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L'EPREUVE

Offert par Erotica51



En ouvrant ma bal, je sursautais: un courrier de toi venait d'arriver. Tu allais voir tes parents et te proposais de passer me voir, par la même occasion. Quatre longs mois venaient de s'écouler depuis notre rupture. Que voulais-tu? Je ne cessais de m'interroger en t'attendant. Puis tu étais arrivé. Mon inquiétude à ton sujet s'était calmée; tu avais bonne mine. Tu étais entré, mais restais debout, n'osant t'asseoir. Je sentais ton regard glisser sur moi.

J'observais un changement en toi. Tu avais pris plus d'assurance. Je restais silencieuse en t'écoutant, l'esprit ailleurs, me remémorant tes dernières paroles, tout ce qui s'était passé avant que l'on ne rompe. J'ignorais si tu avais du temps devant toi. Je t'offris un verre d'eau fraîche. Tu semblais avoir très soif. Nous nous mîmes à discuter de notre reprise de travail, chacun. Tu essayais de donner l'impression d'être détendu. Moi non , j’étais tendue comme jamais.

J'étais figée intérieurement. Se revoir me paraissait vide de sens. Mon ventre pulsait en se souvenant de ton sexe dans le mien, pourtant. Je regrettais de ne pas m'être soulagée, avant ton arrivée, craignant de craquer, si tu m'approchais. Je jetais un regard vers la fenêtre en t'écoutant distraitement. Tout cela me paraissait si peu important dorénavant. Je savais qu'il était trop tard. Qu'il n'y aurait pas de nouvelle chance entre nous. J'avais versé trop de larmes, éprouvé ces derniers mois trop de souffrance. Je ne voulais plus que l'on recommence ensemble. Mon regard portait les stigmates d’une bête blessée.

Quelque chose en moi était mort même si mes cicatrices restaient encore à vif. Il n'y avait plus de ressentiment de ma part, juste une écoute polie ; une nouvelle forme d'indifférence. Je fermais la porte à certains souvenirs plus agréables que nous avions partagés. Mon corps ne vibrerait plus contre le tien. Mes gémissements de plaisir s'étaient tus à jamais. Mon regard ne dévoilait plus qu'une simple attention. La passion qui m'habitait à l'époque avait brusquement disparu.

Je t'avais regardais, étonnée. Qu'est-ce qui m'avait attirée en toi? Tu étais tout le contraire des hommes que j'avais pu rencontrer. J'avais gardé la table du salon entre nous comme protection. Ne pas craquer. Ne pas pleurer. Ne plus te laisser m’approcher, mettre en nous une barrière. A nouveau il me fallait donner l'apparence d'une femme forte. J'étouffais...le temps passait. Il me fallait préparer à manger. Mon estomac se remettait à gronder.

Je te proposais de partager mon repas. Tu avais encore une longue route à reprendre. Mieux valait que tu rentres l'estomac rassasié. Tant de questions me traversaient l'esprit. Tu avais acheté mon livre, me demandant de te le dédicacer. Cela te semblait important. Pour moi, c'était une part du passé que nous avions partagée, durant deux longues années, travaillant chacun sur nos projets.

Notre si belle entente s'était soudain transformée en reproches incompréhensibles. Notre complicité avait disparu. Tu avais commencé à me reprocher des choses puériles, comme ce collier qui t'irritait ou ma coiffure qui soudain te déplaisait. Tu m'avais avouée vouloir désirer fonder un foyer. Que dans ta famille, les tiens s'inquiétaient que tu ne sois toujours pas marié. Tu ignorais combien tes propos m'avaient blessée.

De reproches en reproches, tout avait fini par nous éloigner ; un énorme fossé avait fini par se creuser entre nous. Que faisais-je avec toi ? Cette question ne cessait de me tarauder puisque nous n'arrivions même plus à discuter. Le soir, nous retardions l'instant de nous coucher ensemble. Quelque chose venait de se casser. J'avais refusé de partir en vacances avec toi.

Il me fallait me préparer à l'inéluctable. L'heure était venue de nous séparer. Je savais dans mon coeur qu'il était indispensable de mettre de la distance entre nous. Que cela nous préparait à ne plus vivre ensemble. Tu venais d'obtenir ta mutation et avais attendu trop longtemps pour me le dire, préférant me mettre devant le fait accompli. A quoi bon continuer ? Le téléphone s'était mis à sonner. Tu en parlais avec ta famille; moi, j'étais mise devant les faits, pensant sans doute que je n'avais rien à y dire. Il m'avait fallu m'incliner.

Dès ce moment, je ne fis plus aucun effort pour te séduire, te reconquérir. Ton monde virtuel t'avait accaparé. Tu te prenais pour un dieu et te laissais aduler. Je connaissais bien ce site. La désillusion viendrait plus tard. Tu ne faisais que flatter leur ego et le tien. Leurs flatteries sur toi marchaient bien. Nos derniers instants furent terribles. Je choisis de cesser de correspondre avec toi. De laisser mes larmes s'écouler une bonne fois; de t'oublier à jamais, de te rayer de ma vie à jamais.

J'ai repris depuis mes cours de sport, pour m'anesthésier de ton souvenir. J'ai aussi entrepris de changer mon intérieur pour m'occuper l'esprit. Mon travail de nouveau m'a accaparée. C'était la seule façon de te chasser de mes pensées. Je traînais une tristesse insidieuse que je repoussais avec l'énergie du désespoir. Mais je refusais de pleurer. Ma vie devait continuer, même sans Toi. Je n'avais pas le droit de fléchir. Toi, tu avais encore tant de choses à te prouver...

Un seul mot me venait à l'esprit, pendant que tu me parlais : quel gâchis! Je n'aurai jamais du sortir avec toi... Il n'était pas question que je replonge encore une fois dans notre relation. Il n'y aurait pas de troisième fois. Je ne ferai plus rien pour me rapprocher de toi. Je devais garder cette distance polie mais froide pour ne plus être tentée par toi. Tu parlais, beaucoup, pour empêcher le silence de s'installer.

Mon esprit restait engourdi comme si j'étais anesthésiée par cette souffrance que j'avais traversée tous ces derniers mois. J'avais regardé ma montre ; Il était tard. Tu aurais encore à faire plus d'une heure de trajet. Je te le rappelais. Dans l'entrée, tu continuais de me parler comme si tu avais encore tant de choses à me raconter d'une façon volubile. Mais tu évitais de discuter de ce qui nous avais séparés, des problèmes bien réels, préférant une fois encore te leurrer. Mon esprit inquiet continuait lui de s'interroger ? Comment allions nous nous dire au revoir ?

- Il se fait tard, ai-je murmuré...

D'un air de reproche, tu m'avais regardée puis t'étais soudain penché, m'embrassant nerveusement sur la joue, avant de t'enfuir dans le couloir. J'étais restée surprise de la rugosité de ce baiser.jeté à la volée Le temps que l'ascenseur arrive, tu t'étais retourné, une dernière fois, pour me regarder. Cherchais-tu à garder cette image de moi qui te fixait désemparée, n'arrivant plus à aller vers toi ? La main que j'avais levée pour te faire signe au revoir m'avait parue une tonne. à soulever.

Sur toi, la porte de l'ascenseur s'était refermée, me laissant les yeux soudain embués de larmes...Tu venais de sortir de ma vie à jamais et je savais déjà que plus jamais je ne te rappellerai pour venir me retrouver. Le fil d'or qui reliait nos vies venait définitivement de se briser...

Dans mon lit, je me suis longuement tournée et retournée. Le sommeil me fuyait. Je m'étais soulagée, espérant trouver l'apaisement. Vers quatre heures et demi, le sommeil m'avait soudain emportée, me plongeant dans un puit noir sans fond dans lequel enfin je sombrais, pour t'oublier.

Pourquoi avais-tu cherché à me revoir ? Je savais, au fond de moi, que plus jamais, je ne te pardonnerai. Je n'ai toujours pas trouvé de réponse satisfaisante à l'heure qu'il est...



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