LA FEMME

par Theo





Je ne m’en suis jamais lassé, du corps de la femme. J’y pense tout le temps, conscient ou non, avec une avidité pas forcément sexuelle, accordée au seul bonheur d’être en vie.

Il est toujours présomptueux d’évoquer en détail et, pis, de morceler le corps féminin, ici, la nuque, là, la bouche, au sud le nid mystérieux, source du plaisir incommensurable caché, le point de Gräfenberg. C’est la plus merveilleuse des merveilles ici-bas. Quel chef-d’œuvre attirant, délicieux, harmonieux.

La mère donne le sein – pulsion gastronomique ; l’amante donne ses seins -- pulsion érotique, le pluriel change tout. Dans ma jeunesse, le vocabulaire était sous haute surveillance et la hiérarchie des mots voulait brimer l’instinct. Ce qui portait au désir, comme « seins » étaient bannis. L’interdit catholique élevait ses remparts. Quand je lisais, dans un roman : « Il appliqua ses mains en coupe sur des seins parfaits », et quand de surcroît, l’auteur était une femme, j’étais comblé.

Et si la vie s’était interrompue avant que j’aie pu dégrafer le moindre soutien- gorge, contempler librement des seins nus, les aimer tout mon saoul ? Oter le petit rempart, me délecter des chairs pulpeuses ourlées de jus mielleux ? Aurais-je été malheureux, n’ayant pas su ?

La première fois, c’était dans une prairie, derrière un bosquet, j’eus pour moi seul une peau ivoirine, veinée d’un bleu très pâle, d’une douceur onduleuse, elle vivait sous mes doigts. C’était comme retrouver une sensation perdue, un parfum déjà respiré entre chair et fleur.

Mes doigts trouvèrent le volume doux et ferme d’un sein jeune, altier. Ils caressaient le téton, le titillaient. Ils s’amusaient de ses frémissements involontaires. Deux doigts le roulèrent, et il se gonfla de désir et de plaisir. Le mamelon s’érigea et le téton frémit de joie sous la course.

Merci à toi, fille nubile, qui m’a fait don d’un pareil miracle. Nous étions seuls, et j’enveloppais de baisers cette merveille suspendue.

Ma main poursuivit son voyage. Elle ne massait plus, elle caressait, impérieuse, prêtresse du désir. Elle se glissa sous les reins. Doucement le bassin se souleva, hésita et se reposa. Les yeux se fermèrent.

Mes doigts plongèrent, se frayèrent une voie dans la forêt vénusienne, d’un noir exquis, évoquant une duveteuse tendresse. Ils s’arrêtèrent au seuil de la douce vallée féminine suintant de plaisir, frissonnant d’émotion charnelle. La vallée s’entrouvrit. Les nymphes, dévoilées s’offrirent comme un fruit mûr, aux caresses désordonnées de mes doigts qui les chiffonnaient.

Un doigt s’avança, glissa dans le chaud et doux tunnel ; sortit, rentra. Ses mouvements se firent plus violents. Un autre doigt s’insinua. Ils trouvèrent l’endroit aux reliefs grumeleux, le frottèrent, acharnés à faire jouir ce puit d’amour.

Deux autres doigts se placèrent sur le capuchon, le caressant, le décapuchonnant, l’étirant. Le clitoris frémit, déclencha des ondes de toutes part. Le bassin se souleva, tangua sur les doigts ; les jambes tremblèrent ; le plaisir de l’orgasme envahit tout le corps traversant de courants tout le bassin ; la respiration fut saccadée. La femme geignit, cria, griffa. Elle n’était plus qu’un énorme sexe qui jouissait, jouissait, jouissait…



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