LE PIANISTE AU CLAIR DE LUNE

par Erotica51



La maison du poète avait été mise en vente. C’était une solide bâtisse faite de murs de pierres, en haut de la colline qui surplombait le village. Le vieux poète était parti, un soir d’hiver, sans rien dire, laissant échapper son dernier soupir. Il avait toujours été célibataire bien que dans sa jeunesse, il avait fait battre plus d’un coeur.



Les volets avaient été fermés définitivement. Du village, on ne voyait plus la fumée s’échapper, montant dans le ciel lentement. Cet homme avait été un peu le journaliste du village, écrivant pour la gazette locale, puisant dans ses souvenirs immenses. Le village ne serait plus jamais pareil, sans son sourire légendaire.



Ce fut par un beau matin de printemps que Louis, le garagiste s’aperçut du changement. La maison du vieux poète avait les volets grands ouverts ainsi que les fenêtres. Intrigué, il décida d’aller voir ce qui se passait. Une belle voiture était garée dans la cour de cailloux blancs. Il décida de frapper à la solide porte de chêne, agitant le fermoir énergiquement sur le bois sec.



Il entendit un bruit de chaise raclant le sol, puis des pas venir, sans se presser, dans sa direction. La porte s’entrouvrit lentement. Un homme de belle prestance, âgé d’une trentaine d’années, le regarda, étonné, n’attendant personne, apparemment.



- Oui ?

- Excusez-moi de vous importuner mais je connaissais bien la personne qui résidait dans cette maison. Or, il est mort, il y a quinze jours et nous savons, dans le village qu’il n’avait pas de famille. Comment avez-vous eu la clé de cette maison ? Michel le poète était mon meilleur ami…

- Avez-vous un peu de temps ? C’est une longue histoire que je vais vous raconter…Michel était mon père ; je ne l’avais pas vu durant de longues années. J’ai appris sa mort récente par notre notaire…Le temps de traverser l’océan, il était déj?? enterré. Je voulais indemniser la personne qui s’est occupé de son enterrement.

- Je suis le garagiste d’ici et fermé tous les lundi après midi. J’ai donc tout mon temps pour vous écouter. Cela me fait tout bizarre d’apprendre que mon meilleur ami avait un fils. Il ne m’en a jamais parlé pourtant. A bien vous regarder, vous lui ressemblez. Vous avez son regard et ce même profil qui me faisait penser à un aigle.

- Voulez-vous un bon café ? Je viens juste d’en préparer un à l’instant. Nous irons sous la tonnelle pour le déguster. J’aime les arômes italiens qui m’ont toujours parus les meilleurs du monde.

- Avec plaisir !



Louis suivit l’homme dans le jardin, n’en revenant toujours pas d’apprendre que son meilleur ami lui avait caché ce fils tombé du ciel ! L’homme paraissait avoir une solide éducation et se présenta, tout en lui versant une bonne tasse de café odorant.



- Je me nomme Richard. J’avoue tout ignorer des gens du village…

- Et moi, Louis et je suis le garagiste de ce petit village d’où tous nos jeunes partent. Si cela n’est pas trop indiscret, pourquoi votre père ne m’a-t-il jamais parlé de vous ? Nous avons toujours été les meilleurs amis du monde et j’avoue me sentir blessé qu’il m’ait caché votre existence…

- Mon père n’a pas toujours été aussi secret. Il adorait faire la fête et s’amuser. Il s’est replié sur lui-même quand ma mère nous a quittés. Mais je dois tout reprendre par le début si vous voulez connaître son histoire et comprendre mon arrivée…



Il y a déjà plus de trente ans en arrière, mon père vivait dans le village à coté. C’était un petit village où l’on trouvait de nombreux petits commerces. Tout le monde se connaissait. Un jour, une jeune femme arriva au village et racheta le commerce de Philibert, le tapissier. C’était une belle jeune femme, avenante, qui savait vous mettre à l’aise. Elle ouvrit un magasin d’habillement. Très vite, les hommes du village vinrent la voir, lui achetant chaque semaine, une chemise ou un pantalon, pour entrer dans ses grâces. C’était une jeune femme sérieuse, qui fermement, savait repousser leurs avances.



Un soir de 14 juillet, il y eut la fête et un grand bal au village. Elle avait travaillé tard mais était venue à la demande du maire, désirant la présenter à quelques personnalités. En la voyant mon père fut subjugué et tomba fou amoureux, d’elle. Ce fut en bredouillant de confusion qu’il l’invita à effectuer sa première danse. Tout ce que je vous raconte, c’est mon père qui me l’a raconté, dans son journal intime qu’il m’a laissé et que j’ai pu récupérer grâce au notaire. Ma mère Elvira était d’origine espagnole et ses parents ne virent pas d’un bon œil leur romance. Ils décidèrent un jour de la marier à un notable d’une grande ville près de Paris qu’ils connaissaient.



Mon père avait toujours pratiqué le piano depuis qu’il était petit. La mort dans l’âme, il était rentré chez lui, craignant qu’il ne l’emmène et s’était mis à jouer. C’était un soir d’été. Les notes s’envolaient, désespérées, déchirantes arrivant aux oreilles des villageois qui les entendaient. Ma mère, enfermée dans sa chambre, décida de s’enfuir et de le retrouver. Elvira venait d’avoir 20 ans et aurait tout donné pour mon père tant elle l’aimait. Ce fut cette nuit là, qu’elle se sauva de chez elle, prenant le prétexte d’aller fermer la porte de l’enclos, soi disant resté ouvert. Elle laissa un mot à ses parents, toutefois, ne voulant pas les inquiéter. J’étais en train de lire sa lettre quand vous êtes arrivé. La voici et vous comprendrez :



« Chers parents »



Bien que j’aie, pour vous, un profond respect, je ne peux accepter ce mariage que vous voulez m’imposer. Cet homme est plus âgé que moi et ne me plait absolument pas. Je ne suis pour lui qu’une bonne affaire ?? réaliser, sachant que vous n’avez que moi, comme fille à marier. Son monde n’est pas le mien. Je mourrai d’ennuie loin de mes belles montagnes et vallées. Je dépérirai comme une source que de son cours, on aurait détourné. Ma vie est ici, dans ce village, avec Michel que je veux aimer, librement. Je ne vous demande qu’une chose : acceptez que je l’épouse. C’est le seul homme que je veux aimer. Ne faites rien contre lui ; je n’y survivrai pas…



Votre fille aimante qui souhaite que vous lui pardonnerez :



Elvira



II.



Louis avait reposé la lettre, les doigts tremblants d’émotion. La suite de l’histoire, il la devinait. Michel avait accueilli Elvira, lui offrant son toit et son cœur, joyeusement. Ce fut par un beau soir d’automne qu’il joua sa première cantate en public, pour fêter leur mariage. Sous ses doigts jaillissait tout l’amour qu’il avait pour Elvira ; sous les notes cristallines, on devinait ses questions, ses inquiétudes face à cette famille qui avait fermé définitivement à leur fille, leur porte. Je me souviens encore de ce récital, qui m’avait terriblement bouleversé.



Un homme était venu l’écouter. C’était un étranger, à l’air imposant, venu de New York qui lui offrit un contrat mirifique. La somme tourna la tête à Michel qui se laissa influencer. Il promit à Elvira de revenir très vite la rechercher, une fois célèbre.



Elle l’attendit longtemps. Durant cinq longues années. Peu à peu, leurs lettres s’espacèrent pour finir par s’arrêter. Pas un jour, je ne l’ai vue passer votre mère devant sa maison, sans pleurer. Elle paraissait inconsolable qu’il l’ait quittée. Quelques mois plus tard que votre père soit parti, ses parents l’avaient emmenée faire un voyage en Amérique, pour lui changer les idées. Elle en était revenue très amaigrie, les yeux empreints d’une tristesse insoutenable. Personne n’a su le lourd secret qui l’entourait.



III.



Richard hocha la tête, l’air triste. Raviver certains souvenirs lui faisait mal. Ses grands parents avaient appris la grossesse de leur fille et l’avait emmenée dans une clinique en Suisse. L’enfant avait été confié à une institution particulièrement sévère, qui n’autorisait sa mère à le voir, qu’une fois par mois. Elvira tomba gravement malade et resta dans son lit, très affaiblie. Le dernier soir de sa vie, elle voulut que l’on ouvre les volets de sa chambre et que l’on tourne son lit vers la maison de Michel, croyant entendre encore sa cantate dans la nuit. C’est en souriant doucement qu’elle s’éteignit, lui adressant un ultime « je t’aime »



Mon père apprit plus tard qu’on lui avait menti. La mère d’Elvira lui avait écrit prétendant avoir marié sa fille. Que celle-ci était la plus heureuse des femmes et ne voulait plus entendre parler de lui ! Il ne s’en est jamais remis. Jusqu’à la fin de sa vie, il a joué cette cantate magnifique, qui l’avait rendu célèbre dans le monde entier, mais qu’il avait écrite pour l’unique femme de sa vie : ma mère…Mon père n’a jamais su qu’il avait eu avec Elle, un fils. Je suis le fruit de leur amour et maudis sa famille. J’ai par le plus grand des hasards choisis d’étudier la musique et le piano est devenue ma passion aujourd’hui….J’ai choisi de m’installer ici, en mémoire de mes parents que j’ai peu connus. J'ai fait le tour du monde et donné mes plus grands récitals dans la cour des grands. Mais je suis las aujourd'hui. J'aspire à une vie plus profonde. Je compte sur vous pour m'y aider. Grace à vous, j'apprendrai à mieux connaitre mes parents.



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