LE DOMAINE DE MIRAGO

par Theo





Il fallait que j’écrive cette tendre histoire, ne serait-ce que pour faire revivre dans nos cœurs Mirago : gros matou gris, roux, tigré, que nous regrettons encore.

Son domaine, c’était vraiment son royaume. Il en avait délimité patiemment, jour après jour, son territoire. Les minets les plus belliqueux en avaient été exclus au prix de rudes batailles. Seule, Missette, demoiselle chatte aux grands yeux d’émeraude, aux formes gracieuses et rondelettes, avait le grand privilège de partager avec lui ce jardin de délices : un grand verger, aux arbres touffus, aux herbes folles, fleurant bon le lilas du printemps, les foins de l’été et l’odeur des pommes rouges et jaunes de l’automne.

Là, sur le grand banc vert,il s’installait nonchalamment, il s’étirait, toujours attentif au moindre bruit, au plus léger bruissement d’ailes, sournoisement, l’œil mi-clos, l’oreille frémissante ! Malheur à l’oiselet insouciant et moqueur, au mulot aventurier et follet, à la souriette désobéissante !

Mirago veillait félin. Avec une souplesse incroyable pour un animal aussi puissant, aussi trapu, doucement et patiemment il avançait le regard fixe, fasciné, sur sa future victime. Plaçant avec prudence ses grosses pattes, tremblant d’impatience contenue, affolant quelques sauterelles au passage, effleurant à peine les herbes parfumées. Souple, félin, magnifique, il ne ratait jamais sa proie. Cruel, ils’ en amusait. Semblait la perdre quelques instants sous les ramures ; la rattrapait au pied du gros groseillier, la faisait rouler entre ses larges pattes, la laissait filer sous le banc vert où, admirative Missette suivait la scène.

Enfin , lassé par ces jeux, irrité par les cris de la pauvre bête, tel un pacha cruel, despote , il décidait du coup de grâce. Ceci fait, il se laissait tomber à terre, savourant sa victoire. Reprenant son souffle, il semblait réfléchir un moment….Puis, bon, généreux, royal, serrant son trophée entre ses cruelles dents fines et aiguës, il allait l’offrir à la belle Missette aux grands yeux étonnés et ravis.

Ce furent deux années merveilleuses pour un Mirago tendre, admirable, au regard émerveillé, mais aussi, parfois, lourd de reproches selon les sentiments du moment. Deux années de découverte, d’insouciances, de nonchalance dans cet Eden pour minets heureux.

C’est là qu’un matin d’automne, se sentant las, atteint par la maladie, il décida de respirer une dernière fois les odeurs qu’il aimait tant. Il fit encore quelques pas chancelants dans les herbes perlées de rosée. Puis, ses bons yeux verts baignés de larmes, il enfouit son nez rose dans les longs cheveux de sa petite maîtresse, ma fille Corinne.

Il rejoignait le Paradis des gros Minets, emportant dans un dernier regard la vision de ce domaine parfumé où il avait régné en bon despote, en gros matou, en maître absolu.

Quant à nous, il nous semble toujours te voir dans un rêve, te glisser, félin, trapu, puissant, mais si bon, si calme, si rassurant dans les herbes émaillées de fleurettes de ton grand verger, « Le Domaine de Mirago »



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