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J'AVAIS DIX SEPT ANS

Offert par Erotica51



Dans mon cœur, une porte s'est refermée douloureusement. En larmes, je fonce dans les escaliers, prends juste ma carte d’identité, un pull over et m'enfuis de la maison…

C'est fini ! Ma vie vient de s'effondrer. Le mal est fait grâce à des vipères qui s'ennuient. Vous avez préféré les croire au lieu de me laisser m’expliquer.

J'erre seule dans la nuit; les regards sur moi se posent, je baisse la tête. Mon estomac gronde de faim. Je n'ai rien pris depuis des heures pour m'alimenter.

Je marche, sans but, me demandant ou mes pas vont me mener…

Un cinéma vient de décharger sa cargaison de spectateurs sur le bitume. Leurs yeux brillent, de contentement. Les miens se taisent, puis se baissent, effrayés.

Pourquoi ne m'as-tu pas laissé m'expliquer, Maman ? En quoi avais-je fauté ? En quoi vous ai-je trahi ? Votre confiance en moi était elle donc si fragile ?

Ma vie vient de basculer dans la nuit; J'ai peur, j'ai faim, j'ai froid. De badauds marchent, rient, et je m'adosse à un arbre, le cœur plein d'effroi…

Ou vais-je dormir ? La nuit qui tombe commence à m’effrayer. Je me retiens de pleurer…Ce n'était pas ainsi que je me voyais débuter dans la vie…

Tout ça parce que des commères ont eu le cœur serré par la jalousie…

Je tente de réfléchir, trop fière pour accepter cette gifle.

Je continue de marcher, sans plus rien ressentir. La nuit se rafraîchit. J'enfile mon pull et m'adosse contre un arbre.

Mes yeux s'embuent de détresse. Pourquoi cette gifle ? Tu n'étais pas ma mère et pourtant je t'avais aimé comme telle.

Je ne comprends plus ces adultes qui mentent sans arrêt, se détestent, se blessent et nous entraînent…

C'est comment la nuit, quand on est loin de chez soi ? Un voyage à l'infini; le besoin de se réfugier dans des bras, de pleurer, trop effrayée, soudain, par ces ombres qui me suivent.

Et soudain, tu es là, immobile, dévorant un poulet, grillé, à pleines mains, indifférent à tous ces gens que tu viens de croiser, souriant, me regardant…

Tu es tel que je t'imaginais : Grand, beau, mélange de jeune homme dans un sourire d'enfant.

Tu t'approches, me tend un morceau de blanc, en souriant :

- Non merci, ai-je répondu, stupidement, alors que mon estomac proteste énergiquement.

Indécis, tu hésites, tu parais froissé, ton sourire disparais et tu repars, sans dire un mot, jetant ton poulet dans une poubelle.

Mon estomac, révulsé par ce geste, se tord, atrocement. Je me suis remise à marcher, puis m'arrête, tournant une dernière fois la tête, te regardant comme un rêve en train de disparaître.

Tu t'es aussi arrêté, continuant à me regarder, devinant ma détresse.

Je n'arrive plus à cacher ces larmes qui tombent sans chercher à les essayer.

Sans comprendre, je te vois revenir sur tes pas, hocher la tête et me tendre les bras où en larmes, je me réfugie.

La nuit peut continuer, je n'ai plus peur de rien.

Je viens de te rencontrer et je sais qu'un amour vient de naître, dans un sourire, derrière l'ébauche de ce geste déjà plein de tendresse.

J'ai dix sept ans, à peine et j'ai décidé de te suivre jusqu'au bout de la nuit, rassurée par ton sourire, car l'amour vient de nous réunir.

Je me souviens encore de la couleur beige de ta veste à franges, en daim, du pli de ce pantalon de tergal et des mèches de cheveux rebelles auréolant ton visage.

J'ai dix sept ans et déjà, je sais que tu seras le Premier Homme que j'aimerai, à cause d'une gifle injustifiée, qui aura eu pour effet, de faire basculer ma vie, brusquement...


Marie-Ange



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