.">

UNE FEMME FORMIDABLE

Offert par Erotica51



Tout au cours de ma vie, j'ai rencontré des gens qui ont marqué profondément mon existence. Des personnes qui étaient plus ou moins importantes avec qui j'ai entretenu des liens amicaux ou professionnels. Sans s'en douter, ceux-ci ont marqué aussi ma personnalité.

Une des personnes qui a marqué à jamais mon existence fut sans doute ma professeur de français quand j'étais encore en primaire. Elle se nommait Mme Lalire. Elle était aussi directrice de cette école que je fréquentais. Elle était brune, robuste et en imposait. Beaucoup la craignait quand elle était mécontente et nous toisait du haut de son 1,80m, d'un regard sévère. Là, on aurait pu entendre une mouche s'envoler.

Un jour, après avoir mangé chez ma vraie mère, je repris le chemin de l'école. Pour moi, cet endroit était un lieu d'évasion où je me sentais bien, avec une avidité de perfectionner mes connaissances qui surprenait mon enseignante. C'est aussi grâce à Mme Lalire que j'ai découvert ma passion d'écrire.

Elle remarqua le pansement sommaire posé sur le haut de ma main. Surprise, elle me demanda :

- Mais que t'es-tu fait mon petit ?
- Je me suis brûlée sur les radiateurs de l'école, ai-je répété docilement, comme l'avait exigé cette femme qui était ma mère biologique.
- C'est impossible mon enfant! Nos radiateurs sont éteints en été car nous sommes en juin ! Que me caches-tu ?
- Je ne peux rien vous dire ! Sinon, "elle" va encore me frapper ! ai-je rétorqué en fondant en larmes

Mme Lalire m'emmena dans son bureau, sans mot dire. Elle me fit boire un verre de lait, le temps que je me calme et sois moins rétive à parler. Quelques minutes plus tard, retirant mon bandage, elle découvrait l'affreuse vérité :

Ma mère biologique m'avait volontairement brûlée, me posant le cul de la casserole brûlante, sur le dessus de la main, souriant méchamment en m'entendant hurler de souffrance.

La directrice m'avait regardée, indécise, un moment. Un quart d'heure après, un médecin scolaire était appelé, me demandant de me déshabiller. Il parut horrifié par ce qu'il voyait. Tout mon corps était lacéré de coups violents de martinet, dévoilant par endroit mes chairs éclatées. Je fus interrogée longuement. Une secrétaire, discrètement, enregistrait tout ce qui se disait.

Une semaine plus tard, je fus entendu par des policiers puis par un médecin spécialisé. Sur décision de La DDASSS, et d'un Juge pour enfant, je fus retirée à ma mère biologique, n'éprouvant aucun regret de la quitter. Seules, mon école et Mme Lalire me manquaient.

C'est ainsi que je découvris qu'une nouvelle vie m'attendait : la vie en foyers ou la DDASS place tant de gosses sans daigner leur expliquer quoi que ce soit...Pas étonnant que tant de ces enfants deviennent des révoltés de la vie, aujourd'hui. Peu m'importait. J'avais retenu une chose : cette "mère biologique "ne pourrait plus jamais me frapper !

J'ai revu, des années plus tard, cette directrice. J'étais devenue Conseillère de l'Emploi et venais de quitter mon travail, ce jour-là. Elle se trouvait à un arrêt de bus, immobile, l'attendant. Intimiditée, je me suis approchée d'Elle. Puis, la fixant, je lui ai demandé, doucement :

- Mme Lalire ?
- Oh Marie !

Elle m'a reconnue très vite et nous sommes embrasées. Puis nous sommes allées prendre un café pour discuter. J'ai tenu à la remercier. Sans son intervention, je serai probablement morte, aujourd'hui. Je lui ai longuement parlé de ce métier que j'avais choisi de faire. Elle était devenue Présidente des Veuves de guerre.

Il meurt encore aujourd'hui trop d'enfants victimes de violence.
Mais il reste encore aujourd'hui trop de gens qui préfèrent lâchement fermer les yeux...
Cette femme formidable n'est plus aujourd'hui mais je tenais à lui dire publiquement encore "merci"
Elle qui a fait tant de choses de bien dans sa vie.

Le 5.01/2017

Erotica51



Retour




http://erotica51.com © 14.03.2003 - 14.03.2018 - Tous Droits Réservés