LA PLANETE DES ILLUSIONS

par Erotica51


L'astronef venait de se poser sur Neptune, en douceur, soulevant un épais nuage de poussière ocre autour de lui. La porte s'ouvrit en glissant silencieusement. Trois silhouettes se détachèrent, vêtues de scaphandres argentés, donnant à leur démarche une allure saccadée. Deux hommes et une femme. Ils venaient en observation vérifier ce qui se passait depuis quelques temps sur cette planète.

Sur le sol, nulle trace. Sans doute, balayées par un vent chaud qui soufflait, sans arrêt. Chacun marchait derrière l'autre, posant leurs pieds sur les traces de l'autre, avec précaution, ne sachant quel piége les attendait, sur ce sol inhospitalier. Lors d'une précédente mission, cinq des leurs n'étaient jamais revenus. Les autorités de la Terre voulaient en connaître la raison.

Jamais les leurs n'étaient parvenus à transmettre une seule information concernant Neptune. Chaque fois, les communications avaient été interrompues subitement.

Soudain, Hans leva la main, signe qu'ils ne devaient plus bouger et pointa le doigt sur le chemin, montrant un caillou de forme bizarre, lançant divers éclats de lumière. Hans fit signe à ses compagnons de garder le silence et d'observer l'objet. Celui-ci sembla s'enfoncer dans le sol si doucement. Certains se demandèrent s'ils n'étaient pas victimes d'une hallucination. Mieux valait redoubler de prudence. Piège ou vie minérale mystérieuse? Personne ne le savait.

Joan observa les alentours avec circonspection. Ce silence ne lui disait rien qui vaille. Son intuition féminine l'informa qu'ils étaient observés à leur insu. Elle posa sa main sur l'épaule de Hans, lui montrant un autre de ces cailloux bizarres, en train de s'enfoncer dans le sol.

Bertrand qui fermait la marche ne perdait rien de leurs gestes et avançait, prudemment, en silence. Il savait combien la moindre erreur pouvait leur être fatale. A son tour il posa sa main sur l'épaule droite de Joan qui reproduisit le même geste sur Hans. Tous les trois restèrent immobiles, la tête tournée dans la même direction.

Quelque chose semblait briller au loin, comme un point d'eau qui les attirait. Hans leur indiqua un nouveau changement de direction. Ils avaient pris, heureusement, de quoi se désaltérer. Mais comment expliquer cette immense étendue d'eau alors que les alentours étaient désertiques ? D'un commun accord, ils décidèrent de poursuivre leur route.

Chacun avait été conditionné pour utiliser les mêmes gestes. La main posée sur l'épaule droite signifiait: danger. Posée sur l'épaule gauche : s'arrêter et ne plus bouger. Baisser la tête en avant : avancer tout droit. Faire non : danger immédiat et fuir n'importe où sans s'occuper des autres. Les cailloux devenaient de plus en plus nombreux. Chacun les regardait, le front barré d'une ride d'inquiétude. Ce qu'ils avaient pris pour un plan d'eau était un lac immense, en fait. La surprise fut si grande que Bertrand buta contre Joan, la déséquilibrant. Celle-ci tenta de se redresser, posa le pied hors des pas de Hans et soudain, sentit sa jambe aspirée dans le sol, la faisant crier.

Immédiatement les garçons la tirèrent à eux, examinant avec attention sa jambe. Jusqu'à mi-mollet, la peau semblait criblée de petits points rouges, laissant perler quelques gouttes de son sang. Rapidement, les garçons désinfectèrent soigneusement ses plaies. Joan ne souffrait pas mais ressentait des démangeaisons intenses qui lui donnaient une envie irrépressible de se gratter.

Les mystérieux cailloux avaient changé de couleur, à nouveau. Ils irradiaient des tons bleutés, blancs, argentés. Pourquoi tous ces changements ? Ils apparaissaient puis disparaissaient en silence, au fur et à mesure qu'ils continuaient d'avancer.

D'un geste, Hans leur fit comprendre de s'arrêter. Du bout de ce que l'on pouvait prendre pour un simple bâton, il montra un morceau de verre arrondi dépassant du sol. Prudent, il s'en approcha : la visière d'un scaphandre ! Ils venaient de retrouver la piste d'un des hommes disparus !

Immédiatement, Bertrand actionna un tabloïd en émettant trois sonneries particulières. Celles-ci seraient dans les dix secondes retransmises à la Terre les informant par ce signal qu'ils venaient de découvrir quelque chose sur les disparus.

Bizarrement, pourtant, plus ils avançaient, plus le lac semblait reculer. Hans enfonça dans le sol, un bâton avec un ruban rouge flottant au vent. Immédiatement, Joan nota sa position et dessina un point sur la carte qu'elle avait emportée avec elle.

Les cailloux changeaient de teintes toutes les dix minutes maintenant, passant du bleu cobalt au vert turquoise puis du jaune safran au rouge vermillon,de plus en plus souvent. Un léger sifflement se fit entendre, à intervalles réguliers. Quels nouveaux pièges les attendaient ? Ils avaient de plus en plus chauds sous leurs scaphandres, bien que ceux-ci soient climatisés.

Brusquement, Bertrand s'arrêta, surpris. Que faisait donc Joan à sa gauche ? Il tendit le bras vers elle mais ne rencontra que le vide ! Il tourna la tête devant lui et vit ses amis, le regarder, l'air inquiet. Ouf! Ce n'était qu'une illusion ! Ce nouvel incident leur fit comprendre que de nouveaux dangers les attendaient. Ils décidèrent de s'attacher par précaution, afin de rester groupés. Ainsi, si l'un d'eux tentait de sortir de leur champ, d'une secousse, ils seraient alertés du danger.

Quelques pas plus loin, Joan se baissa. Elle venait de ramasser un gant bien particulier puisqu'il portait le numéro d'un des hommes disparus : XROO5. Le gant personnel du commandant de bord ! Pas de doute, ils étaient bien sur la bonne piste !

Un étrange monticule leur barrait le passage. Devaient-ils le contourner ou bien tenter de le franchir ? Joan attira leur attention sur un détail : elle venait d'entrevoir une plaque de métal. Elle gratta immédiatement le sable dégageant une porte métallisée. Ils se concertèrent du regard. Puis d'un même élan, firent fondre la serrure en forme de croix en se servant de leur pistolet laser. Ouvrir la porte fut ensuite un jeu d'enfant pour eux.

Hans ouvrit la marche, balayant le sol de son faisceau de lumière. Ils avançaient en silence, le coeur battant à toute vitesse. Une allée souterraine, plus grande que les autres, attira leur attention. Ils la longèrent, marchant toujours avec prudence. Ils émergèrent dans une pièce entourée de cloisons de verre. Ils faillirent crier de stupéfaction.

Les disparus étaient chacun à l'intérieur, suspendus par des crochets, dans le vide, la tête en bas, une entaille faite à la carotide, les vidant de leur sang ! Seuls les yeux exorbités et leurs visages torturés montraient combien avait été longue et douloureuse leur agonie.

Le sol était recouvert de cristaux ocre, de taille minuscule, comme si ceux-ci s'étaient imbibés de leur sang. Hans toucha l'un d'eux de son bâton; étonné de le trouver mou. Les garçons décidèrent de détacher les cadavres et de les ramener sur Terre pour être autopsiés.

Quand ils marchèrent sur les cristaux, ceux-ci émirent d'étranges gémissements. Un grondement furieux se fit se retourner. L'entrée venait d'être obstruée par un cristal énorme, dont les pointes tranchantes paraissaient sans cesse en mouvement. C'était donc cette monstruosité qui avait réussi à les tuer ?

Joan vérifia que les garçons en avaient terminé avec leur tache macabre, mettant les corps dans des sacs plastifiés, munis de roues dessous et porteurs d'un écran digital. Hans actionna les boutons à toute vitesse, espérant de ne pas avoir fait d'erreur dans ses manoeuvres pour qu'ils arrivent aux pieds de leur astronef. Un léger bruit se fit entendre. Joan utilisait son fusil spécial à rayons gamma maintenant à distance l'immense monstre de cristal. Elle venait soudain de comprendre. Ces minuscules cristaux étaient ces enfants et leur mère venait les défendre !

Joan terrifiée voyait ce monstre se rapprocher, cherchant dans sa mémoire comment la désintégrer. Hans vint à son secours:


- Vide ton sac ! Il me faut la bonbonne d'acide ! Je ne vois que cela pour la détruire !
- Tu as raison ! La voici ! Vise bien le centre sinon nous allons tous périr, ici...

Hans observa une seconde ses compagnons, se demandant s'il les voyait pour la dernière fois puis d'un geste vif, ouvrit la bonbonne et la projeta sur le monstre de cristal de toutes ses forces. Il y eut une sorte de grésillement, puis une fumée opaque monta dans l'air. Ils virent le monstrueux cristal se tordre en tous sens, en émettant des bruits assourdissants, en explosant...

Nos trois amis filèrent sans demander leur reste. Le retour se fit sans incident, heureusement. Ils ne virent aucun cristal à la surface du sol. Ceux-ci semblaient disparus à jamais de cette planète.

Les corps des disparus les attendaient devant la rampe d'accès, immobiles sous leur linceul de plastique spécial. Ils les montèrent dans l'astronef, les mettant dans une pièce froide où ils seraient congelés. Ces hommes ignoraient qu'ils étaient morts pour nourrir des petits monstres de cristal. Hans activa les commandes, faisant rugir les moteurs:


- Tout le monde est attaché?
- Oui, dirent en même temps Bertrand et Joan, en souriant de soulagement
- Alors, en route vers la Terre !

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