FACE A LA MER

par Erotica51



Apres de nombreux kilomètres, sur une route froide à l'aspect sévère, nous étions enfin arrivées face à la mer.

Tu t'étais endormie sur le siège à l'arrière de la voiture. Malgré mon épuisement, j'avais soudain hâte que tu te réveilles, imaginant déjà cette petite étincelle de joie dans ton regard.

Durant ces premières minutes de solitude, je regardais le ressac incessant et immuables des vagues, toujours le même à travers les siècles, comme si la mer était quelque chose de vivant.

Elle faisait vivre tant de gens, généreusement et pourtant, ceux-là mêmes qu'elle nourrissaient en son sein, la trahissaient en l'affaiblissant, en l'empoisonnant, par leurs déchets, sans aucn respect, sans comprendre qu'un jour, toute cette manne qu'elle leur offrait et les nourrissait, était en train de disparaitre. Que resterait-il aux nouvelles générations ? Juste une mer aux odeurs nauséabondes ?

Des mouettes affamées tournoyaient en poussant des cris aigus, dans les airs, avant de s'échouer sur le sable, maladroitement. Toute grâce, en elles, disparaissaient en cet instant, elles qui etaient quelques instants encore auparavant, pourfendaient l'air telles les messageres gracieuses du vent...

Tu dormais, tel un petit ange, recroquevillée sur toi-même, tes cheveux mordorés auréolant ton visage, sur lequel un premier rayon de soleil venait de se poser, dans une douce caresse.

Innocente, tu l'étais encore, ne voyant pas encore combien ce monde qui t'entourait pouvait se montrer, un jour, cruel.

Je veillais sur toi, discrètement, essayant de te protéger, des vilenies de ce monde aux multiples visages.

Pourquoi mettons-nous tant d'années à nous rendre compte de ce qui nous affaiblit, de ce qui peut nous détruire, de ce qui nous isole au coeur d'une vie ?

Tu avais cligné des paupières puis tes yeux s'étaient entrouverts, encore nimbés de ce long sommeil. Puis ta voix avait chantonné :

- Où l'on est, Mam ?

Le mot "maman" avait disparu de ton vocabulaire, mystérieusement, remplacé, par ce "Mam" intrigant dont je n'ai jamais su l'origine.

J'avais souri, heureuse de te faire partager cet instant :

- C'est une surprise...Redresse toi et regarde !

Tu t'étais redressée, curieuse puis ta bouche s'était arrondie de surprise comme tes yeux :

- On est arrivées à la mer ?

- Oui, ma chérie...

- Mais tu m'avais dit qu'elle était très loin la mer ...

- Rien n'est impossible dans la vie, Jessica, quand on en a vraiment envie.

Durant de longues minutes, tu n'avais rien dit, juste souri en voyant les vagues une à une se chevaucher, dans un léger clapotis. Le soleil se levait à l'horizon, teintant d'or et de pourpre le ciel immense et la mer.

Ton énergie était revenue au galop, pareille à une jeune pouliche sauvage et tu t'étais exclamée, d'une voix joyeuse :

- On se baigne ?!

- L'eau est encore froide...mais la dernière arrivée paie une glace à l'autre !

Bien entendue, tu étais arrivée la première, m'éclaboussant de tes mains, allègrement, en riant aux éclats !

De Toi, Jess, c'est l'un de mes souvenirs que je préfère et qui arrive à soulager, aujourd'hui, ma peine....

21.06.2012

Marie-Ange



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