LE SAUT FINAL DE L'ANGE

par EROTICA51



Ce matin là, John se leva, bailla à s’en décrocher la mâchoire puis s’offrit son café matinal. Qu’est6ce qui lui avait pris de jouer ainsi avec elle ? Quand il avait découvert sa lettre, il avait compris qu’elle avait soudain tout découvert.

Catastrophé, paniqué, il avait lu et relu, sans cesse sa réponse, la gorge serrée, comprenant qu’il venait de la blesser. C’était un jeu idiot ! Pire qu’un gamin dans la cour de l’école cherchant à se faire remarquer, utilisant toutes les astuces, pour la mystifier.

Elle lui avait déclaré avoir un indice suffisamment sérieux qui lui avait mis la puce à l’oreille. C’était certain mais lequel ? Il cherchait désespérément ce qu’il avait fait pour se faire aussi stupidement remarquer. Son superbe plan venait brusquement de capoter.

Quel sombre idiot ! Il se frappa la tête comme pour se punir lui-même. Il n’avait pas osé répondre, l’appeler, s’expliquer. Des tas de pensées se bousculaient dans sa tête sans arriver à les organiser. Que faisait-elle ? Il mourrait d’envie soudain de l’appeler. Il n’osait pourtant pas. Il savait qu’elle risquait de lui raccrocher au nez, fâchée.

Maussade, il entrouvrit, un à un, les volets, laissant la lumière pénétrer dans la pièce. Une ombre passa au dessus de sa tête, comme une ombre légère. Il releva les yeux, surpris, intrigué. Qu’était-ce ?

Le téléphone lui fit tourner la tête. Au moment où il décrochait, un bruit sourd se fit entendre, au dehors. Que se passait-il donc aujourd’hui pour que tout aille de travers ? Il répondit brièvement à son correspondant, puis mû par un mauvais pressentiment, il se précipita dehors et s’arrêta, pétrifié.

Sur la terre encore fraîchement bêchée, une forme aux contours émouvants paraissait endormie, inscrustée sur le sol. Il parcourut le peu de distance en courant, se penchant sur ce corps encore chaud et tremblant. Un mince filet de sang s’écoulait de ses lèvres. Son visage était d’une pâleur inquiétante. Il lui toucha le cou, inquiet. Sa poitrine avait du mal à se soulever pour respirer. Un détail le fit sursauter. Elle portait deux immenses ailes blanches.

Elle ouvrit les yeux, péniblement, luttant contre la douleur irradiante qui l’envahissait, luttant contre cette vie qui s’enfuyait, elle le sentait. Puis elle le regarda fixement, en murmurant douloureusement :

- Pourquoi ce jeu cruel ?

Il n’eut pas le temps de répondre, de s’excuser. C’était le chaos soudain dans sa tête. Elle gémissait doucement, le corps agité de spasmes. Elle le fixa douloureusement, lui agrippant la main. Il comprit dans son regard le reproche silencieux qu’elle lui communiquait.


- Je vais chercher de l’aide, dit-il comprenant qu’elle s’affaiblissait rapidement.
- Inutile, c’est trop tard. C’est presque terminé…
- Est-ce à cause de moi ? J’avoue que je t’ai menti…
- Je sais tout…Je me suis jetée du ciel souhaitant en finir...
- Mon dieu…Quel c…. je suis ! Pensa-il, ravalant ses larmes qu’il tentait de refouler.

Quand il lui reprit la main, c’est un corps sans vie qui se tenait à coté de lui. On ne ment pas même aux anges, sans leur faire perdre le goût de vivre… L’âme de son ange venait de s’envoler, doucement, sans bruit….

Si vous vous levez très tôt le matin, sous les premiers rayons du soleil dans le Midi, vous réussirez parfois, si vous ne faites aucun bruit, à entendre les battements d’ailes de cet ange, dans le jardin demeuré abandonné, depuis…

L'homme inconsolable s'est enfui et erre, seul à jamais avec ses remords, dans la nuit...

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