LA VENUE D'UN ANGE

par Erotica51



Allongée, je sens mon corps parcouru de contractions, de plus en plus fortes, comme si l'on me tordait les reins. Je cherche une position, une autre, à nouveau. J'ai mal, si mal brusquement et pourtant tu arrives, déterminée à découvrir ce monde...

Le docteur arrive,me fait mettre les pieds sur des étriers de métal froid. La pièce est glaciale. Je frissonne. Mes dents claquent.Je me contracte. La douleur irradie. Soufflez!! Faites le petit chien!!! Facile à dire !

- Pfffff! pffff! pfffff! Poussez maintenant! Grrrrrrrrrrrr! Houla ! aie ! J'ai trop mal.

- Poussez!!! J'aperçois la tête de l'enfant!! encore!!! Grrrrrrrrrrrrr!!!!

- Bien, respirez, la tête commence à arriver ! Je vois ses cheveux. Soufflez maintenant jusqu'à la prochaine contraction.

Un regard tourné vers Toi, qui me regarde, l'air tendu. Pourvu que tu ne tombes pas dans les pommes! Toi qui déteste le sang, j'en frémis d'appréhension. Cette idée me fait rire, en t'imaginant raide d'émotion, sur le sol...

- Poussez encore!! Grrrrrrrrrrrr!!!! aie! aie! aie!

Que c'est cher payé, pour un bref moment de plaisir. Je t'en veux en cet instant d'avoir si mal. Mes larmes coulent en silence. Je serre les dents et essaie de me concentrer. L'enfant arrive. Je sais qu'elle est pressée de sortir. Je ne sais combien de fois, je vais devoir pousser, retenant mes gémissements, sans pouvoir m'empêcher de grimacer de douleur...

Je sens ta grande main qui tient serrée la mienne, qui essaie de m'insuffler ta force. Tu es là finalement...Mon angoisse s'envole. Je ne suis plus seule. Tu es revenu juste à temps, pour la naissance de notre fille. Tu m'observes, l'air inquiet. Je te souris pour te rassurer. C'est bientôt fini, t'ai-je murmuré. Mais je me suis trompée. L'enfant ne veut plus sortir finalement. De m'avoir fait m'allonger à tout fait arrêter. Les contractions ont cessé ! La sage femme commence à s'inquiéter. Elle a trois accouchements à faire seule, cette nuit là. C'est la pleine lune ! J'ai uen pensée pour ma belle mère qui va devoir finir les crèpes, seule.

Je recommence à pousser, tout en grelottant de froid, de plus en plus…la pièce ressemble à un frigo. Un cri de femme retentit dans le couloir. La sage-femme file, en s'excusant, pour voir son autre patiente…sa paturniente, dit-on.

- Je reviens, me dit-elle, pour me rassurer. Il y a deux autres femmes, dans les salles d'à coté, elles aussi, en train d'accoucher, comme vous. La sage femme est seule, ce soir, débordée. Mais que fait cet idiot de médecin accoucheur ? Il en met du temps à se laver les mains ! Les contractions viennent à nouveau de se réveiller, puis semblent se précipiter. Je souffle, du moins, j'essaie de me décrisper, entre deux douleurs atroces qui me vrillent le corps…

Je regarde, inquiète, cet homme qui est encore mon mari et qui ne sait comment me soulager.

- Je crois que l'enfant arrive, Gérard ! t'ai-je dit, angoissée, sentant arriver l'enfant. D'un bond, tu t'est levé. Tu files jusqu'à la porte et appelle la femme qui doit m'aider à accoucher, en hurlant sans penser aux autre patientes :

- Madame, madame, venez vite!!! Le bébé arrive !

Je sens ta voix résonner, vibrante d'anxiété. Tu reviens près de moi qui me tord de souffrance. J'ai peur soudain mais je ne dois pas te le dire pour ne pas t'affoler. Les yeux dirigés sur la porte, je guette désespérément l'arrivée de la sage-femme qui ne revient pas. Il me faut prendre une décision. Comment vas-tu réagir ?

- Mets-toi en face, Gérard, les mains prêtes à accueillir le bébé. Je fais le geste avec mes mains. L'enfant arrive. Fais attention à ce qu'elle ne tombe pas et ne me fais pas un malaise, surtout !

Je recommence à pousser et je sens soudain un flop énergique, puis un soulagement…Je te regarde. Tu es livide, blanc d'émotion, le dessus de tes lèvres s'est couverte d'une étrange sueur froide. Je devine ta crainte… Dans tes mains, sa tête apparait et te paraît si petite…

- Tout se passera bien, t'ai-je dit, entre deux grimaces, priant silencieusement pour que tu ne tombes pas dans les pommes. Il faut que je continue de pousser…
- Grrrrrrrrrrrrrrrrr! Pfffff ! Pffff! Soudain, un second flop retentit. Tes yeux se sont brusquement agrandis de surprise. Puis tu me regardes, incrédule…

- C'est ma fille! c'est ma fille! c'est ma fille ! me répétes-tu, comme un disque, me faisant soudain rire.

- Bon, bon, j'ai compris. Mais donne-la moi que je la réchauffe et cours vite me trouver la sage femme. Dis-lui que l'enfant est née mais qu'elle ne crie pas! Trouve-moi aussi quelque chose pour nous couvrir, c'est un frigo, ici! Vite, dépêche-toi!

Je te vois aussitôt qui me tend l'enfant, toute humide, qui ne remue pas, qui ne crie pas…Je la serre très fort contre moi, tentant de la réchauffer dans mes bras, puis le coeur serré d'angoisse, je pose la main sur son petit coeur. Il bat faiblement. Je ne suis pas croyante et pourtant, pour la première fois, je prie en silence, pour Toi, ma fille, que je tiens, dans mes bras. Le temps me semble si long soudain dans cette pièce.

Enfin la femme arrive, essouflée, avec toi derrière, qui me regarde, inquiet. Elle coupe d'un geste sûr, le cordon ombilical, pose une pince puis attrape notre fille par les pieds, lui met la tête en bas et d'une main sèche, claque ses petites fesses, geste que notre fille n'a pas du l'air d'apprécier et soudain, elle se met à hurler à pleins poumons. Mais ce premier cri lancé est pour moi un immense moment de joie…

Je pleure enfin de soulagement…Tu es bien vivante !

- Ouinnnnnnn ouinnnnnnn ouinnnnnn !
- Quelle voix, elle a ! Me dis-tu en riant, les yeux humides d'émotion

Je te regarde et pour la première fois, je vois tes larmes s'écouler, lentement, de soulagement. Notre enfant est là, bien vivante aussi, gage de cet amour qui nous a unit durant dix ans. La sage-femme s'est occupée de la petite, l'a lavée, nettoyée, habillée chaudement, la plaçant sous une lampe pour la réchauffer. Notre fille tremble comme une feuille au vent. Elle grelotte littéralement.

La sage femme te demande, après l'avoir nettoyée, lavée, habillée, de sortir dans le couleur. Il reste le placenta. Inutile d'assister à ça. Courageux, tu ne te fais pas répéter le message deux fois. Je sens tes lèvres sur mon front qui m'effleurent avant de sortir. Tu es pressé d'aller annoncer la naissance de la petite.

L'expulsion du placenta se fera rapidement. Enfin, me voici à mon tour, prête, propre, recoiffée et notre fille Jessica est blottie contre moi, comme pour me rassurer. Emerveillée, j'observe son visage rond et rosé: 4kg 200, 54 cm, tu es un magnifique bébé. Ta petite bouche ressemble à un bouton de rose. Pour moi, tu es le plus joli des bébés. Mes larmes de bonheur roulent sur mes joues, effaçant tous ces derniers mois de solitude et de tristesse, ou j'ai été si seule…

Enfin, tu es là, Jessica, mon petit ange et déjà, mon coeur déborde d'amour pour Toi. Je t'aime tant déjà...


Maman

Le 5 Mars 1977



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