QUANT LE TORCHON BRULE

par Erotica51



Mariés depuis quinze ans, Richard et Elodie ressentaient, depuis quelques années, une certaine lassitude dans leur vie conjugale, sans arriver à s'en expliquer les raisons.

Debout devant l'évier, lavant sa salade, Elodie soupira et se dit qu'ils devraient se décider à aborder ce sujet, un jour ou l'autre. Mais comment faire comprendre à Richard ce qui lui manquait, sans le blesser et l'entendre se mettre à crier ?

Après mûres réflexions, Elodie décida de mettre son ressenti par écrit et de glisser sa lettre dans le jean de son mari, avant qu'il ne parte au travail. Elle savait qu'en agissant ainsi, elle risquait de lui gâcher la journée mais mieux valait cela que d'en arriver, un beau jour, à envisager de se séparer, si aucun des deux ne voulait casser ce rythme routinier.

Quand Richard mit la main dans sa poche, ce fut pour chercher un mouchoir. Il était atteint d'allergie au pollen depuis plusieurs années mais avait toujours refusé de se faire désensibiliser. Intrigué, il retira la feuille pliée en quatre dans sa poche et se mit à la lire avec une extrême attention. Pourquoi Elodie avait-elle choisi cette façon de discuter d'un problème entre eux alors qu'il suffisait d'en parler en face, se demanda-t-il, surpris.
Que les femmes pouvaient se montrer compliquées parfois ! Le mieux était de lire cette lettre inhabituelle, bien callé comme le dossier du fauteuil et de respirer un bon coup. Richard pressentait un orage au dessus de sa tête prêt à fondre.

"Mon chéri"

Comme tu le sais, nous partageons notre vie depuis vingt ans ensemble. Le pire étant passé, malheureusement, le quotidien semble s'être un peu trop bien installé. Beaucoup trop, à mon goût, je dirai. Je t'imagine tourner la tête pourtant négativement. Je me permets donc de choisir cette manière de te dire ce qui me blesse, avec le désir de voir notre vie changer dans une nouvelle direction, pour la prochaine année.

"J'en étais sur! Elle veut divorcer! Se dit brusquement Richard, soudain inquiet. Il reprit sa lecture.

" Comme tu t'en souviens, je t'ai choisi parmi mes nombreux prétendants à l'époque, pour ton charme et ton élégance qui m'avaient subjuguée. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Tu sembles te complaire dans une barbe broussailleuse qui ferait fuir un escadron de femmes amoureuses. Tu as toujours eu bon appétit à table et fais attention à ton équilibre alimentaire. Alors pourquoi aujourd'hui, tes pantalons ont-ils pris deux tailles supplémentaires, sans que cela te dérange ? Que tu te sentes obligé de prendre deux fois chaque plat ?

Si tes rides semblent estompées sur ton visage grâce aux crèmes, je ne peux que déplorer l'image désolante que m'offrent nos dernières photos de vacances. De face, ça passe mais de profit, quel carnage ! Bibendum risque de se retrouver avec toi au chômage ! Bien que notre lit soit grand et large, tu occupes depuis quelque temps une place, de plus en plus large. Combien de nuits ai-je du batailler ferme pour conserver ma place, en te décochant quelques ruades aux fesses, énergiquement ! Que veux-tu, le tapis persan aussi, épais soit-il, ne m'inspirait pas, suffisamment !

J'aimerai qu'après les fêtes de fin d'année, tu redeviennes l'homme que j'aimais. Il te reste à prendre quelques décisions : commencer un régime draconien ; te remettre au sport et te dire que tous efforts porteront un jour ses fruits. La semaine prochaine, je te dirai le reste.

Ton épouse adorable : Elodie

Richard ne bougeait plus, sonné par cette lettre immonde. La Garce ! Comment osait-elle ?! Elle ne perdait rien pour attendre !

Ulcéré, il se mit aussitôt à lui répondre :

"Ma chère épouse"

Je te remercie pour cette première lettre qui m'apporte quelques éclaircissements sur tes nombreux maux de tête au moment de faire l'amour ensemble.

Bien sur, nous n'avons plus vingt ans et je ne te le reprocherai pas. Mais, avoue quant nous nous sommes rencontrés, que tu étais beaucoup moins enrobée, et savais t'habiller de manière élégante. Pourquoi aujourd'hui, t'habilles-tu avec d'affreux chiffons qu'une bohémienne refuserait de mettre ?

Pourquoi aussi as-tu arrêté ces délicieux plats sans matière grasse que tu me préparais ? Il n'est pas rare que je doive me contenter d'une boite de cassoulet comme repas ou de plats tout préparés. Hors tu le sais, cela me donne des ballonnements désagréables ! Je ne comprends donc que tu prennes l'air offusquée quand cela m'arrive de me relâcher, au moment d'aller me coucher.

Tu sembles aussi oublier que lorsque j'aimais t'approcher, tu portais de charmants dessous qui avaient l'avantage de m'émoustiller. Aujourd'hui, ces dessous ont été relégués dans un affreux tiroir où tu sembles les avoir oubliés. Je crois donc devoir te rappeler avoir toujours été friand de ces petites frivolités.

Après ce premier échange, ne sois donc pas étonné si ce soir, je n'ai guère envie de rentrer. Je sais combien les heures vont te paraître longues à les compter et les voir défiler, aussi je te recommande ma dernière collection de livres que j'ai rapportée sur les couples, à la maison et qui devrait avoir de quoi t'occuper.

Je te souhaite une bonne fin de journée ma chérie et m'en vais passer ma soirée dans un club pour hommes seuls qui vient d'ouvrir, récemment.

Ton tendre époux : Richard

Il plia sa lettre soigneusement en quatre, la glissa dans une enveloppe puis la mit à affranchir au courrier. Avec un peu de chance, elle la recevrait demain vers 11 heures. D'ici là, il pouvait oublier durant une semaine de rentrer. Il avait juste oublié de lui dire qu'il avait déposé sept jours de vacances à son travail pour l’emmener aux Bahamas. Finalement, ce serait avec sa maîtresse qu'il partirait !


Antibes le 29/8/06



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