LE REPAS DU DIABLE

par EROTICA51



La Terre a continué de tourner. Nos dirigeants refusant de faire les changements que certaines associations avaient demandés. L'air a fini par devenir irrespirable, toujours plus pollué, occasionnant diverses maladies aux bronches, provocant de terribles allergies à la population incapable dorénavant de réagir et de s’en protéger.

Dix ans plus tard, le spectacle sur terre est devenu encore terrifiant. Plus personne ne veut enterrer les morts sous prétexte d'attraper leurs maladies. Même en proposant des sommes faramineuses, tout le monde s'évite. Plus personne ne fait confiance à ces gouvernements qui après s'être si bien enrichis, viennent de s'enfuir sur la Lune, laissant la population sur Terre, complètement, désemparée.

Un matin, un homme se présente à la Mairie. Immense, des mains comme des battoirs, il annonce qu'il accepte d'enterrer les morts contre une embauche définitive. La municipalité n'a guère le choix. Les morts meurent chez eux, dans les rues même, menaçant de développer des maladies comme la peste et autres calamités. Le Grand Conseil accepte, lui remet un chèque important pour qu'il achète tout ce dont il a besoin. La seule condition sera de noter tout son travail macabre dans un registre.

L’entretien est concluant. L'homme a travaillé dans diverses entreprises et manie avec dextérité tous les outils. Chenille, Pelle Poclain, Scie électrique, Meuleuse, etc...

Une chambre froide a été construite, en urgence, évitant les épidémies et les odeurs des centaines de corps en décomposition. L'homme, à l'aspect rébarbatif ne donne pas envie de dialoguer avec lui. Bien au contraire, la large balafre qui lui barre le visage, en travers, donne plutôt envie de fuir ceux qui se tenté de l'approcher.

Plus que quelques heures et la pleine lune sera à son apogée. L'homme inlassablement continue de préparer le lieu où sont rassemblés les plus beaux corps qu'il doit offrir à son dieu, à la pleine lune.

Un cercle immense a été préparé, marqué d'une poudre blanche, pour en délimiter l'espace. Douze corps rigides sont alignés. Leurs pieds paraissent sur le point de se toucher. Leurs têtes sont dirigées vers l'extérieur comme une immense pendule indiquant l’heure de chaque corps ou il sera dévoré. Une horloge humaine. Des bougies sont posées au dessus de leurs têtes et leurs pieds, dévoilant l'aspect terrifiant et macabre pour à ceux qui les découvrirait. Mais personne ne semble plus s'intéresser à ces morts, depuis longtemps.

Vissago le sait. Personne ne sait lui-même d'où il vient; qui il est vraiment; on ignore même sa nationalité ; bien que sans papiers, l'homme a été pourtant embauché.

Une espèce de grotte se trouve devant tous ses corps alignés que la mort a figés. Certains n'ont même pas les yeux fermés dévoilant un regard rempli d'eau eau bleuté, encore plein d'incrédulité, face à la mort, venus les faucher. Personne n'aime penser à sa propre mort. Personne ne veut l'envisager. Et pourtant celle-ci est arrivée, les surprenant, soudain, dans les gestes de leur vie courante.

Vissago s'éponge le front. La grotte commence à chauffer. Le Maître ne devrait pas tarder à arriver. Sera-t-il content, cette fois-ci? Vissago tremble de plus en plus fort. Il sait qu'il n'a pas le droit de le mécontenter. Mais le Maître devient, chaque nuit de pleine lune, de plus en plus, exigeant.

La roche devient jaune comme si elle se réchauffait. Puis, rouge sang comme sous l'emprise d'un brasier en train de flamber de l'intérieur. Un grondement assourdissant se fait entendre, faisant vibrer le sol, comme sous le poids des pas d'un terrible géant.

Une ombre se dessine sur le sol, s'avance dans un bruit assourdissant. Vissago tremble encore plus fort. Il sait que le visage terrifiant de son Maître va apparaître prochainement. C'est tout juste s'il ose lever la tête pour le regarder en face. Celui-ci est vraiment effrayant.

L'air devient irrespirable, plein de souffre. Vissago se met à tousser, le front en sueur. Il sait que son Maître peut décider de le faire disparaître dans sa gueule béante aussi rouge que l'enfer, s'il fait quelque chose pouvant le mécontenter. Il s'agenouille, devant la grotte et attend l'ordre de lui amener le premier corps qu'il choisira de dévorer.

La voix, caverneuse, se fait alors entendre :

- Tu as enfin exécuté mes ordres. Douze corps pour calmer cette faim immense qui ne cesse de me torturer. Va dehors pendant que je me repais. Je t'appellerai, une fois rassasié.

Vissago vient, à peine de franchir le seuil de la pièce, qu'il entend le craquement sinistre des os que le Maître craque comme de vulgaires brindilles. Des bouffées d'air vicié s'échappent de la grotte, odeurs putrides de chair en décomposition et de viande brûlée. Seul, son insensibilité lui permet d'éviter les hauts de cœur que tout être humain ressentirait.

Durant quatre longues heures, le Maître va continuer son infect festin. Des grognements satisfaits lui parviennent à l'extérieur de la grotte avant que celui-ci ne daigne le rappeler :

- Vissago, immonde ver rampant, viens ici immédiatement !

- Me voici Maître. Quels sont vos ordres ?

- Je veux dorénavant, autant de corps à dévorer, tous les jours pour assouvir ma faim !Que tout soit prêt à minuit quand je viendrai !

- Tout sera prêt comme vous l'exigez...

Un bruit assourdissant se fait encore entendre comme si la voûte allait s'écrouler. Le Maître vient de repartir comme il est venu.

Vissago se gratte la tête. L'appétit du Maître devient de plus en plus puissant. Il déteste les corps abîmés. Cela devient de plus en plus difficile de lui trouver des corps morts encore frais. Son appétit est devenu impressionnant.

Un jour viendra où le Maître s'attaquera, cette fois, aux vivants, il le sait et Vissago ne pourra rien faire pour l'en empêcher.

Vissago sait qu'il finira lui aussi par être dévoré quand le Maître ne trouvera plus rien pour se rassasier. Cette idée terrifiante ne cesse de tourner dans sa tête mais comment réussir à lui échapper ? A part lui, il ne restera bientôt plus un seul survivant...

Aujourd'hui, Vissago sait que ce ne sont plus ses jours qui sont comptés mais les heures qu'il lui reste encore à vivre...


Mis à jour le 11/10/2018

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