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LA BAGUE AU DOIGT

Offert par Erotica51



Pourquoi à vingt ans, sommes-nous si pressées de vouloir nous marier ? A peine sortie des liens familiaux, nous cherchons aussitôt à nous faire épouser. Besoin inconscient de faire comme les parents ? Besoin de respectabilité ? Envie de s’émanciper ?

Ma liberté finalement n’a pas duré. Concevoir un enfant avant le mariage était mal vu. Aujourd’hui, c’est devenu presque une revendication. Je sentais bien sous leurs regards qu’ils avaient honte. J’étais devenue ce qu’on nommait autrefois : une fille-mère. Personnellement, je n’en avais que faire de l’opinion de nos voisins. Je m’amusais même à les narguer en leur disant « bonjour » régulièrement, leur prouvant que je n’en avais rien à faire, dans mon dos, de leurs commentaires.

Je voyais combien j’avais démérité dans le regard de cet homme que je considérais comme mon père et m’en voulais de faire retomber sur ma famille adoptive, tant de commérages. Je décidais d’en parler à celle que je considérais comme ma belle-mère. Elle était pour le mariage, me faisant comprendre qu’il pourrait m’arriver quelque chose et qu’un enfant n’avait pas à subir les quolibets à l’école. Son fils était d’accord avec elle.

La nuit qui précéda mon mariage fut longue à venir. Impossible de fermer les yeux. Effrayée, je sursautais au moindre bruit, tenant mon fils serré dans mes bras. J’étais dans une gare au Luxembourg à attendre ma correspondance pour revenir en France. Je laissais derrière moi ma sœur, seule, avec son restaurant. Ma décision était prise, la date fixée et pourtant je me sentais terriblement triste comme si j’allais être menée à l’abattoir.

Quand il me fallut prononcer le « oui » fatidique, le prêtre me le demanda trois fois, tant ma voix était inaudible. Je pleurais silencieusement. Ce n’était pas des larmes d’émotion. Je savais que je venais de m’engager pour toute une vie…regrettant de n’avoir pas osé dire « non »

Je détestais, ce jour-là, ce monde hypocrite de fausses convenances et mes rêves de jeune femme que je réaliserai jamais. En sentant cet anneau froid glisser sur mon doigt, ce fut comme si l’on me passait mes premières chaînes…

Je frissonnais d’appréhension face à ce Destin qui m’attendait…J'ignorais encore tous les drames que j'allais traverser...



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