TE SOUVIENS-TU ?

par Erotica51



Il y a, quelque part dans cet espace immense, un monde où tu vis, loin de nous, maintenant.

Un monde où ta présence reste invisible, et où tu restes belle, à tout jamais.

Te souviens-tu, quand tu étais petite, de tes premiers pas timides, tendant la main, à ton grand frère, qui t'encourageait, en souriant.

Ce premier pas, que tu venais de réussir, comme il en fut fier, en te serrant dans ses bras, le regard brillant.



Craintive, tu n'aimais pas dormir, seule, dans ton lit, effrayée, par les ombres que les nuages laissaient, sur le plafond, traîner.

Tu attendais que ton grand frère s'endorme, puis, tu venais le retrouver, à petits pas discrets, grimpant en silence sur son lit, te glissant apeurée, contre lui, calmant tes peurs d'enfant.



Sous la douceur de la couette, tu souriais, doucement. Près de ton grand frère, tu ne craignais plus rien.

Adieu, ogres, sorcières, loups et autres monstres terrifiants qui t'effrayaient tant. Tu l'entourais alors de tes petits bras potelés, la tête nichée, contre son épaule, à nouveau, rassurée.



Je me souviens, de cette armoire où il aimait y cacher ses bonbons.

De ta malice à entrouvrir la porte d'en haut du pacard, prenant ce cheveu qu'il y avait coincé, partageant, dans une même complicité, ses friandises, entre nous, puis tu remettais, ce cheveu, précautionneusement, entre la porte, en rigolant.

Te souviens-tu de ces bateaux, dans le canal qui passaient, sous la fenêtre, me demandant, pourquoi les maisons glissaient, sur l'eau, alors que la notre restait immobile ?

Je n'ai jamais oublié tes innombrables questions d'enfant. Pourquoi le ciel pleurait et que la lune nous regardait en semblant rire ? Pourquoi l'eau sortait, mystérieusement, de nos regards quand nous pleurions. Pourquoi l'eau tombait du ciel mais ne remontait jamais dans l'autre sens ? Pourquoi les poissons ne parlaient-ils jamais ?

Il y a, accroché au mur, ce premier cadeau que tu m'as offert. Deux lutins suspendus, sur un fil, qui, chaque jour, me regardent passer devant eux et, ce premier dessin, le sourire de Mickey, accroché à l'intérieur de mon placard, fait de tes petites mains d'enfant, que tu m'avais remis, très fière, dans un sourire innocent.



Pas un endroit ne me paraît plus beau que ta chambre, en y retrouvant, ces mille traces de ta présence, chaque soir, même si ta jeune vie fut éphémère.

Cet endroit est devenu mon havre de paix, où je laisse s'écouler mes larmes, loin des regards. Pourquoi y suis-je restée ce soir encore à te pleurer ?

Sans doute, parce que tout me rappelle ta présence... En dépit de ton absence, j'ai refait tapisser ta chambre. La maintenir telle qu'elle était aurait été encore plus dur à le supporter.

Mais il y manque mon ange et chaque jour me fait prendre conscience du temps qui passe et de tes éclats de rire soudain absents, lourds de silence.



Aujourd'hui, c'est moi qui me pose des tas de questions, qui demeurent, depuis, sans réponse :

- Pourquoi ton meurtrier n'a-t-il jamais été puni ?
- Pourquoi la Justice l'a-t-elle laissé libre ?
- Pourquoi n'a-t-elle pas mis, en application, cette sanction que nous avions attendu, si longtemps, pleins d'espoir ?

T'a-t-on donné une seconde chance ? Non! Ta vie s'est arrêtée à 17 ans, dans cet immense champ de blés, rougis de ton sang.



Mon regard est devenu, plus grave; mon coeur, est devenu un peu plus lourd, comme chaque jour, qui passe.

Le Temps s'écoule, sans Toi, avec une lenteur exaspérante et pourtant, chaque jour, je te sens près de moi comme une invisible présence...

Et si tu étais présente comme une invisible présence ???

Mamam



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