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CLAIR DE LUNE

par Auguste et Erotica51



I. Erotica51



La lande était devenue vide. Plus âme qui vive. Le silence. Une femme marchait dans la nuit, à petits pas, tout en réfléchissant au sens de sa vie. Les herbes se couchaient, doucement, au passage du vent. La nuit était claire, la lune paraissait immense, auréolant la terre d'une lumière étrange et inquiétante.

Elle cheminait sur ce petit chemin, tracés par des milliers de pas anonymes. La nuit était tombée, laissant le ciel scintiller de milliers d'étoiles, paraissant la guider. Au détour du chemin, une silhouette s'est avancée. Un homme marchait, à grandes enjambées, venant dans sa direction. Puis, il avait ralenti, comme pour mieux la scruter.

Arrivé près d'elle, il n'avait pu s'empêcher de l'observer, de la fixer, un bref instant. Qui était elle ? Que faisait-elle, ici, seule, en pleine nuit ? Où allait elle ? Elle avait ralenti, elle aussi, toute aussi surprise. Leurs regards s'étaient croisés, leurs coeurs semblaient arrêtés, suspendus dans le vide. Un bref instant, leurs pas s'étaient arrêtés. Leurs corps s'étaient immobilisés. Leurs yeux les avaient trahis dévoilant, leurs pensées, les plus secrètes, en un instant.

Combien de temps sont-ils restés, ainsi, immobiles, pétrifiés, sous la lueur blafarde de la pleine lune qui les contemplait ? Nul ne le saura jamais. Deux inconnus, face à face, qui se contemplent, laissant le désir, soudain, les submerger.

D'un haussement d'épaules, il avait, de nouveau, bougé, reprenant son chemin, la laissant interdite. Pas un mot n'avait été échangé, entre eux et pourtant, quel désir, entre eux, était passé. Elle s'était retournée sur lui, observant comme à regret, sa silhouette, dans la nuit qui s'éloignait, sentant ses yeux posés, sur sa nuque, à son tour, il s'était retourné, incapable de continuer sa route puis il avait rebroussé chemin, venant à sa rencontre. Elle l'attendait, immobile, le souffle court.

Il l'avait enlacée, prenant possession de sa bouche, avec envie. Ses lèvres l'avaient accueilli avec plaisir. Leurs langues s'étaient frôlées, leur donnant, ce premier goût d'interdit; leur plaisir avait grandi, brusquement, leur envie, aussi, comme une flamme sur laquelle on aurait jeté de l'huile.

D'un regard, il avait regardé autour de lui. Impossible de la poser au sol, recouvert de pierres agressives, son regard s'était porté au loin, vers le mur de ce restaurant, fermé ce jour la. Lui tenant la main, sans un mot, il l'avait entraînée, la plaquant au mur, fouillant son corps à pleines mains, pendant qu'il la dévorait de baisers avides. Elle avait fermé les yeux, savourant la flambée violente de son désir.

Ses mains la déshabillaient avec frénésie. La jupe troussée à mi-cuisses, le chemisier offerte, la poitrine découverte, elle offrait l'image troublante d'une femme affamée de sexe. Ses mains avaient remonté sur le haut de ses cuisses, sans la quitter du regard. Elle l'avait laissé continuer dans sa découverte, troublée.

Ses mains curieuses s'étaient enhardies, lui faisant se mordre les lèvres d'envie; son doigt s'était glissé sous le fin tissu qui couvrait son sexe humide. Sa respiration s'était arrêtée… Ses yeux avaient paru s'agrandir. Il avait doucement caressé ses lèvres engorgées, déjà, de désir. Sa jambe s'était soulevée, venant s'accrocher à ses hanches, le rendant fou de désir.

Sans un mot, il s'était enfoncé, en elle, allant et venant, de plus en plus vite, comblant, enfin, leur faim extrême de plaisir. Sa bouche l'avait quitté, laissant exhaler un gémissement de plaisir, impossible à retenir. Il avait fini par jouir, enfin, en elle, la laissant les jambes tremblantes, brusquement, épuisée de plaisir.

Puis, d'un sourire, ils s'étaient rhabillés, émus, éblouis, se quittant, sur un ultime baiser, les laissant avec ce merveilleux souvenir, sans jamais se revoir. Ils savent aujourd'hui, que l'Aventure existe, pour peu qu'on ose dire oui et qu'elle peut laisser des souvenirs agréables, dont l'un et l'autre se souviennent, les yeux emplis de nostalgie….

II. Auguste

L'homme était reparti vers son destin, la tête vide. Il avait marché dans la nuit, longtemps, sur celle lande balayée par un vent venant de la mer. Il avait dépassé le parking où il avait garé sa voiture. Il avait marché jusqu'à ce que le froid, la fatigue, le saisissent.

Il s'était assis sur un rocher, tourné vers la mer, écoutant le sac et le ressac. Il s'était assoupi. La lumière du jour le réveilla. Où était-il? Que faisait-il là? Il sentait sur ses mains, sur ses vêtements, sur son corps, une odeur inconnue. Une odeur subtile mêlant parfum et odeurs corporelles. La sienne. Mais aussi une autre, inconnue.

Il regarda autour de lui. Rien que la lande d'un côté, la mer de l'autre et l'amer dans sa bouche, l'amer dans sa tête, l'amer dans son coeur. Pourquoi avait-il fui cette belle inconnue? Pourquoi n'avait-il pas refermé sa main sur la sienne? Pourquoi ne pas lui avoir fait part d'un trouble qu'il sentait venir en lui et qui avait dû commencer au premier contact? Quelle occasion manquée!

III. Erotica51

Elle l'avait longuement observé, vu soudain indécis, assis face à la mer. Il s'était endormi. Inquiète, elle s'était alors approché de lui, posant sur ses épaules, son châle bordé de longue franges.

Il ignorait que cet endroit pouvait devenir dangereux la nuit. Elle savait qu'avec elle, il ne craignait rien. Elle connaissait cet endroit depuis sa plus tendre enfance. Chaque rocher, chaque ombre ou talus n'avaient plus pour elle, aucun secret.

Elle sourit en le découvrant endormi. Il avait plongé si vite dans le sommeil, comme pour échapper soudain à ce monde réel. Qui était-il ? Un inconnu perdu comme elle dans la nuit. Elle ferma les yeux quelques secondes comme pour se rappeler l'étrange frisson qui l'avait saisie quand il s'était rapproché d'elle, quand il l'avait embrassée.

Elle leva les yeux vers le ciel. La lune était étrange ce soir. Ronde et si blanche, inondant la plage d'une lumière irréelle. Elle avait replié ses genoux sous ses bras, assise sur le sable, veillant sur son sommeil. Quand les premières lueurs du jour se pointèrent, elle se releva, reprenant avec douceur son châle, sachant qu'il ne craignait plus rien et que le soleil le réveillerait de ses rayons chauds dans quelques heures…

Ses pas s'imprimèrent sur le sable comme une dernière preuve de son passage…

IV. Auguste

Mais la mer, dans son mouvement perpétuel effaça la trace de ses pas. Elle avait disparu au loin quand il se réveilla. Il sentit le frais du matin. Mais que diable faisait-il là? Pourquoi dormait-il là? Pourquoi n'avait-il pas eu froid? Quelle main maternelle l'avait protégé du froid de la nuit, de la morsure du vent marin? Un ange gardien avait dû passer par là.

Rapidement lui vint à l'esprit sa rencontre de la nuit. Que diable s'était-il passé? Pourquoi n'avait-il pas saisi la réalité de la présence féminine qu'il avait sentie contre son corps, dans laquelle il avait pénétré. Sur sa peau, il lui semblait sentir la fragrance d'un parfum bien connu de lui. L'Air du Temps.

Il repensa à son amie perdue. Elle aimait la mer, la lande, le sable fin, le bruit du sac et du ressac. Que de fois ils avaient rêvé d'instant de ce type. Une fois ou deux, ils s'étaient promenés main dans la main en bord de mer, pataugeant dans l'eau froide.

Cela s'était continué une fois par un repas dans un restaurant en bord de mer, des huîtres et de la saucisse grillée. Un entre-deux mers. Et enfin une partie de jambes en l'air dans la voiture, dans les pins. Un papy à vélo était passé sans bruit... Mais pourquoi ses mains sentaient-elles l'Air du Temps?

V. Erotica51

Elle était rentrée, l'esprit agité, perdue dans ses pensées. Avait-elle eu raison de rester auprès de cet homme ? N'était-ce pas remuer le couteau dans la plaie que de se repaître une dernière fois de ses traits, de le frôler, d'avoir caressé son visage endormi ?

Il n'y aurait plus ces ballades au clair de lune dont elle avait tant rêvé. Un vent léger s'était levé et l'avait fait frissonner. Elle referma la fenêtre, doucement, quittant cette plage des yeux avec regrets.

Elle devait le laisser, renoncer. Elle plongea sur son lit, les yeux soudain embués. Pourquoi

Tant de regrets de le quitter à nouveau. Elle avait mis si longtemps pour l'oublier et avait cru, follement, y être arrivé. Mais voila que le destin le remettait à nouveau sur sa route. En s'essuyant le visage, elle tressaillit ! Ses mains étaient encore parfumées de ce parfum de Nina Ricci. Avait-elle laissé des effluves de sa présence sur son visage ?

Elle redressa la tête, éperdue. Allait-elle encore une fois s'enfuir alors qu'en cet instant, elle ne pensait qu'à lui. Il avait si peu changé, juste mûri, donnant à ses traits une certaine gravité qui l'avait bouleversée. Elle se passa un peu d'eau fraîche sur le visage, réfléchit rapidement, jeta un regard à sa montre puis à la glace. Verrait-il dans la nuit ses larmes ?

En une seconde, elle reprit son châle, mit ses chaussures légères puis sortit de chez elle en trombe. Faîtes qu'il soit encore là, pria-t-elle en silence…Elle courait vers lui, affrontant le vent, laissant ses pas menus marquer le sable, à peine.

Essoufflée, elle s'arrêta près de la mer, humant l'air iodé avec volupté…Les vagues avaient pris des reflets argentés et sombres qui soudain l'inquiétaient. Où était ce rocher où il s'était reposé ? Elle avait si peur soudain de le reperdre….

VI. Auguste

Elle resta pétrifiée, sans voix. Des larmes lui montèrent aux yeux. Il regarda son visage. Elle avait fermé les yeux. Elle serra son châle. Elle était touchante de naturel, de sincérité. Celle larme qui coulait sur sa joue brillait dans le matin naissant.

Il tendit la main, du bout du doigt, il la recueillit, sans toucher à sa peau. Il la porta à ses lèvres. Elle était salée, du sel de l'amour vécu. Il sourit légèrement, tendrement. Il caressa son visage du regard.

Le châle ne couvrait pas entièrement ses cheveux blonds. Le premier rayon de soleil leur donna un éclat particulier. Un souffle de vent la fit frissonner. Il s'approcha. Ses bras se refermèrent sur elle.

Elle se blottit, se laissa aller contre lui. Elle l'enlaça. Qu'elle était bien. Elle sentit un souffle sur son visage, sur ses lèvres. Il déposa un baiser tout doux. D'un seul coup, elle eut chaud au coeur.

-"Je suis-là, mon bel Ange. Tout à toi. Rien qu'à toi..."

OOOOO








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