L'ANXIETE

par Erotica51





Nous faisons partie de cette race d’individus qui ont du mal à quitter leur enfance. Mais nous devons compter sur le pire des maux : l’anxiété.

Et face à l’anxiété que faisons-nous ? Nos mangeons, nous buvons, nous fumons (et parfois pire), nous rêvons de caresses et, enfant, nous suçons notre pouce. Un certain degré d’anxiété est « normal » : émotion banale que chacun peut éprouver devant une difficulté réelle. Peu pénible elle peut être bénéfique, elle nous force à développer des attitudes nouvelles d’adaptation, de progrès.

L’anxiété est pathologique lorsqu’elle est pénible à supporter et qu’elle s’accompagne d’une souffrance physique intense. Elle n’a que des effets négatifs : elle désoriente.

Certes, de tout temps l’humain a connu l’anxiété. Ce mal dut apparaître quand la conscience atteignit un niveau humain ; Nul ne saura jamais les frayeurs et les tourments des hommes préhistoriques. En revanche, on sait ce qu’ont enduré les femmes st les hommes depuis les temps historiques : leurs peurs, leurs peines, leurs famines, leurs maladies et leurs guerres.

Pourtant, il me semble qu’entre le lever et le coucher du soleil, l’homme de Cro-Magnon ou le hobereau des siècles passés accumulaient moins de stress que l’homme contemporain, certains jours, en une traversée des grandes villes en voiture ou en une heure de chantier ou de bureau ( lorsque je cite l’homme, je cite en même temps la Femme).

Aux dangers anciens qui, pour la plupart, se perpétuent (mais sous une forme différente), la civilisation contemporaine a ajouté des menaces d’une autre nature et sans cesse croissantes. Jamais les humains n’ont été exposés à autant d’agressions et de nuisances et n’ont subi des stress aussi forts.

Les menaces qui pèsent sur la santé ont toujours été source d’inquiétudes pour l’homme. En dépit des progrès de la médecine, cette inquiétude persiste, voire s’amplifie. A peine était-on débarrassé d’un grand nombre de maladies, dont beaucoup sévissaient sous forme de pandémies ou d’épidémies, que d’autres, créées ou amplifiées par la civilisation elle-même, apparaissaient : le cancer (devait exister mais en petit nombre), le sida , les affections cardio-vasculaires, les pathologies engendrées par la pollution, les accidents ou les catastrophes liées à l’activité humaine. Comble d’ironie, voilà que la médecine elle-même, engendre des maladies (pathologie dite iatrogène). Le progrès, reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre. La cruauté de ses semblables me semble être, pour l’homme contemporain, une source d’anxiété très réelle.


Parmi les causes nouvelles de stress :


- le matraquage de notre système nerveux par les médias me semble très nocif.

- les nuisances liées au travail moderne : le bruit, les cadences, la monotonie, la promiscuité, la claustration, la rupture des rythmes biologiques, les multiples dangers. S’y ajoutent : la pollution radioactive le photo stress des écrans informatiques et l’accélération des innovations techniques. Les changements rapides génèrent la peur de ne pouvoir faire face et exposent au risque d’épuisement, tant le pouvoir d’adaptation de l’homme approche de son point critique. L’homme n’a pas évolué sur le plan biologique depuis Lascaux et même avant ; alors que notre culture et notre civilisation ont explosé de façon très complexe. L’homme a donc été dépassé par ce qu’il a créé.



L’usage du terme « agglomération » en dit long. Une telle agglutination d’individus ne peut qu’engendrer agressivité et angoisse. La frustration, l’envie de posséder plus de biens, l'exploitation des uns, la domination des autres. Notre société produit de plus en plus d’objets nouveaux et, en les vantant, la publicité attise l’instinct de possession. Personne ne pouvant acquérir tout ce qui est offert, chacun est frustré et donc stressé.

La plupart des facteurs d’anxiété que je viens de décrire, seraient à compléter par beaucoup d’autres. Ils agissent selon un mécanisme psychologique bien étudié par les spécialistes. Pour vivre pleinement, être bien dans sa peau, l’homme doit pouvoir agir librement, pour obtenir le plaisir, garant de la satisfaction et donc de la préservation de son équilibre biologique. Si l’action est impossible, le sujet se met en état de « tension ». Si la tension perdure, survient le stress et son cortège de perturbations neuro- endocrino-immuno- biologiques, d’où découlent troubles psychosomatiques et états dépressifs. C’est l’inhibition de l’action !!

Les incitations à jouir s’amplifient. Nos besoins élémentaires—manger, boire, faire l’amour, ect.—sont sollicités à chaque instant : la rue, les vitrines, les informations des médiats, la publicité sous toutes ses formes, les œuvres de fiction de toutes sortes nous proposent sans relâche les meilleurs mets, les boissons les plus exquises ( qui s’attaquent à notre santé), les filles les plus « appétissantes ».

Les raisons de fuir s’accumulent, le travail moderne, à l’usine comme au bureau, l’habitat urbain, le trafic ont atteint la limite du supportable. La déshumanisation de la société, ses injustices, la cruauté des êtres, de même que les informations terrifiantes qu’on nous assène—le cancer, le sida, Tchernobyl, le trou d’ozone, ect, donnent envie de s’enfuir, par exemple dans une campagne retirée pour élever des moutons et des chèvres (qui probablement seront éliminés par des virus qui ne cessent de muter).

Rêves inaccessibles ou éphémères évasions, car fuir nous est souvent impossible. En réalité, c’est le plus souvent en nous que se trouvent les entraves, par suite de multiples interdits et obligations de la société civile et de la religion que nous avons intériorisés et qui par conditionnement, culpabilisation, complexes, devoirs et peurs bloquent nos actions, brisent nos ressorts.

Sans doute pourrions-nous parler : exprimer nos émotions, notre colère, notre peine, notre amour, nos désirs et notre haine ; ce serait une façon d’agir et donc un moyen de sortir de l’inhibition. Mais combien d’entre nous disent ce qu’ils pensent, crier leurs ressentiments à la face d’un patron, dire à leur conjoint ou à leurs parents ce qu’ils ont sur le cœur, se confier à un ami ou à un thérapeute ? Nous avons peur, peur des sanctions, peur de perdre notre emploi, peur des violences, peur d’être plus seuls encore.

Et à supposer que nous parlions, à quoi cela servirait-il ? La famille n’écoute que la tété, les amis sont surmenés ou stressés, les prêtres décimés, les médecin pressés, les concierges dégoûtées et les gouvernants sourds sinon muets. . Sur Internet, les forums lieux de luttes stériles, cacophonie, invectives…

La nature nous ayant appris le plaisir, il est normal que nous cherchions à le recréer, en particulier pour compenser nos peines. Le plaisir n’est pas une simple sensation subjective, c’est une réalité biologique qui a ses centres propres dans le cerveau et ses molécules particulières.

Au-delà de ce rôle biologique, le plaisir selon moi a une fonction métaphysique ; Il nous permet d’assumer notre existence, le milieu dans lequel nous sommes plongés si hostile, comportant tant de menaces, nous infligeant tant de stress, de désagréments. Nous ne pouvons survivre que si nous recherchons le moyen d’échapper à ces conditions pénibles ou à les adoucir, tous les jours.

Les drogues que la nature nous offre ou que les laboratoires synthétisent, nous permettent d’oublier, transitoirement, la dure réalité. C’est pourquoi de tout temps, dans toutes les sociétés, les hommes ont utilisé de telles substances. Il est d’autres drogues que nous utilisons, celles-là en permanence. Ce sont nos drogues internes, celles que sécrète notre cerveau : la dopamine, la sérotonine, l’adrénaline, l’acétylcholine et surtout les endomorphines. Pour déclencher leur production, nous sollicitons allègrement l’hypothalamus et centres limbiques : manger, prier, danser, faire l’amour, créer, pratiquer un sport, assister à un concert ne sont que diverses façons d’obtenir nos ivresses.

Mais souvent, pour ne pas dire toujours, nos drogues internes sont perturbées par tous nos tracas. Alors il existe entre elles des différences de qualité : les unes sont égoïstes, improductives ou vulgaires, les autres sont altruistes, créatives ou nobles.

Certains êtres ont des possibilités restreintes de sécréter des endomorphines. D’après des études récentes, cette déficience est rarement congénitale et plus rarement acquise par épuisement. Elle est presque toujours la conséquence de la répression du plaisir.

Le plaisir apaise l’angoisse existentielle, calme l’anxiété liée aux circonstances, anesthésie la douleur, récompense les efforts. Le plaisir n’est pas un « à-côté » de la vie, c’est le moteur même de la vie. L’espoir de jouir de tout qui fait vivre. Le plaisir est à l’esprit ce que l’oxygène est au corps, sans lui la vie est impossible, c’est un calvaire qui n’a souvent d’autre issue que la fin, spontanée ou par le suicide.

Le plaisir rend agréable nos actes et nos activités. Donc le plaisir facilite l’action. La poussée d’une pulsion, un souvenir, une stimulation sensorielle nous invite à entreprendre une action que nous n’avons jamais réalisée, les circonstances le permettant, nous passons à l’acte et nous obtenons un plaisir. En renforçant la motivation par la perspective d’une récompense, le système de plaisir favorise l’action.

Mon plaisir étant facteur d’altruisme, je voudrais qu’un sentiment de bien-être emporte tout le monde La raison en est que ce moment de partage, de rêves échangés, est en soi fort gratifiant, et peut désactiver le mode stress.



Retour


www.erotica51.com © 14.03.2003-14.03.2016 - Tous Droits Réservés