J'en ai tiré que du dégoût, et de la haine pour ceux qui ont voulu ces massacres à grande échelle pour s'enrichir.

Quand je regarde ces chiffres, ils me donnent le vertige. L'humanité a atteint le fond de l'abîme. Pourvu que les dirigeants du monde retiennent la leçon. Aujourd'hui, avec l'arsenal nucléaire que les puissances détiennent, il n'y aurait pas de survivants.

Je te demande pardon, ma douce, de t'infliger de telles horreurs.

J'en veux aux politiciens qui devraient vivre pour la France, s'y donner en dehors de toutes les magouilles et combines, sans faire les carpettes et en osant crier leur vérité, et délivrer notre pays de ses peurs, de sa misère, de sa morosité, de cette " sinistrose " dont nous parle sans cesse les médias et les experts en tout genre, affranchir les Français de leurs complexes.

Ils ne savent plus affronter les crises, trop habitués à leur confort, préférant faire la politique de l'autruche face aux problèmes, reculant sans cesse devant la puissance de la rue. C'est lâche. Ils n'ont pas le droit de laisser les générations futures hériter d'une France défigurée.

J'enrage quand je vois les Français s'affronter et se diviser, pour leur malheur. J'enrage quand les chemineaux imposent aux Français leur dictat, quand ils font la loi dans l'éducation nationale. Je m'inquiète quand je sens que nous perdons nos grandes valeurs, quand nos sociétés se délocalisent ; quand ma patrie est menacée et violentée par les plus lâches des assassins : les terroristes.

On ne fait pas bon ménage avec la politique, chacun voit ça à sa façon. Alors je vais te parler des moineaux. Quelle idée !!!

Dans mon jardin, il y a un grand charme pyramidal (le seul dans la Ville Haute - quartier St. Michel). C'est le parlement des moineaux. Après avoir rangé mon intérieur, selon les souhaits de P. je me suis mis à la fenêtre pour les écouter. L'arbre est tellement touffu que je les voyais à peine. Par contre, mes oreilles étaient sollicitées par leurs cris paillards et monotones.

Le moineau est, comme l'alouette, un oiseau essentiellement français. L'alouette représente certains côtés lyrique, c'est l'oiseau des champs par excellence, l'oiseau du laboureur, sa compagne assidue qu'il retrouve partout pour l'encourager et lui chanter l'espérance.

Me voilà lancé sur l'alouette! La disposition de ses ongles la rend impropre, à percher sur les arbres. Elle niche à terre, et sans abri que le sillon. Au moment où elle couve, elle a beaucoup de soucis et d'inquiétudes, une simple motte que le cultivateur lui a laissée pour protéger le trésor de cette mère.

Bien documenté, sur cette merveille, je savais qu'elle élevait ses petits, à la hâte. Mais cet oiseau national, à peine, ses petits élevés, donc, hors de danger, retrouve toute sa sérénité, son chant, sa joie. Elle est gaie, sociable et confiante, offrant un modèle, assez rare, parmi les oiseaux: l'amour fraternel .L'alouette, comme l'hirondelle, au besoin, nourrira ses sœurs

Cela me rappelle mon enfance, lorsque pour me rendre, à l'école, je prenais, à travers champs, un chemin charretier raviné, sur plus d'un kilomètre.

Quand c'était la saison, je partais, plus tôt, à l'école, pour admirer ce bel oiseau. Le moindre rayon de lumière suffit pour lui rendre son chant. C'est la fille du jour. Dès qu'il commence, quand l'horizon s'empourpre et que le soleil va paraître, elle part du sillon comme une flèche, porte au ciel l'hymne de la joie. Le jeudi matin, jour de relâche à l'époque, de très bonne heure je courrais au milieu des champs, pour voir le spectacle unique qu'elles nous offraient.

Aucun oiseau n'est capable de lutter, avec l'alouette, pour la richesse et la variété du chant. Elle chante, une heure d'affilée, sans s'interrompre d'une seconde, s'élevant, verticalement, dans les airs jusqu'à des hauteurs de mille mètres, et sans qu'une seule de ses notes se perdent dans ce trajet immense. Puis, ce petit point noir s'élance en chute libre, à une vitesse incroyable. Et comme si elle ouvrait un parachute, elle atterrit en douceur sur son nid. Une merveille de la Nature !!!!

Depuis plus de cinquante années, je n'ai plus vu une seule queue d'alouette. Cette race a dû s'éteindre !! Ecrasée, dans les champs, par les engins mécaniques perfectionnés ; tuée par les pesticides.

Alors, je suis bien forcé de retourner à mes moineaux.

Le moineau, lui, est plutôt l'emblème de la " pétulance " gauloise, de la verve bruyante et gouailleuse. Il est alerte, effronté et pillard. Il est partout, dans nos rues, sur nos toits, dans nos jardins.

Ils ont occupé la grande surface où nous faisons nos emplettes. Un jour, une petite bombe molle est tombée, dans notre caddy, sur une boîte de beurre. La rigolade!

Vêtu d'une livrée brune et grise, avec un liséré jaunâtre sur l'aile. Il ne paie certes pas de mine, mais il est, de ceux, qu'il ne faut pas juger, sur l'habit. Son charme est dans la vivacité de ses yeux couleur noisette, dans son sautillement rapide, dans le mouvement curieux de sa tête. L'hiver, ils sont les premiers à s'agripper aux boules de graisse que j'accroche aux arbres. Ils se battent entre eux, mais ils sont galants avec les femelles, plus belles et plus fines que les mâles reconnaissables à leur tâche brune sous le cou.

Quand les mésanges bleues, qui attendent leur tour, commencent à s'impatienter, elles foncent à plusieurs, et délogent les moineaux. Ils ne partent pas, pour autant, se placent quelques branches plus loin, car ils sont insatiables.

Tu m'as écrit : " Deviendrais-je une sauvage ?

" Non ma douce !! Tu es comme moi : tu souhaites, parfois, être seule, avec tes pensées. Nous avons besoin d'un face à face avec nous-même.

En ces instants, il y a beaucoup de sentiments qu'on garde pour soi, en communion complète avec la nature. Ce temps d'arrêt nous permet de remettre nos pensées en ordre. Et comme tu le dis si bien : " Avoir du plaisir à être seul, ce n'est pas être égoïste, c'est se préserver " Tu es vraiment unique !! Et adorable !!

Mes vacances ? Oui ! ma douce, j'aurai voulu que tu découvres ces beaux paysages avec moi, car comme tu l'écris si bien, nous avons le même regard sur cette Nature, qui est mon Dieu.

LA CHANSON DU TORRENT

L'eau jaillit : la roche déserte
Va répondre aux chansons des bois,
Je donne aux prés leur robe verte :
Ils sont muets, je suis leur voix.


La vie autour de moi fourmille :
Elle coule avec les ruisseaux ;
J'abrite une immense famille ;
Un peuple entier vit sous mes eaux.


De mes bords chérissant la zone,
Les arbres croissent par milliers ;
Le merle bleu siffle sur l'aune,
Le vent berce les peupliers.


La génisse, au bruit de la cloche,
Conduit vers moi de gais troupeaux ;
En chantant le berger s'approche,
Et prend sa flûte à mes roseaux.


C'est moi qui fais tourner la roue
Du meunier conteur et malin,
Ma voix l'accompagne et se joue
Au joyeux tic tac du moulin.


A vos travaux je m'associe :
Je bats le fer du forgeron ;
Je meus l'infatigable scie
Sous le toit du vieux bûcheron ;


A travers le roc et l'argile,
L'eau glisse et creuse incessamment
C'est moi, sur la terre immobile,
C'est moi qui suis le mouvement.


Si parfois mon flot déracine
L'épi d'un imprudent sillon
Le sol que j'ôte à la colline,
Je le restitue au vallon.


La chanson du torrent convie
Chaque être à sortir du repos ;
J'appelle au travail, à la vie,
Les fleurs, les hommes, les troupeaux.


Théo



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