MARTINE

par THEO





Vendredi, 17 h.

Je quitte le travail. La semaine est terminée. J’ai envie de rentrer, envie d’un bain, d’un bon massage. Quelle journée exténuante ! Mes pieds sont gonflés dans mes chaussures. J’ai envie de partir d’ici, mais d’abord prendre ce bain !

Deux jours devant moi. Et si je fuyais cet univers fermé, ces blocs de béton, ce bitume, en prenant la voiture ? Ce soir : aller prendre un verre à la Manille ? Non ! Je suis trop lasse. Je regarderai la télé, en pyjama.

A présent, j’attends le bus. Il arrive enfin. Bondé, bien sûr… Quelques arrêts après, je réussis tout de même à me glisser sur un siège. En m’asseyant, j’effleure les genoux de l’homme qui me fait face. Je m’excuse poliment et lui souris. Le regard de l’homme coule déjà sur mes seins. Son regard lubrique glisse sur moi comme une limace baveuse.

La lumière du soleil déclinant filtre au travers des vitres sales et éclaire des myriades de particules de poussière qui flottent dans l’air. Cette magie m’apaise un peu. Un orage se prépare. La transpiration imprègne mes cheveux qui retombent en mèches collantes sur mon front. En faisant un geste pour les repousser, je lève les yeux. L’homme me sourit. Ce large sourire découvre des dents disposées au hasard et couvertes d???un film jaunâtre. Il déplace son genou de manière à me frôler. Ecœurée par ce contact et incommodée par les effluves de son haleine, je me lève brusquement, sans m’excuser cette fois de l’avoir bousculé.

Arrêt : rue de l’Ecluse, je me mêle aux gens qui reviennent du marché, chargés de sacs. Je ne sais pas quoi manger ce soir. Un sandwich ? Non, je suis au régime : trois kilos à perdre. Je passe devant la boucherie, j’achète un steak, avec des épinards ça sera parfait.

Enfin chez moi.

Un homme m’attend sous le porche et retient galamment la lourde porte d’entrée.

- Je ne vous avais jamais vue. Vous habitez l’immeuble ?
- Presque depuis deux ans
- Je m’appelle Henry, on pourrait faire plus ample connaissance autour d’un verre !
- Et moi, Martine. Non, je vous remercie. Je suis fatiguée ! »

Je n’ai pas envie de discuter. La façon qu’a cet homme de me dévisager me déplait. J’ai envie de silence, de solitude, je trouve les villes trop peuplées, je rêve de grands espaces.
J’ai bientôt trente ans. Que vais-je faire de ma vie ?

Á cet instant, j’ai le sentiment d’être une coquille vide, emportée au gré du temps. Je me juge sévèrement, j’ai peur de l’inconnu, je manque de confiance en moi. Cela me fait souffrir. Pourtant mon entourage me croit forte. Mes amies viennent se confier à moi et me demande conseil. Je trouve la vie difficile. J’aspire parfois à vivre dans le monde des rêves dont parlent les romans.

Après quelques relations sans lendemain, mon premier rendez-vous avec Serge m’avait persuadée qu’un tel monde existait. J’ai connu les bonheurs du parfait amour, le premier baiser du Prince qui réveille d’un long sommeil. Je me sentais forte et belle. Je pensais pouvoir goûter sans fin aux délices du plein épanouissement. Cependant, avec le temps je me suis rendue compte que Serge n’arrivait plus à me comprendre, qu’il n’anticipait plus mes désirs ni ne lisait plus dans mes pensées.

Il est parti trois semaines en Allemagne pour le tournage d’un film documentaire pour la chaîne France-2. Quelque chose a changé. Je ne suis plus sûre d’aimer Serge. Il est à 300 km. Il ne me manque vraiment pas. Quand il est parti, au réveil je n’ai eu aucun élan vers lui. Pas de doux baisers pour le réveiller tendrement comme il y quelques années. On a échangé un baiser maussade sur le palier. J’ai l??impression que nous sommes devenus deux étrangers vivant sous le même toit. A ses yeux, j’ai peut-être vieilli, j’ai pris quelques kilos ? C’est sans doute pour cela qu’il me néglige et ne me fait plus l’amour que rarement et distraitement comme s’il pensait à autre chose qui l’obsède ou à une autre femme peut-être…

Je me glisse enfin dans l’étroite baignoire. Je sens mes muscles se délier. Mon esprit s’enfuit ailleurs. Je baigne mollement dans ma niche chaude. Je me dilue.
Je sors du bain, calme et détendue. L’orage déverse son eau sans trop de bruit. Et puis, il s’en va ailleurs.

Je regarde le grand lit vide… Vide et froid. Impossible de dormir si je ne lis pas un peu avant. Devant la bibliothèque, je choisis un livre de science fiction. Je m’installe confortablement sous la couette avec le livre posé à côté de moi. En voulant arranger l’oreiller, je le fais tomber et il se coince sous le lit Je m’agenouille pour regarder dessous, et j’aperçois sous le lit, un livre de poche. J’en profite pour le ramasser, il s’ouvre et une petite feuille de papier tombe du livre. Sur le papier, un prénom, « Nadine », et un numéro de téléphone : 09 87 17 28 00.

Les battements de mon cœur s’accélèrent. Ce prénom de me dit rien, Pourquoi avoir noté ce numéro sur un bout de papier et pas dans son agenda. Il n’était donc pas dans son bureau. Depuis quelques mois je voyais des signes de trahison partout : ses retards, ses absences pour son travail. Pourtant Serge me donnait des explications si simples que j’en avais honte de douter. Mais alors pourquoi ce malaise entre nous ?

Je veux lui téléphoner, à cette Nadine. Et je cherche un prétexte qui justifierait mon appel. Pourvu qu’elle soit là !

- Oui, allo ?
- Excusez-moi de vous déranger, je suis la femme de Serge
- Qui, sa femme ? La femme de Serge Ducase ?
- Oui, il est en déplacement et m’a demandé de joindre son assistante Nadine. Vous êtes bien son assistante ? Sur son agenda, il y a juste Nadine sans nom de famille.

Un rire nerveux la secoue. Après un silence, elle reprend :

- Je ne vous crois pas, ça fait bientôt deux ans que je sors avec Serge, on va emménager ensemble bientôt. Et puis expliquez-moi quand il trouve le temps de vous voir, entre son travail, et les heures que nous passons ensemble. Vous n’avez rien remarquez, mais les nuits où il vient dormir chez moi ?
- Je ne sais pas, en déplacement, je crois. Nous ne vivons pas ensemble, nous avons chacun notre appartement.
- C’est incroyable, vous me dites qu’il est en déplacement, mais hier nous avons déjeuné ensemble, à la Belle Epoque. Il faut qu’on se rencontre.
- Ce n’est pas la peine, nous ne sommes pas mariés, je vous le laisse !

Je raccroche. En colère après moi-même. Je me sens trahie mais pas humiliée, je ne l'aime plus depuis un certain temps. Je ne veux plus penser à Serge, ne pas imaginer sa trahison. Je choisis parmi mes DVD une comédie burlesque. Je n’arrive pas à m’accrocher aux images. Je vais à la cuisine, je sors une bouteille de whisky, et j’en bois un double. Je sens le liquide passer dans mes veines. Je m’en verse une autre rasade. Soudain, le téléphone sonne. Je décroche, et je reviens à la vie. Tout va bien !

« Allô, Martine ? C’est Danielle, une copine, en congé, qui travaille avec moi dans le même laboratoire d’analyses biologiques. Elle me propose d’aller danser dans un pub que je ne connais pas. Cela ne pouvait pas mieux tomber pour me changera les idées ! Pourquoi pas… Je lui donne rendez-vous chez moi, à 21 h, c’est à dire dans une heure, le temps de me préparer.

Devant le miroir, je soupire, je découvre de petites rides, ridicules aux coins des yeux, presque rien, les joues un peu tombantes, mais si peu… Bon fini de se lamenter, au travail ! Après les yeux, les lèvres.

Une demi heure plus tard, c’est enfin terminé : de beaux cheveux bruns à l’ondulation naturelle et enivrante, de longs yeux singuliers, verts, d’une couleur profonde et troublante, une bouche voluptueuse, une poitrine d’une femme plénitude et un taille encore assez fine. Je me sens en forme, libérée d’un grand poids.

Encore une autre demi heure, et après beaucoup d’hésitation, je suis enfin prête, vêtue d’une jupe fendue, de ma chemise noire et de mes chaussures marron, bien décidée à partir m’amuser.

Vendredi, 21 h 30

La boîte de nuit est bondée. Après avoir dégusté un whisky avec Danielle, je commence à me diluer dans une savoureuse inconscience. Je me souviens à peine de cette Nadine. Au diable Serge !

Un homme traverse la piste. Il est beau, habillé avec soin. Je le regarde fendre la foule avec une démarche ferme et assurée. Cheveux noirs ondulés, regard profond. Ayant sans doute remarqué que je ne le quittais pas des yeux, il vient vers moi. Il me tend la main :

- Vous aimez la salsa ? Je me présente, Rémi Robert, professeur de maths.
- Oui, une salsa n’engage à rien. Je suis Martine Lebau. Laborantine.

A la fin du morceau, il me reconduit à ma table. Je trouve Danielle accompagnée de son danseur et ami à notre table. Dans le regard de Rémi je vois une interrogation. Danielle, plus rapide que moi, l’invite. Il prend place à mes côtés.

Après avoir bu une flûte de champagne, le rythme pénètre en moi. La musique entame un slow. Dans les bras de Rémi, je me sens bien, je me sens libre. Le champagne aidant, mes mouvements sont de plus en plus lascifs. Tout en continuant à danser, je garde les yeux fixés sur lui ; Nous dansons, de plus en plus près l’un de l’autre. Il me prend par la taille. Je pose une main sur son épaule, l’autre dans le bas de son dos. Un peu plus près encore. Nos jambes se mêlent et je ne peux alors ignorer plus longtemps la belle érection qu’il ne réussit pas à dissimuler. Le désir monte au creux de mes reins, monte et descend comme une vague. Je sens mon string coller à mon sexe. Mes tétons pointent à travers les tissus sur le torse de Rémi.

Je suis presque en transe lorsqu’il effleure mon cou de sa bouche. Il me susurre à l’oreille qu’il se trouve dans une situation délicate et qu’il a envie de moi. Je lui réponds que je rêve de sa bouche et que sa bosse me fait honneur. Il me propose de venir boire un verre chez lui, il habite tout près.

Au long du chemin, Rémi parle de lui. Je ne peux pas dire que c’est très excitant. Je repense à Serge, il doit être chez Nadine. Si je ne le trompe pas, je ne pourrai jamais me relever. Si je le trompe, je serai plus forte, je pourrai jouer le rôle de la femme bafouée avec détachement dans les bras de Rémi.

Nous arrivons chez Rémi. Au lieu de m’arracher les vêtements, il m’indique la salle de bains, et me demande d’y aller la première. Je refuse, il y va le premier.

J’entends le bruissement de l’eau. Je me déshabille, je me glisse discrètement dans la salle de bains et le regarde se savonner. Il est tourné vers le mur. Quand je me colle contre son dos, il frémit. Ma langue lèche sa peau et descend le long de sa colonne vertébrale pour arriver à ses fesses. Alors il se retourne lentement et glisse sa main entre mes jambes mouillées…

Il m’a regardée avec un désir auquel je ne peux résister, je ne peux rien refuser. Je suis immobile et je sens ses mouvements en moi. Mais à peine je commence à me détendre que déjà l’ultime poussée des fesses lui arrache un râle de satisfaction… Quelle déception ! Sa jouissance fulgurante, me laisse la bouche bée. Il s’abat sur moi, serré contre ma poitrine, et je reste dépitée. La poussée de ses fesses a été ridicule. En vérité il était intensément comique dans cette posture et dans cet acte…

Je voulais sentir cette vive émotion physique, je voulais l’obtenir de lui. Mais il a terminé avec son petit orgasme. Et au lit, il s’est endormi.

Au petit matin, mon envie n’était pas apaisée malgré une masturbation qui m’a projeté dans les étoiles. Il s’éveille doucement. Sa verge se dresse sous mes caresses impatientes. Après un bon cunnilingus, je le voudrais en moi. Mais une fois encore, il grimpe sur moi, il a vite terminé et s’écrase, haletant, dans mes bras. Je reste là, les mains inertes sur son corps, à revoir cette scène burlesque du sexe à atteindre sa petite crise orgasmique, ce risible sursaut des fesses et enfin l’évanouissement du pauvre membre, minable et humide… Comme beaucoup d’hommes, il a fini avant presque d’avoir commencé.

Oui, mi-na-ble ! Il s’étire, me regarde avec un sourire enfantin et, d’un soupir d’extase, avec l’insolente ingénuité du mâle repu, me déclare :

- C’était bien ?

Là, je pars vite avant de devenir méchante...

Théo

17 03 06



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