LA GUENILLE ET LE SALOUPIOT

Offert par Thierry



Il était une fois, une toute petite femme, toute rabougrie, avec des bas épais lui retombant sur les mollets.

Devant sa grande cheminée noircie par les cendres de bois, la vieille femme préparait pour son grand filou de fiston, la soupe aux serpents velus et aux verrues de crapauds.

Ce fils que tous les gens du village appelaient : le saloupiot; pour avoir voulu un jour empoisonner, la rivière avec du jus d'araignée, avait décidé, ce soir là, d'offrir à sa mégère de maman, la fiole magique pour redonner jeunesse et beauté, à son corps désastreux et ragoûtant.

« Bonsoir la Guenille ! » Dit son fils en entrant dans la vieille demeure.

« Je t'ai déjà dit mille fois de ne pas m'appeler la Guenille, espèce de petit Saloupiot ! » répliqua sa mère, continuant à brasser vigoureusement sa mixture mal odorante, à l'intention de son chérubin.

« Allez gamin, mets donc la table, que je te régale de mon succulent potage. »

« Attends la Guenille, j'ai une grande nouvelle pour toi. Assies-toi sur le banc, le temps d'une bassine en bouillasse »

« Oh, que je n'aime pas cet air crapuleux dans ton regard. » fit-elle songeuse. « Alors c'est quoi ton affaire, vaurien ? ! »

« Regardes, je t'ai rapporté la fiole qui va te redooner vigueur et jeunesse, pour que tu retrouves un beau gars qui voudra de toi. »

A ce moment là, la vieille femme se mit à rire aux éclats, jusqu'à réveiller le dernier serpent velu, encore vivant, dans sa soupe en ébullition, d'où de grosses bulles bien grasses s'échappaient.

« Mais tu me prends pour une idiote, petit Saloupiot ! Tu crois que je vais boire ta mixture, en pensant que tu ne veux que mon bien. »

« Mais non la Guenille, je t'assure que ce breuvage t'offrira une nouvelle jeunesse à en faire frémir tous les malins du village. »

« Hors de question, je te connais assez pour savoir, que tu veux ma mort et mon livre de formules maléfiques. Non et non, il en est hors de question !!! »

Le Saloupiot était vraiment très embêté, de voir la Guenille refuser son cadeau.

Il décida alors de lui soumettre un pacte de confiance, si elle acceptait de boire le contenu de cette petite fiole.

« Ecoute la Guenille, pour te prouver ma bonne foi, je propose que nous partagions ce breuvage. Comme ça, chacun de nous retrouvera la jeunesse qu'il avait, quarante années en arrière. »

« Tu veux dire que j'aurai un corps et un coeur de quarante ans et toi ? »

« Et bien moi, je redeviendrai un petit garçon de dix ans ! » Rétorqua t-il.

La vieille femme dubitative se mit à réfléchir dans un silence troublé par les flops du potage ragoûtant.

Elle venait de se rappeler de ce petit vaurien sournois qui lui avait causé tant de problèmes, avec les gens du village et anéanti son défunt mari.

« Donne moi cette fiole, petit sacripant ! Ta fourberie d'antan n'en est pas moins diminuée avec l'âge ! » Répliqua-t-elle rouge d'une colère qui ne pardonne pas.

La vieille femme se saisit vigoureusement de la fiole des mains de son fils et d'un trait, sans réfléchir, bu, tout le contenu, ne laissant pas la moindre goutte au Saloupiot.

Tout d'un coup, le silence se fit ressentir. Même le potage ragoûtant calma ses ardeurs de breuvage olfactif et bouillant.

Boum !!! Patatrac !!! Le sol se mit à trembler et une fumée épaisse sortie de l'antre buccale de la Guenille.

Le fils légèrement surpris recula et se camoufla, derrière la table, afin d'éviter les quelques projections baveuses qui sortaient de la bouche édentée de sa mère.

Trois minutes après, lorsque le brouillard épais se dissipa, le Saloupiot se releva et regarda en direction de la vieille femme.

Des petits cris se faisaient entendre, interminables, comme une grosse colère qui n'arriverait pas à se faire comprendre.

Le Saloupiot s'approcha, encore méfiant, près du banc, où était assise sa mère.

« Euréka ! Ça a marché ! » Cria t-il avec un air satisfait.

A la place de la vieille femme, se trouvait un petit enfant, pas plus grand qu?une bûche à cheminée, le regard méchant et les yeux rouges de colère.

« Sache ma chère petite maman, que si tu avais réfléchi et su compter, tu aurais compris que boire la totalité de la fiole, donnait le double de la jeunesse, que je te proposais, en partageant ce breuvage »

A cet instant, la Guenille redevenue un bébé, se mit dans une rage folle, et pleura si fort que tout le village l'entendit ce soir là.

Depuis ce temps, le fils, tout fier, promène sa petite maman, en charrette, dans les rues du village, montrant ainsi au voisinage que le saloupiot avait laissé place à un bon père de famille !

OOOOO



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