LA MALEDICTION

par Erotica51


Qui aurait pu deviner derrière son air tranquille que l'homme recherché par toutes les forces de l'ordre était installé, béatement, au soleil, s'offrant une petite sieste dans sa villa ?

La propriété qui le protégeait était immense. Des haies de cyprès pressés les uns contre les autres empêchaient les curieux de regarder à l'intérieur de la propriété. L'endroit semblait chargé de mystère.

L'homme jeta un regard sur sa montre. Dans neuf heures à peine, il ferait nuit. Cette nuit était particulière, la pleine lune étant au rendez-vous.

L'homme se sentait nerveux, l'estomac crispé par une faim dévorante. Seule la prudence lui recommandait de ne pas sortir avant la nuit tombante. Des patrouilles de police rôdaient régulièrement, depuis la répétition des derniers évènements.

L'homme, pensif, remonta dans ses souvenirs. Pourquoi était-ce lui qui avait été choisi ? Il se rappela un soir d'orage où ses parents s'étaient disputés, une fois de plus. Sa mère s'était enfuie en pleine nuit, le laissant dans sa chambre, la regarder partir de la fenêtre. Elle n'était vêtue que d'une légère robe fleurie. Dans quelques minutes elle serait trempée, sous la pluie diluvienne qui balayait tout sur son passage. Follement inquiet, il n'avait pu se rendormir.

Elle était rentrée au petit matin, l'air hagard, les vêtements arrachés, des griffes labourant son corps. Son père n'avait pas réussi à obtenir une seule explication. Elle avait refusé d'être examinée par un médecin, se contentant de se réfugier dans un coin de la cuisine, laissant échapper des gémissements plaintifs.

Le soir, dans leur chambre, elle refusa dorénavant de partager sa couche avec son mari. Elle préférait dormir dans le canapé du salon, suivant l'air ailleurs, les flammes dans la cheminée. Ce qui s'était passé au cours de la nuit demeura un mystère pour tout le monde. Seuls les soirs de pleine lune, sa mère s'échappait de la maison. Ni les menaces, ni les exhortations, ni les supplications de son époux n'arrivaient à la retenir. Elle se sauvait comme poussée par une volonté indépendante.

Une nuit, l'enfant entendit ses parents se disputer à nouveau. Son père venait de fermer à clé la porte de leur chambre, refusant de la voir s'en aller. L'enfant blotti dans son lit ne sut jamais ce qui était arrivé. Il entendit en pleine nuit son père pousser un terrible juron, puis crier, d'un air terrorisé. Un pesant silence succéda ensuite dans le secret de leur chambre.

Au petit matin, il vit sa mère debout dès l'aube, nettoyer sa chambre à grande eau, frottant comme une folle le plancher, jetant les draps maculés de sang dans la machine à laver, sans desserrer les dents, oubliant l'enfant en train de la regarder.

Les années passèrent. Sa mère décida de déménager, achetant une autre propriété encore plus éloignée de la ville. L'enfant n'avait personne pour s'amuser. Sa mère vieillissait, porteuse d'un trop lourd secret qui semblait l'étouffer.

A vingt ans, sa mère le fit venir, sentant sa fin approcher. Assis sur le bord du lit, elle le regarda tendrement puis commença cette confession terrible qui lui avait empoisonné la vie :

- John, je vais partir. Enterre moi au fond du jardin, sous le hêtre. Tu as le droit de savoir la vérité aujourd'hui car tu viens de fêter tes vingt ans. La malédiction repose sur les épaules de notre famille. Seules les femmes et leurs premiers nés en sont victimes. Chaque pleine lune, nous devons nous abreuver à du sang humain.
- Mais c'est impossible ! Les vampires n'existent pas ! Ce n'est qu'une horrible légende pour effrayer les humains!
- Crois tu que je te mentirai, alors que je vais mourir?
- Tout cela est invraisemblable ! Dis moi pourquoi mon père est parti ; était-ce pour cette raison, maman ?
- Non, ton père est enterré au fond du jardin. Te souviens-tu de cette nuit où il a tenté de m'empêcher de sortir ? Je me suis débattue, avec une force rare, mon corps souffrant des pires affres. A minuit, mon corps s'est transformé. Il s'est mis à hurler de terreur en me voyant. Je ne voulais pas que tu sois réveillé. Je lui ai sauté à la gorge, le vidant de son sang. Ensuite, il m'a fallu faire disparaître toutes traces de combat et te faire croire qu'il nous avait abandonnés ! Rien ne peut arrêter cette soif dévorante ! Dieu sait si pourtant, j'ai essayé. J'ignorais que tu serais atteint par cette malédiction. Mais ce matin, en te voyant avec ces deux traces dans le coup, j'ai su que la malédiction continuait...Je te demande pardon...

Sur ces mots qui l'avaient complètement épuisée, la tête de sa mère s'affaissa sur l'oreiller, dans un dernier souffle. Ses traits parurent se détendre ...Pour elle, tout était enfin terminé. Pour son fils, l'horreur commençait.

Incrédule, il s'avança vers la glace de la salle de bain, tendant son cou à la lumière du néon. Les deux trous hideux étaient là, à la base de son cou, profonds. Il poussa un terrible hurlement, sentent sa raison vaciller comprenant que la malédiction continuait avec lui :

- Oh Nonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn!!!!!

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