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SOMMES-NOUS A PLAINDRE AUJOURD'HUI

Offert par Erotica51


Tout en discutant avec Mamie Irène, agée de 84ans, en prenant tranquillement notre café, cet apres-midi et, en l'écoutant, me raconter un des épisodes de sa vie, je me dis que nous avons bien de la chance, d'être nées des années après la guerre.

Petite fille, du haut de ses 7ans, elle n'osait répondre aux soldats allemands qui désiraient lui parler, dans son village, pendant la guerre, de crainte d'être traitée de "collabo". Quand les avions larguaient leurs bombes sur le village, elle courrait, effrayée, se réfugier dans une cave, un bouchon dans la bouche, pour lui éviter d'avoir les tympans éclatés.

La nourriture était trop rare aussi. Un peu de lard gras améliorait parfois leUR repas, même s'il était vendu très cher au marché noir. A défaut de pommes de terre, ils mangeaient des topinembours, des racines cuites trouvées dans la forêt, et quelques herbes sauvages qui leur permettaient de se faire une soupe comme les orties ou le pissenlit.

Un jour, Mamie fut ramenée chez elle, par une voisine charitable, trop affaiblie, ayant perdue connaissance, faute d'une alimentation trop faible.

D'un ton rude, sa mère lui demanda :

- Tu as ramené ce que je t'avais demandé ?

Effrayée en voyant sa mère en colère, elle lui tendit son petit panier où se trouvait un morceau de lard maigre, au lieu d'avoir pris du lard gras. Elle fut sévèrement réprimandée, sans se soucier de sa faiblesse.

Afin de gagner un peu d'argent, sa mère allait au lavoir et, frottait courageusement, des heures durant, le linge sale des habitants du village, les mains trempées en plein hiver, dans l'eau glaciale, agenouillée sur une dalle de ciment gelée.

Son père ne se plaignait jamais. Parfois, il passait meme une semaine à manger que du pain sec, quand il faisait le carême. D'autres fois, perdu dans ses pensées, il songeait à son beau pays la Russie, qu'il ne reverrait jamais. Il était venu aider les Français à se battre contre les Allemands. Il pouvait rester des journées entières sans dire un mot, se souvenant avec nostalgie, de son village et des siens, de ses parents qu'il ne reverrait jamais. Il n'a jamais pu revenir dans son pays. Son nom y est interdit à jamais, même encore aujourd'hui.

En écoutant Mamie Irène me raconter ses souvenirs d'enfance, je me dis que nous avons bien de la chance, aujourd'hui...Nous avons la machine à laver, l'aspirateur, la cafetière, le sèche linge, et le fer à vapeur pour repasser le linge, la voiture pour se déplacer, les bus, le tram, les aides sociales et tant d'autres choses qui facilitent notre vie.

Alors quand un souci vient perturber ma vie, je repense à Mamie Irène, à tout ce que qu'elle a enduré et je me dis que finalement, nous ne sommes vraiment pas à plaindre...

Reims le 5.01.2017

Erotica51



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