LA DERNIERE SURVIVANTE

par EROTICA51



La nuit est devenue mon royaume, depuis si longtemps, que mes yeux ne voient plus l'instant où le jour se lèvera.

La nuit est mon royaume au milieu de tous ces hurlements. Les têtes de cadavres jonchent le sol comme des preuves muettes de la férocité des hommes, redevenus des bêtes féroces, en s'entre tuant, sauvagement, pour un morceau de viande ou un bout de tissu.

La lumière du jour ne dure plus longtemps, à peine quelques heures, maintenant. Nos yeux ne supportent plus la lumière du jour. Nous vivons, la nuit, maintenant, traînant dans nos coeurs, les souvenirs, de cette vie d'avant, qui existait, il y a si longtemps.

La Terre n'est plus qu'un immense espace désertique. Le sol est si aride, sans que ne tombe, depuis plusieurs des mois, une seule goutte de pluie. Plus aucune culture n'existe à cause des retombées radio actives.

Que s'était-il passé en ce 12 décembre 2015 ? Nul ne le sait! Il y eut cette immense déflagration projetant beaucoup d'entre nous au sol, dans un éclair éblouissant. Nos yeux sont brûlés depuis par les radiations. Tout éclat de lumière est devenue insupportable. Chacun se réfugiant dans l'intérieur de la Terre, comme des bêtes devenues immondes.

Ce fut un véritable cauchemar que de rechercher les rares survivants. Des millions de corps recroquevillés dorment de leur dernier sommeil, sans avoir pu comprendre ce qui leur arrivait. Nous avions décidé de les enterrer mais sous le nombre, nous avons du y renoncer, sous peine de succomber, à notre tour, aux radiations.

Avec divers instruments contondants, nous nous sommes mis à creuser le sol, à y faire des galeries pour circuler, évitant ainsi l'air vicié. Le plus dur à supporter était de ne pouvoir se laver, l'eau étant contaminée, sous peine de voir notre peau brûlée.

Les enfants avaient eu leurs yeux de protégés par des foulards faits de draps déchirés, espérant épargner leur vue.

Combien de temps dura ce cauchemar ? Impossible de vous le dire. Nos montres s'étaient bizarrement arrêtées. Nous étions comme suspendus dans le temps. La radio ne fonctionnait plus. Notre vie paraissait soudain interrompue, nous laissant comme des insectes affolés, ressemblant plus à des ombres furtives. La lumière n'arrivait plus à nous guider. Notre monde s'était, peu à peu, recouvert d'une horrible poussière grisâtre, nous plongeant dans l'horreur d'un monde terrifiant, dans les entrailles de la Terre.

Nos dirigeants se livraient, depuis si longtemps, une guerre du pouvoir sans merci, qu'il était évident, que l'un d'eux appuierait, un jour, sur ce fameux bouton, pris d'une folie meurtrière. Ce que nous craignions depuis si longtemps venait soudain de se réaliser, nous plongeant dans une immense stuépéfaction et une crainte terrifiante.

Une seule question flottait dans nos esprits affolés. Qu'allions-nous devenir? L'avenir s'annonçait terriblement angoissant pour les survivants...

Nous avancions, à tâtons dans les galeries, tout en grognant, en nous frôlant, la peur vrillée au ventre. Les enfants s'accrochaient à nos vêtements, silencieux, percevant la gravité, soudaine, de la situation. Peu d'adultes se sentaient l'âme d'un chef, préférant se laisser guider. Mathilde et André s'étaient portés volontaires, au grand soulagement de tous.

Chacun avait indiqué son métier, servant au bien de la communauté. Personne ne rechignait plus, trop inquiet, comprenant que l'heure n'était plus aux multiples chicaneries d'avant.

Les hommes, plus manuels, plus forts aussi, étaient utilisés pour creuser les galeries et ramener la terre au bout de certaines allées, qu'il fallait obturer, espérant empêcher l'arrivée de l'air vicié qui les condamnerait à mourir.

Les femmes avaient réussi à sauver quelques précieuses denrées : conserves, graines, fruits confits, qu'elles préparaient, avec une ingéniosité étonnante, utilisant le jus des fruits pour compenser le manque d'eau, qui se faisait ressentir cruellement.

Peu, à peu, les enfants recommençaient à discuter, à jouer, inventant des jeux où ils développaient leurs sens, en particulier, le toucher et l'audition.

Assise, sur un matelas de fortune, la petite Angéla, écoutait avec attention tous ces bruits autour d'elle. Depuis sa naissance elle avait toujours été entourée de musique. Aujourd'hui, celle-ci lui manquait terriblement.

Elle se mit à fredonner, doucement, se rappelant certaines chansons. Sa voix bien que fluette, possédait une pureté stupéfiante. Les notes doucement s'envolèrent, résonnant dans les allées, surprenant ceux qui travaillaient. Peu à peu, les sourires revenaient, comme un léger espoir. La Vie, doucement, reprenait ses droits, comme une étoile qui doucement s'illuminait.

Un siècle, plus tard, une équipe d'astronautes a découvert cette galerie cachée. La gorge serrée, ils liront ces mots terribles qu'une enfant terrifiée a eu l'esprit de noter :

"L'air vicié a pénétré les galeries. Nos corps se sont recouverts de pustules impossible à guérir. Nous suffoquons de plus en plus. Beaucoup de se relèveront plus. Je m'appelle Angela et j'ai 11 ans. Je suis la dernière survivante de ce monde que les Hommes ont détruit, sans avoir pu revoir la beauté du jour. Nous vous aimions pourtant. Pourquoi nous avez-vous sacrifiés puisqu'il ne reste plus personne de vivant, aujourd'hui? Mais je vous pardonne, car ma vie se termine...Je n'ai plus de force ni à écrire, ni à respirer...Adieu.


Sur les visages burinés et ridés de ces vétérans ruissellent leurs larmes, devenues tardives et inutiles...Il n'y a plus personne à sauver, depuis. La Terre est devenue un monde totalement vide et arride, sans fleurs, sans ses lacs magnifiques, mais aussi sans vie. La dernière survivante était cette petite fille qui avait à peine 11 ans et qui est morte depuis, victime de la folie des Hommes et de leur bombe atomique.

OOOOOOOOOOOOOO


Retour


www.erotica51.com © 14.03.2003 - 14.03.2016 - Tous Droits Réservés