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LE SECRET D'AUDREY

par Proteus Mirabilis et Erotica51


1. Erotica51

Il la voyait passer, chaque jour, devant sa fenêtre, caché derrière ses rideaux. Il savait presque tout d'elle. Pourtant il n’avait pas toutes les réponses qu’il voudrait connaître. Des jeux d’ombre restait encore sans réponse pour lui..

Où travaillait-elle donc ? Quel poste occupait-elle ? Il connaissait son prénom : Audrey...Tom savait peu de choses d’elle. Mais comme cette femme qu’i avait un jour croisé, savait l’attirer ! Il ne savait toujours pas comment approcher cette femme qui l'obsédait.

Il regarda une fois encore sa montre. A la minute près, elle passait devant son immeuble particulier, toujours à la même heure. Elle devait travailler dans le quartier, c'est certain et pourtant, il n'avait toujours pas découvert à quel endroit ! Soit il la suivait, soit il préparait un plan.

Il sortit une cigarette nerveusement de son paquet puis se mit à réfléchir. Sa décision était prise. Il planquerait sa voiture à l'entrée de la rue puis la suivrait, demain.

Le lendemain, il était dans sa voiture, rongeant son frein. La quarantaine, il avait un atout indéniable : il plaisait aux femmes grâce à son charme. Il possédait une belle voix grave aussi. Et pourtant, il n'arrivait pas à se faire remarquer de cette femme. Pourquoi? Soudain, il sursauta. Elle venait de passer à l’instant, devant sa voiture. Il se précipita quelques secondes après derrière elle, discrètement, un journal à la main, fermant sa porte à toute vitesse. Mieux valait être prudent.

Elle marchait vite, d'un pas nerveux. Etait-elle en retard à son travail? Tom jeta un regard à son poignet. Non, elle avait vingt minutes d'avance !

D'un regard intéressé, il se mit à la dévisager longuement. Elle portait ses cheveux blonds librement sur ses épaules et portait un tailleur en lainage sombre. Pourtant-elle des bas ou des collants? Non, c'était impossible, elle était bien trop femme pour gâcher ce qui ferait son charme. Elle portait des hauts talons vertigineux. Comment arrivait-elle à marcher aussi vite avec ça à ses pieds ?

Elle passa le coin de la rue et Tom se décida à accélérer le pas. Pas question de se laisser distancer et la perdre. Dieu qu’elle était agréable à détailler, se dit-il en riant, depuis bien longtemps. C’était vraiment ce qu’on nomme une très jolie femme. Ses hanches lui offraient un agréable balancement qui le laissait rêveur. Ses cuisses paraissaient fermes. Quelle impression pouvait-on ressentir en les sentant agrippées autour de lui. Il secoura la tête, se traitant d’imbécile, laissant son imagination divaguer !

Quand il arriva à son tour au bout de la rue, il laissa échapper un juron étouffé. Elle avait complètement disparu ! Il accéléra le pas, cherchant sa silhouette sous les portes cochères, cherchant après elle. Rien ! Il s’arrêta, tendit l’oreille : rien si ce n’est le bruit des véhicules qui passaient dans la rue ou une musique s’échappant d’une fenêtre…


2. Proteus Mirabilis


Et zut, se surprit-il, à dire à haute voix. Par réflexe, il posa nerveusement les yeux sur sa montre. Mais faut-il être bête, pensa t'il, pour arriver plus de 20 minutes, en avance, à son boulot ? Qu'à cela ne tienne ; il reviendrait la pister demain.

Tout en rebroussant chemin, la rétine encore imprégnée de son image charmeuse, il se dit qu'à être dehors, si tôt, autant aller prendre un café au bistro du coin. Passant devant la vitrine du bar, il sursauta tout à coup. Elle était là, à l'intérieur, assise à une table, en train de remuer son café. Décontenancé et presque tremblant, il n'osa même pas entrer et continua son chemin.

Pas pour longtemps, car quelques mètres plus loin, ayant capté l'opportunité qui s'offrait à lui, ayant saisi le coup de pouce du destin qui lui dictait d'aller prendre un café, il s'arrêta net, sourit aux anges et piqua un sprint jusqu'à la porte du bistro.

Il entra en trombe, comme un jeune adolescent pressé et s'installa, manquant trébucher, sur un tabouret au comptoir. Le hasard l'aida, une fois de plus, quand le serveur lui dit

« Allez vous asseoir à une table, Monsieur. Je vais nettoyer les abords du comptoir ; les clients, malgré les cendriers, jettent leurs mégos par terre !».

Penaud, la tasse à la main, leurs regards se croisèrent et son regard digne de Vil coyote la fit sourire. Asseyez-vous là, dit-elle, je vous offre un croissant ; j'ai commandé un petit déjeuner, mais 2 croissants, c'est trop pour moi. La force intérieure qui le caractérisait, mais qui avait pris la fuite, ce matin, ressurgit tout à coup en lui.

Tom s'assit en face d'elle et elle engagea la discussion.

« Je travaille juste à côté, et je suis en avance ce matin. Je sors du labo où l'on m'a fait une prise de sang. Etant à jeun, je me suis arrêtée pour prendre un petit déjeuner. C'est la première fois que je rentre ici ».

Il savait très bien qu'elle travaillait dans le coin et qu’elle était aussi en avance. Ces connaissances qu'il ne voulait pas dévoiler le rendaient muet. Elle rajouta :

« Vous venez souvent déjeuner ici ? »

C'était la première fois qu'il mettait les pieds, dans ce bar, mais il répondit, d’un air dégagé :

« Je prends mon café tous les matins ici... Mademoiselle ? »

« Non, Madame » répondit-elle en se levant. Je suis désolée mais je vais être en retard pour mon travail ; n'oubliez pas votre croissant, ils sont excellents ».

Le ciel venait de lui tomber sur la tête, juste après lui avoir souri, pendant qu'il regardait sa parfaite silhouette s'éloigner. L'euphorie de la côtoyer avait été si éphémère.

Je viendrai prendre un café tous les matins ici, se dit-il. Je le lui ai dit ; et ne dois pas lui mentir…


III. Erotica51


Elle l’avait quitté, lui serrant la main, sur un dernier sourire. Dans la rue, elle s’arrêta, amusée par cette rencontre. Qu’est-ce qui lui avait pris d’inviter cet homme ? Depuis quelques temps, elle avait vraiment un drôle de comportement. Il était évident qu’elle se trouvait à un tournant important de sa vie et que, tôt ou tard, elle devrait prendre une décision.

Elle jeta un regard à sa montre. Pas question d’arriver en retard auprès de ses clients. Dans le hall, Karen sa secrétaire lui adressa un chaleureux sourire. L’arrivée de cette jeune femme était une véritable bénédiction du ciel. Agréable, intelligente, et ordonnée, elle avait réussi à réorganiser tout leur planning, lui permettant ainsi d’avoir des moments libres pour souffler. Elle se sentait depuis quelque temps très épuisée. Elle en était arrivée à travailler plus de 14h à 16 heures par jour, reculant, de plus en plus, la nécessité de rentrer chez elle.

Elle posa son sac, puis consulta sa messagerie. Bien ! Elle prit quelques notes. Dès que Burton et Cie seraient arrivés, Karen la préviendrait. Elle pivota son fauteuil, élevant légèrement ses jambes, mit un fond de musique relaxant puis ferma les yeux, en respirant profondément, faisant le vide dans son esprit. Bizarrement le regard de cet homme lui revint en mémoire. Elle était certaine de l’avoir déjà vu quelque part mais où ?!

Un quart d’heure plus tard, elle était en pleine forme. Un léger coup bref à sa porte l’informa qu’elle avait de la visite. Un bref regard à sa glace la rassura. Elle avait une mine splendide. Elle comptait beaucoup sur sa condition physique pour argumenter. Hélène était devenue dans le monde des affaires, une femme redoutable et plus d’un homme s’était brûlé les ailes en la croyant faible.

Elle sourit, accueillant Burton et son Conseiller. Celui-ci était venu en force, signe qu’il était loin d’être sur de gagner. L’homme qui l’accompagnait la regardait avec intensité, comme s’il cherchait à deviner de quel coté il devrait frapper. Elle lui adressa un sourire angélique, proposant à chacun un café. Surpris, ils acceptèrent évidemment.

Pendant qu’ils sirotaient leur café du bout des lèvres, elle en profita pour relire leur contrat attentivement. Pas question de se laisser berner. Ces terrains qu’elle allait vendre lui venaient de ses grands parents qui avaient galéré pour s’offrir cette superbe propriété. Ils l’avaient soigneusement entretenue durant de nombreuses années. Que de belles journées heureuses, elle avait passé dans cette maison. Ses souvenirs soudain affluaient si fort qu’elle alla chercher au fond d’elle sa respiration.

Mais sa décision était prise. Il n’était plus question de reculer. Elle ne vivrait pas dans cette maison. Des enfants ne viendraient pas se jeter joyeusement, dans ses jambes, en rentrant. Elle avait découvert récemment ce que son époux mijotait. Pas question pour elle de reculer. Jamais il ne mettrait main basse sur cette propriété !


- Bien Burton. Reparlons de cette clause, si vous le voulez bien…dit-elle d’une voix plus affirmée
- Et bien, je voulais dire que si les banques chipotent sur le montant, pourriez vous faire un geste ? dit celui-ci lui coulant un regard suffisamment roublard pour lui mettre la puce à l’oreille.
- Je suppose que vous voulez dire : Descendre le prix ?
- Heuu oui, c’est un peu cela…reconnaissez que vous en demander un prix assez cher ?!
- Justement ! Celui qui est prêt à investir une telle somme sera suffisamment intelligent pour ne pas détruire ce qui va avec…comme cette piscine, terrain de golf et cette magnifique palmeraie ! Je vous laisse réfléchir jusqu’à vendredi soir. D’ici là, j’ai encore deux autres clients intéressés à rencontrer.
- Très bien, nous allons y réfléchir. Merci Audrey. Je vous donnerai mon accord pour vendredi si ma banque est d’accord…
- Parfait, je vous donne assez de temps pour réfléchir. Bonne journée, Burton.

Elle ne serra même pas la main de son conseiller qui la regardait, encore étonné, d’avoir été pris de court dans la discussion. Quand la porte se referma sur ses visiteurs, elle eut un sourire animal…Ceux-ci avaient voulu jouer à plus malin qu’elle. Ils ne tarderaient pas à découvrir combien elle pouvait être redoutable en affaires !


IV - Proteus Mirabilis


Dix neuf heures : une journée de travail terminée ce soir pour Audrey ; claquant la porte de l’immeuble, vannée de cette journée si éprouvante, tant sur le plan émotionnel que financier avec cette affaire Burton, le tout ajouté aux « routines » de sa compagnie immobilière, elle ne fut même pas surprise par la nuit qui tombait, de plus en plus tôt, en ce mois de septembre.

Elle prit, naturellement, d’une moue sensuelle, le chemin du retour vers son sweet home. Elle ne pouvait s’empêcher de penser à cet homme avec qui elle avait pris un café « sauvagement » le matin même, se détachant ainsi de cette vie riche, mais si…pauvre. Arrivée devant le bar, son regard curieux et demandeur se détourna vers la vitrine ; et hoo stupéfaction, il était là, à la même table, comme s’il était passé du croissant qu’elle lui avait laissé, à la lecture longuement analytique des journaux locaux, ne grignotant qu’un sandwich vers midi, puis se replongeant dans les médias scripturales.

Elle détourna le regard en l’apercevant. Pourquoi avait-elle regardé par là ? Séduite ? Perdue dans la société malgré sa notoriété locale reconnue ? Où tout simplement en manque de quelque chose d’indescriptible ?

Sa tête tournait en rond pour garder un raisonnement « carré »….un associé de Burton ?
Non ! Trop de simplicité naturelle et de charme inné chez cet homme pour ça ! A la limite de la paranoïa, épuisée par toutes ses questions, elle déboula dans le café pour vérifier et vint, sans hésitation aucune, s’asseoir en face de lui.

Accroché à son verre de Ricard, comme c’est la coutume dans son sud natal à cette heure-ci, il sursauta quand elle posa ses magnifiques fesses sur la chaise d’en face. Il ne l’avait pas vue arriver, lui, bon fonctionnaire bien noté qui finissait sa tache pour l’état à 17h. D’ordinaire, il rentrait chez lui après le boulot et se délectait des jeux télé, commençant par « des chiffres et des lettres », puis rangeait son studio en attendant « question pour un champion », avant de se faire réchauffer un plat tout prêt, au micro-onde, qu’il savourerait devant les infos.








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