DES CHOSES SIMPLES

par Théo





Ce jour, un matin, à l'heure où la nature prend un aspect encourageant, au réveil, le Mont Saint Michel m'a tendu les bras. Une amie était au chevet de P. Je suis donc sorti. En respirant l'air frais, j'entendais le gazouillis d'une multitude d'oiseaux. Je vibrais, je vivais chaque seconde profonde. La vie me paraissait comme un rêve, peuplé subitement par ma jeunesse, comme pour me rappeler qu'elle était très loin. Ma réaction fut rapide, n'étant pas fatigué d'être vivant, je savais, qu'en un certain temps, j'avais servi à beaucoup de choses. Le temps m'a rendu dur, face, à l'obligation de supporter les années.

En musardant, à travers la rosée, déposée, sur l'herbe, parsemée de belles fleurs multicolores semées par le vent, j'ai fini par gravir les pentes du Mont, entre les arbres descendant en bandes serrées.

Bientôt, j'arrivais sur le plateau où les hommes l'avaient transformé en forteresse pour jouer à la guerre. De ce point culminant, je ne voyais rien d'autre que le plateau truffé de forteresses envahies par des ronces très épaisses. Arrivé sur le toit d'une casemate, couverte d'une épaisse couche de mousse, j'aperçus sur ma droite la ville. Ses deux cathédrales, vestige d'une âpre lutte entre les représentants de Dieu qui, au nom de celui-ci, firent trimer des centaines de pauvres hères, sans aucune pitié pour ceux qui y laissèrent la vie, car ils s'étaient sacrifiés pour Dieu.

Alors, qui a dit du bonheur qu'il est compliqué et si difficile à trouver ? Il suffisait de construire des cathédrales !!!

J'ai remarqué, très souvent, que lorsqu'on espérait le succès et que l'on en faisait d'avance, il y avait toujours de l'imprévu qui nous désarçonnait près du but.

" Tu es trop pessimiste, l'ami ! Souviens-toi tous les moments de bonheur que tu as récoltés dans ta vie !! "

C'est vrai que tant et tant de jours et d'heures ont filé depuis que je respire. Le temps est une source vive, une étoile filante, des clins d'œil. En regardant la ville, j'ai imaginé des futurs, pas ceux qui me sont imposés maintenant. Il faut croire qu'à ce moment là j'ai oublié que la vie n'est pas facile et qu'elle ne se laissait pas dompter. Pourtant, je ne lui demandais que quelques petites années encore, pour P.Mais elle fait la sourde oreille, et sans pitié, elle demande " sa rançon ". Alors il faut que je m'accroche pour ne pas sombrer avec une certaine peur au ventre.

Toutefois, j'ai une cotte de mailles en réserve. Je l'enfilerai, à nouveau, et j'affronterai les tempêtes à venir. Les années m'ont rendu dur avec moi-même.

La vie ne se présente jamais, telle que nous la désirons, mais c'est la seule que nous avons, nous devons la saisir, en vivre le plus beau et aussi le plus exigeant. Que ce soit le goût de l'aventure, l'esprit du risque, la détermination de réussir dans les circonstances défavorables.

Donc je vais me battre pour inspirer la confiance plutôt que la pitié.

A la limite de la ville, la séparant du village voisin, la Moselle a imposé par ses caprices passés, cette frontière aquatique. Comme la majestueuse Loire a séparée notre pays en deux. Pourquoi les rivières et les fleuves n'arrivent-ils pas à couler en ligne droite ? Parce que comme les humains, la terre a des faiblesses, et l'eau dépourvue d'intelligence, sans se soucier des conséquences, travaille de toutes ses forces, en profitant de la faiblesse de la terre pour dessiner des méandres géométriques.

C'est ainsi que la Vie profite de nos faiblesses. Sans vergogne et quand elle en a décidé. Et moi, je lui fais des sourires qu'elle ne mérite pas souvent. Pourtant mon sourire a de la valeur puisque je le donne ! Donc, je ne serai jamais plus généreux avec elle. Tant pis si mes émotions feront désordre. Tant pis, si elle me regardera, de travers, si je ris aux éclats. Alors je bougerai, j'agirai ; la peur me protègera du danger : la colère mobilisera mon énergie. Mais comme je suis rarement en colère, je canaliserai mes émotions, je chasserai les mauvaises pour ne retenir que les plaisantes. Mon éducation et mon expérience me fourniront de précieuses indications sur les chemins à prendre ou à éviter. Je rendrai mes manifestations tolérables pour la société, et surtout pour mes amis.

Je sais aussi que je n'aurai pas, sans effort, la satisfaction de mes besoins, d'ailleurs limités. Mais à chaque fois que l'occasion se présentera, je choisirai l'option qui a le plus de chance de m'apporter une plus grande satisfaction dans le peu de vie qu'il me reste. Je crois que je le mérite ! En attendant le plus dure reste à faire. J'allais oublier de te dire que ce matin-là, je suis rentré chez moi assez serein. A quoi bon se battre contre le grand voile qui compte un nombre presque infini de coins.

P. dort depuis trois jours ; parfois, elle ouvre les yeux, mais elle ne parle plus. La vie est injuste !!!

( j'ai écrit cela le 15 08 04 . Elle m'a quitté le 23 08 04 )



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