OU QUE TU SOIS JE PENSE A TOI

par Erotica51



La porte s'est ouverte, leurs mots terribles sont tombés. Mon coeur s'est soudain arrêté. J'ai baissé la tête, effondrée, terrassée. Ce que je craignais, depuis des années, vient de se réaliser. Je ne peux y croire. Il faut que je te vois. C'est impossible, ils ne savent même pas me dire où tu es. Ils ne savent que m'annoncer cette info bouleversante: l'accident d'automobile dans lequel tu es tuée. Tu es partie à jamais sans la tendresse de mes bras n'ait pu te retenir. Immobile, livide, je pleure en silence alors que j'ai soudain envie de hurler ma douleur au monde entier…..

J'ai toujours senti autour de toi, rôder le danger, petite boule de soie, blottie contre moi, qui hurlait à pleins poumons en venant à la vie. Que de larmes j'ai versé, pour toi, pour te garder, te protéger, t'aimer à l'aube de ta vie, déjà si fragile, blottie contre moi, mon enfant.

Un dernier effort, pour toi...Cet air à respirer qui te fait crier. Ce cri qui sort de moi et me vrille les reins. Cette impression de partir puis de revenir encore pour Toi et enfin te voilà, minuscule, vagissante, déjà pleine de vie, qui t'agite, vigoureuse, entre mes bras. Comme je t'aime déjà. Que je t'aime, brusquement. Enfin, tu es la, toi, le fruit de notre amour, ma rose si douce, ma lumière, soudain, si réelle, mon enfant, mon soleil. Comme tu me parais belle, si menue déjà et déjà, que d'amour j'ai envie de te donner. Comme je t'aime Jessica, mon enfant qui éclaire soudain mon coeur de lumière.

Affamée, tu l'étais déjà, jamais rassasiée. Tu m'épuisais, tant de fois et pourtant, que je savourais ce bonheur délicat de t'avoir, contre moi, de te sentir, si vigoureusement, me téter. Ce bonheur de poser mon premier regard d'amour sur toi. Tu pleures, tu cries, te débats et je m'approche de toi. Tu me souris, me reconnais déjà. D'un doigt léger, je frôle tes doigts qui m'agrippent. Que d'énergie dans ces petits doigts fragiles quis'accrochent déjà à moi alors que tu es si petite. Je t'aime si fort que je ne peux m'éloigner de toi. J'ai besoin de te regarder, endormie, envie de t'entendre babiller avec délice. Tu es là, mon enfant et grâce à toi, j'ai retrouvé à nouveau le sourire. Ces larmes versées ne comptent pas, mes tracas s'effacent, éblouie d'amour devant toi.

Durant de longues années, je t'avais espérée, attendue, mais tu ne venais pas. Les années ont passé. L'habitude, le silence, l'indifférence entre époux s'étaient installés pernicieusement. Nos soirées sont devenues pesantes. Tu avais cesé d em'aimer et papillonnais. Je me sentais étouffer. Puis je me suis décidée à te quitter. Nous avons décidé de nous quitter, définitivement, cette fois. Et pourtant, ce soir là, à ton arrivée, ton père est aussi près de toi. Pour la première fois, je vois des larmes qui sillonnent son visage, de fierté, de joie. Tu sembles, si minuscule, entre ses bras. Tu seras le seule petite fille qu'il aura, qu'il aimera, même si nous nous sommes éloignés, l'un de l'autre.

Les années ont passé. Tu as si vite grandi. Tu ne t'en rappelles pas et je n'ai plus que tes photographies, pour me rappeler ta présence et mes souvenirs qui remontent, à m'étouffer. Ton absence me pèse, si fort, par moments. Et comme une rivière qui se déborde, mes larmes jaillissent, malgré moi, en pensant à Toi.

5 Juillet 1994

Ta Maman



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