LES OMBRES DU PASSE

par Erotica51



J’écris pour garder le flot de mes souvenirs, de ce qu'aura été ma vie, de tous ceux qui l’ont traversée. Combien de pensées avons-nous dans une journée ? En y pensant, j'éprouve soudain une bouffée de vertige. Impossible de tout me souvenir, de me rappeler ces souvenirs, d'en sourire ou de pleurer.

Pourquoi aujourd'hui ai-je encore besoin de penser à cette étrangère qui m'a donnée la vie ? A cette femme qui a fait des apparitions brèves au coeur de ma vie ? A cette femme, qui, sur la fin de sa vie, un jour partira sans m'avertir. Nous aurions pu être une famille, une vraie. Mais elle n'en a pas voulu ainsi. Des années plus tard, je sais que son éducation a dirigé sa vie...Elle n'avait pas la fibre maternelle, m'a-t-on dit. J'ai haussé les épaules, fataliste et répondu : dans ce cas, on ne donne pas la vie !

J'ai détesté être seule face à elle. Elle m'effrayait par cette violence qui bouillonnait en elle. Le soir, le visage enfoui dans l'oreiller, je pleurais ce cocon de douceur et cette famille qui m'aimait, à laquelle elle m'avait arrachée.

Combien de fois nous sommes-nous croisées ? Trois fois, je crois. La première fois, je vous l'ai racontée. La seconde fut quand ma fille a insisté pour connaitre sa grand-mère "Jeannine". Quelle épreuve venais-tu une nouvelle fois de m'infliger en t'adressant à moi, sans me reconnaître, pendant que ta petite fille t'observait d'un regard rempli de curiosité mais que tu ignorais:

- Que puis-je pour vous ? m'as-tu demandé d'un ton hautain.

Ma gorge s'est serrée et je t'ai murmuré te fixant droit dans les yeux:

- Tu ne me reconnais pas ?

Tu n'as même pas eu un regard pour ta petite fille qui te regardait, ses grands yeux soudain remplis de larmes. Elle venait d'avoir 7ans. Tu as repris cet air hautain que je détestais :

- Vas t'en et ne reviens plus jamais ! m'as-tu lancé au visage

- Je ne voulais pas te voir mais ta petite fille a insisté. Aujourd'hui, elle a vu la grand mère sans coeur que tu es ! ai-je rétorqué, le coeur blessé

Il est vrai que je n'étais plus cette petite fille terrifiée qui t'avait quittée mais une jeune femme de 34 ans qui osait affronter cette mère qui ne l'avait jamais aimée. J'ignore comment je réagirai quand j'apprendrai le jour ou tu fermeras les yeux. Irai-je à tes obsèques ?

Oui, j'irai même si j'appréhende déjà cet instant. Sans doute, parce que je sais que tu n'auras pas d'autres enfants, ce jour là, auprès de toi. Le seul fils qui te reste est gravement malade et te hait. Le plus jeune d'entre nous trois est décédé. Et moi, je suis l'aînée qui sera là, malgré le mal et la souffrance que tu m'as infligée. Parce que je sais que je ne pourrai accepter que tu sois enterrée comme un chien enragé : seule, sans personne à tes cotés, parce que ta famille t'a reniée en leur cachant durant tant d'années ces enfants qui te sont nés.

Pour toi, le temps est resté figé. Pour moi, la Vie a continué...Il me reste de toi un sourire intimidé quand on s'est quittées mais je n'ai pas pu te serrer contre moi. Le temps s'est enfui sans nous rapprocher...Je me sens triste aujourd'hui en repensant à toi. Mais tu resteras toujours une ombre de mon passé...

Marie

12/3/07



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