LE TEMPS

par Theo





Dans notre vie quotidienne nous cherchons à en savoir plus sur ce que nous ne savons pas. Cet effort ne sert peut- être pas à grand chose, mais il me semble que nous devons nous arrêter, de temps en temps, sur les énigmes dont le sens nous échappe, pour satisfaire notre curiosité.

Qu'est-ce que le Temps ? Il y a le temps de la météo, qui nous est familier, et dont nous subissons les humeurs toujours changeantes. Et il y a "l'autre Temps". Celui qui passe, qui file, qu'on ne peut pas arrêter. Il est tellement banal qu'on n'en parle beaucoup moins que du premier : il est émaillé de nos souvenirs, de nos projets, du possible, et de " si c était à refaire ! "

Tout le monde sait ce qu'est, ce temps là, jusqu'au moment où il faut l'expliquer. Comment a-t-il commencé ? Si toutefois, il a commencé ! S'il a commencé, il finira; à moins que... Il ne se laisse enfermer dans aucune définition. Personne ne sait vraiment qui il est. Quand on le talonne, de trop près, il mène droit au mystère. Loin d'être immobile, il est la mobilité même. Il est lié à l'espace. Celui-ci est indissociable du temps. Nous rentrons dans "l'espace-temps" par le ventre de notre mère, au moment où nous naissons, et les morts sortent de l'espace-temps, au moment d'expirer. Mourir consiste d'abord à rompre avec le temps, puis à éparpiller, nos atomes, dans l'espace. C'est la renaissance de nos minuscules particules (pour certains, c'est la réincarnation) puisque nos particules retournent dans le temps et l'espace, car rien ne se perd, dans l'Univers. Tout se transforme. Et la mort n'est qu'un changement d'état de la matière organisée.

Les savants essayent de cerner le temps, de l'identifier, mais en vain, il leur échappe. Alors ils l'ont baptisé " Espace-Temps" Puisque les savants ne savent pas grand-chose sur le Temps, je n'aurai pas la prétention d'en savoir d'avantage. Néanmoins, j'aimerais en parler ou en écrire encore un peu.

Le Temps est donc lié à l'espace et par conséquent à la matière. Il ne peut exister sans la matière qui occupe l'espace, sous une forme ou sous une autre : solide, liquide, gazeuse. La matière est le seule moyen de mesurer le Temps. Il est partout autour de nous.

La Terre tourne, sur son axe, en un jour. La Lune tourne, autour de la Terre, en 28 jours. La Terre tourne autour du Soleil, en un an, à une moyenne de 108 000 km/hre, depuis plus de 4 milliards d'années. Le Soleil tourne, autour du centre de notre Galaxie, en un peu plus de 200 millions d'années. C'est l'année galactique, à la vitesse de déplacement absolue, dans l'espace, de 216 km/seconde. Notre groupe local, composé d'une vingtaine de galaxies dont la nôtre et sa jumelle Andromède, se précipite à 600 km/seconde vers "le Gand Attracteur", un "mur" composé de plusieurs milliers de galaxies, découvert récemment, et dont la masse équivaut à celle de 5 millions de milliards de masses solaires. C'est fantastique mais vrai.

Certains philosophes prétendent que le Temps n'existerait pas si, nous les êtres vivants, n'existions pas. Pourtant avant les humains, les dinosaures(pour ne citer qu'eux) ont régné sur Terre. Ils ont vécu, se sont multipliés et, finalement, nous ont laissé la place. Nous pouvons donc conclure que ces philosophes s'égarent en cultivant le paradoxe.

Il n'y a pas, que notre ignorance, qui nous empêche de comprendre le Temps. Il y a surtout les limites de notre langage, lui-même. Les mots, que nous employons, sont modelés sur des sujets, à notre échelle. Ils s'adaptent aux phénomènes et aux évènements de notre monde quotidien. Quand nous abordons des réalités à une autre échelle, tels le Temps, l'Univers, les mots deviennent facilement des obstacles. Mais nous sommes bien obligés d'admettre la réalité : nous existons et tout le reste aussi.

Pour des raisons de commodité, il est de tradition de diviser le Temps en tranches égales: secondes, minutes, heures, journées, années, siècles. Puis de mesurer son passage en comptant les tranches au moyen d'horloges de toutes sortes : pendules, montres , clepsydres. La Terre est une autre horloge en marquant un jour chaque fois qu'elle fait un tour sur son axe, et une année chaque fois qu'elle fait le tour du Soleil. Il est donc impossible de saisir le temps sans passer par l'espace où se déploie la matière. Il faut que la matière bouge, se fasse et se défasse, se déplace ou s'écoule pour rendre sensible le Temps. J'ai cité la Terre, la Lune, le Soleil. Plus près de nous, il y a le sel qui fond dans la soupe, les aliments qui sont assimilés, par notre corps, après un ballet chimique où des myriades de milliards d'atomes, toujours fébriles, s'assemblent et se séparent pour que nous puissions vivre. Sans le Temps rien n'existerait, ni moi non plus pour écrire n'importe quoi sur le sujet.

Contrairement au Temps, l'Espace est simple. Il règne sur un domaine que nous pouvons parcourir en tout sens: nous allons, tournons, dansons; nous pouvons aller toujours, plus loin, ou revenir à notre point de départ.

Le Temps, bien que le jumeau de l'espace, est difficile à cerner. Il ne donne jamais une deuxième chance; nous ne pourrons jamais "aller à hier". Il nous transporte comme un train en marche d'où il n'est pas question que nous descendions. Nous allons du passé où nous ne pourrons plus retourner vers l'avenir ouvert à toutes sortes de possibilités que nous ignorons

Le Temps comporte trois parties inégales. Deux sont énormes: le passé et l'avenir. La troisième est presque inexistante: le Présent. Le Présent est comme un point éphémère qui se déplace sans arrêt sur une droite : derrière lui le passé, devant lui l'avenir. Il transforme de façon continue l'avenir en passé. Et nous passons toute notre vie dans ce présent évanescent. Il est presque impossible de concevoir que du temps succède au Temps ; que le mot "temps" que je viens d'écrire est déjà loin derrière moi. Tout dans l'Univers ne cesse de changer, d'apparaître, de disparaître.

En poussant plus loin notre raisonnement, on pourrait soutenir qu'aucune de ces trois parties n'a vraiment pas d'existence: le Passé parce qu'il n'existe plus ; l'Avenir parce qu'il n'existe pas encore; le présent parce qu'il est à chaque instant, et malgré sa permanence, en train de retourner dans le passé, et de se propulser dans l'avenir.(voilà que j'emboîte le pas aux philosophes que j'ai traité d'inconscients).

Le passé a tout construit : l'Univers, Alexandre- le- Grand, Gengis Khan, Napoléon, Hitler, Staline, en bref les despotes liquidateurs de peuples ; les idiots, les énarques, les grands dirigeants; les promoteurs et exécutants des Croisades et de l'Inquisition. Et pourtant le passé n'existe plus. Mais il est très fort parce que personne, jamais, ne pourra faire en sorte qu'il n'ait pas existé. L'Univers n'est jamais semblable à lui même parce que la masse du passé ne cesse de l'accroître. Le passé, pourtant, pèse sur l'avenir sans jamais l'atteindre. Depuis des milliards d'années, si début il y a eu, et pour des milliards d'années à venir ou pour l'éternité. Le passé dévore, à chaque instant, sa ration du futur. Donc, l'avenir perd de sa substance que le passé engrange.

L'avenir est devant, il est aussi incompréhensible que le passé. Pourtant il est plus proche, pour la simple raison qu'il va changer, brièvement, en présent avant de s'abîmer dans le passé. Le comble est que toujours en train de s'évanouir au profit du passé, le présent renaît toujours au détriment de l'avenir. Et nous flottons emportés par ce torrent de présent qui ne s'arrête jamais. Que faisons-nous sur ce fil d'illusion? Que se passerait-il si le temps s'arrêtait? Je n'ose m'aventurer sur ce terrain.

Pouvons nous prédire l'avenir ? Non ! Parce que notre sort n'est pas entièrement contenu dans le présent. Nous vivons dans un contexte d'évènements nouveaux, bons ou mauvais, marqués, par le passé, mais non déterminés par lui. Le Futur entraîne dans son sillage la possibilité d'évènements inédits. Toute prévision du futur est floue. Porte-t-elle sur un événement spécifique ou sur un ensemble d'évènements ? Par exemple: "c'est le printemps, deux mésanges folâtrent dans le grand hêtre bleu de mon jardin. Elles sautent, de branche en branche, et finissent par s'accoupler. Que puis-je dire de cet événement?

A) au printemps prochain, toutes les mésanges s'accoupleront, le même jour, est beaucoup plus spécifique que dire:

b) les mésanges s'accoupleront, de nouveau, le printemps, prochain.

Je peux parier sur l'affirmation "b". Elle ne porte pas, sur un jour donné, ni sur toutes les mésanges. Donc, le futur ne se prête pas à la prévision d'évènements particuliers.

Il semble bien que nous évoluons dans une direction invariable : vers le Futur. Pourquoi? Personne n'en sait rien. Même Dieu est silencieux sur ce point. Pourquoi ?

Quelques exemples, simples, indiquent que la flèche du Temps pointe, toujours vers l'Avenir :

On met un oeuf cru, dans une casserole, d'eau froide, sur la gazinière allumée pour le cuire. L'oeuf cuit ne se transformera, jamais plus, en oeuf cru.

Nous laissons tomber, un verre, sur un sol carrelé. Il se cassera en mille morceaux. On ne verra jamais le verre se reconstituer et retourner dans notre main. A moins de filmer la scène et de passer le film à l'envers . Mais là, la supercherie sera démasquée.

Finalement, le Temps, c'est quoi, pour nous? C'est une mine que nous épuisons, peu à peu. Il se joue, avec obstination, de nos espérances, pas toujours déçues, mais toujours renaissantes. Il s'écoule, inexorablement, vers l'avenir et jamais, vers le passé. Il nous permet de vivre, de voir l'image du monde extérieur, chaque fois, sous des traits toujours différents; de souffrir, de faire l'amour, des enfants, d'être heureux ou malheureux, joyeux ou tristes. Mais il nous ramène à la réalité, lorsque notre miroir nous renvoie les traces de son passage. Alors permettez-moi de citer Beaudelaire, dans "Le Spleen de Paris":

Si quelquefois sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure, il est; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge vous répondront:

Il est l'heure de s'enivrer. Pour n'être pas les esclaves, martyrisés, du Temps, enivrez-vous !!!

J'ajouterai: Prenez la Vie, à pleines dents, enivrez-vous d'amitié, d'amour, de saine philosophie; faites la paix, avec vous- même, parce que le Temps nous est compté.

Toul, le 13-3- 1996.

Théo



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