SOUVENIRS

par Erotica51



L'envie d'un café me fait sortir du lit. Je le déguste, immobile, devant la baie ouverte, humant l'air frais, en observant ma ville. Tout dort encore. Les gens récupèrent de leur semaine ou de leurs sorties. Une brume immense couvre la ville. Les véhicules semblent disparus. Pas un bruit. Juste un silence extraordinaire. Ma ville dort aujourd'hui.

Puis j'aperçois une éclaircie comme un éclair de soleil et soudain tout s'illumine. La musique se met à fonctionner en sourdine. Les souvenirs affluent en puissance. Te souviens tu, pleine de sommeil, de ta frimousse quand tu étais petite ? Tu fonçais résolument dans le frigidaire cherchant un yaourt à engloutir puis te frictionnais le ventre en murmurant : trop bon ! d'un grand sourire.

Ta chevelure rebelle me donnait du fil à retordre. Il m'avait fallu bien des essais pour trouver le bon après shampooing qui ne te fasse plus souffrir, quand je te peignais. Tu t'asseyais, à mes pieds, me tournant le dos et me laissais brosser longuement tes cheveux, en poussant, parfois, des soupirs. J'en admirais la douce texture, pareille à des vagues, couleur noisette, éparpillées sur tes épaules. Cette couleur de miel me faisait penser au miel des abeilles, captant souvent des rayons de lumière. Un jour, sous la douceur de ma brosse, tu t'étais assoupie. J'avais retenu un sourire en te remettant dans ton lit, tendrement, baisant ton front, en souriant. Quelle enfant douce tu étais!

Chaque soir, il te fallait une histoire pour t'endormir. Heureusement que mon imagination était fertile. Tout y passait. Des fées aux baguettes pleines de magie aux gnomes farceurs errant dans la forêt ; des sorcières aux pouvoirs maléfiques comme aux étoiles portant un nom dans le ciel. J'adorais ces instants ou tes bras se nouaient autour de moi, ou ton regard m'interrogeait sur la suite qu'il te tardait de découvrir.

Parfois, tu sautais du lit, mimant les personnages, d'un coup de baguette magique ou sautant d'un bout à l'autre de la chambre, avant de replonger au chaud sous les draps. Les bateaux qui passaient sous la fenêtre t'inspirait des envies de voyages.


" Je voyagerai quand je serai grande " disais tu d'un air sérieux, en plissant comiquement ton petit nez.
" Voyager demande beaucoup d'argent, te répondais-je, pour te prévenir
" Alors, j'irai chercher de l'argent à la banque " rétorquais-tu sérieuse, brusquement.

Tu ne voyageras jamais, mon enfant. Ta vie s'est arrêtée par la faute d'un imbécile qui lui continue tranquille sa vie. Un alcoolique drogué ayant brisé à jamais ta vie. Ton voyage s'est arrêté dans un champ de blés, à 150 mètres de la maisonnée de ton père. Quand les gendarmes viendront en premier l'avertir, ton corps reposera dans un immense sac de plastique. Ils ouvriront la fermeture éclair pour qu'il te reconnaisse. C'est ton visage et ton corps baignant dans ton sang qu'ils te feront découvrir. Il tombera, inerte au sol, victime d'une attaque. Il sera, quelques mois après, opéré à cœur ouvert…

Aujourd'hui, ton meurtrier est toujours en liberté ! il a créé une famille, a un enfant et reconduit. La loi lui a rendu son permis mais a oublié de faire appliquer son jugement. Ces six mois de prison, il ne les fera jamais…et toi, ma fille, tu es morte à jamais. A qui profite ta mort ? à cette comédie de justice ? à cet irresponsable qui m'a jeté au visage :


- vous n'allez pas m'em.... avec cette connerie !!!

Pense-t-on parfois, à la souffrance des familles des victimes d'accident? Avec un bon avocat pour vous défendre, ce n'est jamais la faute des responsables d'accidents ! c'est le hasard, vous dira-t-on ! et bien non ! si vous buvez en prenant le volant, vous deviendrez des meurtriers comme ce garçon !

Réfléchissez avant qu'il ne soit trop tard, vous aussi...



Retour





Les Ballades en moto en France de Marie51

Les Poésies de Rêve51 et de ses Amis


http://www.erotica51.com © 14.03.2003- 14.03.2017. Tous Droits Réservés