PREMONITION

par Erotica51



Nous sommes le 5 juin 1994. Il fait une chaleur suffocante. J'ai prévu d'aller passer le week-end au bord de l'eau, pour échapper à cette température de plomb. Je t'ai réveillée, en te secouant, doucement:


- Jessy! cela te dirait d'aller passer la journée au bord de l'eau? Anne Marie va venir aussi!
- Les filles seront avec elle, Mam, ?me demandes-tu, encore à demi ensommeillée
- Non, elles sont parties chez leur père, ce week-end
- Hum alors, je reste au lit. J'ai rendez-vous cet après midi, avec Maxime
- Tu veux que je lui demande de venir avec nous?
- Max ne voudra pas venir! il n'aime pas l'eau et ne sait pas nager; laisse tomber, Mamm!...

Je suis déçue. J'espérais que tu serais venue prendre l'air et te détendre. Tu as mauvaise mine depuis quelques temps. J'ai l'impression que tu te renfermes sur toi-même. Tu as maigri aussi...Cet amour te rend malheureuse, je le ressens.


- Si tu as faim, il y a à manger dans le frigo.
- Non, je mangerai avec lui, Mam!
- Très bien. Je rentrerai vers 19 heures. Appelle moi sur le portable, si tu as besoin de moi
- D'accord, Mamm

Tu t'es remise la tête, sous l'oreiller, échappant aux premiers rayons de soleil, qui filtrent, au travers des persiennes. Il va faire chaud, ont-ils annoncé à la météo! sûrement encore 35 degrés!

Durant le trajet, je reste préoccupée, répondant à mon amie, brièvement, l'esprit ailleurs. Arrivées au Lac de Chamouille, dans l'Aisne, je reste assise sur le sable, observant tous ces gens. Une boule d'angoisse continue de me nouer le ventre. Soudain, je me mets à pleurer, en silence, sous le regard stupéfait d'Anne-Marie.


- Qu'est ce que tu as, Marie?
- Je ne sais pas. Je me sens terriblement oppressée. C'est ainsi depuis quinze jours comme si quelque chose de grave allait arriver...puis j'ai éclaté en sanglots

Jamais Anne-Marie ne m'a vue ainsi, me proposant de repartir, si cela peut me rassurer. J'ai refusé pour ne pas lui gâcher son après midi, sans oser lui dire combien je me sens préoccupée, loin de ma fille. Loin de moi, je sens un danger roder autour d'elle sans pouvoir m'en expliquer la raisons.

Je devrais être heureuse qu'elle prenne son envol dans la vie mais je ne la sens pas vraiment heureuse, en ce moment. Elle semble soucieuse, triturant ses cheveux, des heures durant, le regard perdu, en regardant la fenêtre. Qu'est-ce qui la tracasse? Est-ce ce garçon ?

Nous échangeons avec Anne-Marie nos impressions. Nos filles sont devenues plus secrètes et nous avons du mal à les comprendre. Ce n'est pas facile d'être parents en cette période ou elles sortent de l'adolescence.

Malgré cette longue journée passée à nager, nerveusement, et à pagayer pour me détendre, je n'ai pas réussi à chasser mon appréhension...Pour l'avoir vécu trop souvent, je sais qu'un drame se prépare. Notre famille en a fait les frais trop souvent durant l'été.

L'été règne, dans une chaleur caniculaire. J'ignore que nous passons nos derniers jours ensembles. Il nous restera un mois à peine à partager ensemble jusqu'à ce jour maudit où la Mort te fauchera, étouffée par ton propre sang, dans ce terrible accident.



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