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PASSION TROUBLANTE

par Auguste et Erotica51



N°1. Erotica51


En ouvrant son écran, elle avait eu un coup au coeur. Il était revenu ! Lui, cet homme mystérieux qu'elle avait refusé de rencontrer, après qu'il l'ait maladroitement blessée.

Un beau jour, elle avait disparu des forums de discussion où elle aimait aller.

Bien que son coeur fût blessé, elle avait continué à l'imaginer, à parfois en rêver et ces nuits là étaient devenues torrides parfois, à cause de lui. Sa main se glissait doucement entre ses cuisses, à la recherche de son sexe engorgé de désir qu'elle caressait longuement, la faisant soudain crier de plaisir...

Elle se mordait alors la lèvre avec un plaisir gourmand, défaillant de plaisir, laissant son corps épuisé par la jouissance fulgurante qui l’avait emportée....

N°2 – Auguste

Il l'avait blessée. Elle s'était sentie humiliée. Il en était bien marri. Partout, il l'a cherchait. Il croyait la voir. Ce n'était jamais elle. Mais que diable fallait-il qu'il fît ?

Fallait-il qu'il relise tous ces échanges qu'ils avaient eus? Fallait-il qu'il les décortique? Sans doute un mot, une phrase, lui donnerait la clé pour s'approcher d'elle. Il fit cela. Patiemment. Méticuleusement.

Il lui semblait s'approcher de quelque chose... quand, par un pur hasard, il vit sa signature sur un forum. Son coeur sauta de joie. Une boule lui remonta dans la gorge. Ses yeux s'humectèrent... mais qu'allait-il lui dire?

N°3 – Erotica51

Pourquoi pensait-il l'avoir blessée ? Elle était ainsi, étrange et mystérieuse, disparaissant soudain sans bruit...Il y avait longtemps qu'elle n'était plus venue ici. Comme un animal blessé, elle avait eu besoin de s'éloigner, de disparaître...

C'était pour elle pourtant par moment un espace de ciel bleu dans sa vie. Il était si difficile d'y rester, de penser à cet homme sans que les larmes ne lui montent aux yeux...Pourquoi n'avait-elle pas réussi à l'oublier ?

N°4 – Auguste

Il est des êtres qui ne s'oublient pas. Ils sont dans la peau, dans la mémoire, dans le coeur.

Le temps passe et le sentiment pour eux jamais ne trépasse. La passion toujours dépasse la raison.

Rien n'y fait, ni les blessures, ni les humiliations. C'est tout le contraire. Quand tout va mal, quand on sent le fond proche, cet être, tel un ange gardien, ressurgit. Sa présence spirituelle suffit à remettre le sourire sur les lèvres.

Ainsi le fond s'éloigne...

N°5 – Erotica51

Elle ne disait rien, légèrement anxieuse. Elle percevait bien que quelque chose n’allait pas derrière ses mots. Que s’était-il passé ? Il paraissait si triste, soudain, comme si une chape de plomb lui pesait soudain sur les épaules.

Elle regrettait que la distance les sépare ; elle aurait aimé lui masser les tempes, lui dire de fermer les yeux, de tout oublier. De penser à la mer si belle durant l’été quand les vagues murmurent leur chant mystérieux. Elle aurait voulu lui dire qu’il devait s’évader, de partir sur d’autres routes inconnues, de se laisser aller…


N°6 - Auguste

Il n'osait pas dire les tourments qui avaient agités son esprit. Il avait essayé de l'effacer de sa mémoire. Il avait regardé d'autres femmes. Il avait cherché à séduire. Il avait joué avec les mots, le corps, l'esprit, l'être et le paraître.

A chaque fois, ce n'était pas une Nicole ou une Mathilde qu'il tenait dans ses bras, qu'il caressait dans sa couche. C'était Elle. Il disait des mots qui ne sortaient jamais de sa bouche. Il lui disait ... qu'il l'aimait, qu'elle lui manquait, que c'était elle qu'il voulait comme confidente, comme complice, comme amante, comme amie, comme... aimée.

Ils jouaient avec d'autres avec des leurres. Il ne leurrait que lui-même. Mais comment le lui dire sans manger son chapeau ?

N°7 – Erotica51

L’expression l’avait fait sourire. Cela devait être bien indigeste un chapeau ! Une fraise bien juteuse aurait été plus agréable, laissant le jus s’écouler sur ses lèvres. Pourquoi la vie les avait-elle séparés ? Elle n’aurait su le dire.

Peu à peu, elle s’était éloignée, sans rien dire, le laissant à ses chimères, à ces beautés illusoires que seul le net sait créer. Où était la magie aujourd’hui de leur rencontre ?

Elle était restée pensive, observant étonnée, cette quête éperdue de séduire qui l’envahissait brusquement. Que lui était-il arrivé ? Elle l’ignorait. Peut-être qu’en voyant les années filer, cela l’effrayait ? Cherchait-il à se rassurer ? Elle était devenue plus discrète, sur le net, comme si elle cherchait à disparaître. Elle n’avait aucun désir de se battre contre des illusions.

Un jour, elle disparut de sa vie totalement, le laissant soudain réfléchir à ce vide qu’elle avait laissé derrière elle.


N°8 De : Auguste


Il ne réfléchissait pas. Il était dans ses tourments. Ce qui avait été un jeu de séduction s'était lentement transformé en un remue-ménage des coeurs. Il s'était senti perdu devant l'ampleur des tempêtes qui se faisaient sentir. Il avait eu peur. Il avait cru un moment que les bras de cette belle et mystérieuse dame allaient être un hâvre de paix.

Il était bien avec elle. Pourquoi était-il si bien? Et maintenant, pourquoi s'éloignait-il ? Avait-il peur de se perdre? Avait-il peur de la perdre? Il s'était jeté dans cette aventure ne pensant qu'au sexe. Il avait pensé qu'en épuisant les postures du kamasutra, ils allaient se lasser.

Non! Ils s'étaient jetés l'un sur l'autre comme des enragés. Des enragés de la vie. Leurs premiers ébats les avaient vidés, taris, lessivés. Mais ils avaient distillé en eux le poison de l'amour. Ce poison terrible qui vous prend aux tripes. Un addict qui fait peur.

Ainsi, il s'était mis à évoquer des chimères. Il croyait sans doute qu'Elle, la Femme avec ses mystères, ses plaisirs, ses peurs, ses expériences, ses espoirs, allait avoir peur de lui, l'homme mystérieux, l'homme qui donne le plaisir, l'homme qui fait peur, l'homme au lourd passé, l'homme perdu dans la mer de ses chimères. Il se trompait. Sur toute la ligne. Il avait tout simplement peur de lui.


N°9 - Erotica51


Ses peurs, elle les connaissait si bien. Ses craintes avaient suivi le même chemin. Il était "Lui"; elle était "Elle". Deux simples pronoms anonymes sur le net qui se croisaient, jouaient, s'aimaient sans jamais se toucher; juste parfois d'un mot, s'effleurer avec douceur et sensualité.

Elle avait tenté de l'éloigner de ses pensées. Rien n'y avait fait ! Il demeurait caché dans son coeur comme un lutin butineur goutant la douceur de ses pleurs quand elle se croyait seule. Ce monde était le leur depuis si longtemps...

Au travers de ses mots, elle devinait son humeur...Sa faconde la faisait rire en silence derrière son écran. Ses moments de provocation lui donnaient le vertige par instant. Mais face au miroir, quel homme était-il vraiment ? "De quoi as-tu peur vraiment? " aurait-elle aimé lui demander...

Elle l'acceptait comme il était. Tantot émouvant, faisant vibrer son coeur ;tantot vif comme l'argent, reagissant avec la vivacité d'un jeune élan ...Un homme comme il en existe bien peu autour de soi.

Elle aurait aimé plonger dans son regard en tenant son visage au coeurde ses mains. Ses yeux rieurs, facétieux, où perlaient certains soirs une larme qu'il essayait discrètement...Une larme de bonheur quand il plongeait dans son regard aussi lumineux que l'océan...


N°10 - Auguste


Et pourtant, par une déraison incompréhensible, il se refusait à laisser couler cette larme qui, certains soirs, perlait au coin de son oeil.

Il n'aimait pas se laisser aller. Il n'aimait pas ne pas pouvoir maîtriser ses émotions. Il n'aimait pas montrer qu'il était capable d'avoir mal.

Il préférait, cent fois, les larmes du plaisir dans les moments de la jouissance. Sans le vouloir, il attachait à l'expression "la petite mort" une importance particulière.

Naïvement, il croyait que dans la fulgurance du plaisir qui lui étreingnait les tripes, il allait l'oublier... s'oublier. Bien au contraire, quand las et repus, il reposait près d'elle,
quelquefois près d'une autre, d'autres fois seul, son visage, son sourire, sa soif de vivre, son envie de partager tout et rien avec Elle, revenaient comme une obsession. Comme la goutte d'eau qui tombe lentement, en cadence, et qui rend fou.

Il était fou d'Elle. sans Elle, il se sentait nu, inutile. Inutile, voilà le mot. Vraiment, elle lui manquait. Qu'allait-il faire?

Vivre entre espoir et désespoir, entre plaisir et peine ? Il ne savait pas. Il était comme le petit garçon qui a besoin de sa maman pour aller de l'avant.

Il voulait qu'on le tienne par la main dans ce douloureux passage d'une vie, bien établie, à cette aventure qu'elle lui offrait sur le plus beau plateau qui n'ait jamais existé. Celui que l'on appelle... "Amour".

N°11 - Erotica51

Quand elle le retrouvait, elle ne disait rien. Juste elle lui souriait, le train à peine entré en gare et courait sur la jetée dès son train arrêté pour se jeter dans ses bras d’un élan tel qu’il lui était facile d’imaginer à quel point, il lui avait manqué.

Ils marchaient alors, d’un pas pressé, avec dans le regard cette flamme que seul l’amour sait vous donner. L’endroit où ils allaient ne comptait pas. Ils n’auraient su le détailler, ne voyant que cet amour entre eux qui les unissaient et les faisait vibrer. Très vite, la porte à peine refermée, ils se jetaient l’un sur l’autre, affamés de désir et c’était pour eux le seul moment où leurs corps se ressourçaient, se régénéraient. Il n’y avait aucune promesse entre eux. Aucun projet. Juste cet amour fou qui les ensorcelait et leur faisait tout supporter.

Ce fut un dimanche de juin qu’elle partit le retrouver. Elle avait préparé un léger bagage avec juste le strict nécessaire. Elle n’aimait pas les valises imposantes qui l’encombreraient. Paris était déjà immense à traverser. En l’attendant elle pourrait se promener et admirer la devanture des magasins, cherchant la tenue coquine qui le subjuguerait.

Devina-t-elle son regard posé sur sa silhouette ? Elle n’aurait su dire quel mystérieux instinct l’avait prévenue. Il était de l’autre coté de la rue, lui souriant, fou de joie. Elle s’élança, directement vers lui, oubliant la foule qui les entourait.

On entendit un crissement strident de pneus, un bruit sourd sur la tôle et la silhouette de la jeune femme bascula en roulant sur le sol.

- Nonnnnnnnnnnnnnn ! oh mon dieu ! hurla–t-il en s’élançant vers celle qu’il aimait si fort. Son joli corps ressemblait à une poupée désarticulée. Il baissa sa robe pudiquement sur ses jambes superbes, afin d’éviter les regards indiscrets. Il se mit à pleurer….

Les secours commençaient à s’organiser. Un pompier tentait de la réanimer, conscient des regards dans sa direction. Mais il avait compris en touchant la carotide de la jeune femme que celle-ci était déjà morte.

Il entendit vaguement un autre appeler un numéro de téléphone qu’il venait de trouver dans les papiers éparpillés.

- Allo, Monsieur Vicente ? J’ai une terrible nouvelle à vous annoncer…Votre épouse a été victime d’un accident. Nous l’emmenons à l’hôpital le plus proche. Pouvez vous venir rapidement ?

Il essaya ses larmes, se mit debout avec effort puis comprenant qu’il n’aurait rien à dire à celui qui était son époux légitime, il reprit sa route, le regard vide, les traits encore bouleversés par la dernière vision de son corps soudain brisé. Jamais, il n’a pu l’oublier. Jamais plus, il n’a su aimer à nouveau avec la même intensité… Seul, le Destin a réussi à les séparer…


N°12 – Auguste


Depuis ce jour où il l'avait perdue, il avait sombré dans une déprime profonde. Il ne sortait de chez lui que pour aller à son travail.

Il rentrait vite, s'arrêtant juste au passage pour acheter quelques bouteilles de ce mauvais vin qui lui emplissait le ventre et portait sa tête sur le rebord de la cuvette des WC. Il s'y endormait parfois.

Un jour de forte chaleur, il ne se réveilla pas... Ce n'est que quelques semaines plus tard, que les voisins de retour de vacances, incommodés par une puanteur atroce, prévinrent la police.

"Drame de la solitude". "Il n'était pourtant pas très vieux". "Mort d'un ivrogne". Mort d'amour, oui !

OOOOO



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