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L'INCONNUE DU 31.12.2004

par Auguste et Erotica51



I. Erotica51




Assise sur un banc, grelottante de froid, elle fixait le paysage sans paraître le voir vraiment. Sa tête lui faisait si mal. Elle posa la main sur son front, surprise d’y trouver des traces de sang. Elle ne se rappelait plus de rien si ce n’est cette lumière violente qui avait jailli, dans la nuit et de ce choc brutal où elle avait perdu connaissance.

Le froid était glacial. Elle referma son manteau jusqu’en haut, en se levant, d’un pas mal assuré. Elle devait marcher si elle ne voulait pas mourir de froid. Ses souvenirs finiraient par revenir dans sa mémoire. Ses chaussures vernies étaient plus prévues pour aller au bal que pour marcher ! Que faisait-elle dehors vêtue de ce manteau épais et en robe de soirée ?

Elle jeta un oeil sur un journal abandonné sous le banc. Il datait du 31 Décembre 2004. Elle ignorait quel jour il était aujourd’hui. Comment s’appelait-elle ? Elle eut beau plisser son front, cherchant à faire remonter ses souvenirs, rien ne vient l’éclairer. Sa mémoire paraissait plongée en plein brouillard.

Frigorifiée, elle commença à marcher, fouillant dans ses poches en quête de monnaie ou d’identité. Rien ! Affolée, elle regarda autour d’elle se demandant comment obtenir de l’aide. Un joggeur venait dans sa direction. Peut être saurait-il la renseigner ou l’aider ? Mais elle avait trop présumé de ses forces et quand l’homme arriva à sa hauteur, elle s’écroula, sans connaissance, à ses pieds.

II. Auguste

Il vit le corps allongé par terre, telle une poupée que l'on a jetée. Le visage livide, maculé de sang. Il se précipita, se pencha sur elle. Les yeux étaient clos. Il hésita un peu pour toucher le visage. Ouf! Il était chaud! Il sentit un léger souffle. Elle vivait. Il se recula un peu.

Personne aux alentours. Il n'avait pas son portable sur lui. Que faire? Comment appeler les secours? Il se remémora la topographie du parc. L'entrée était loin! Allait-il la laisser-là? Allait-il chercher du secours? Allait-il la porter? Elle ne semblait pas lourde.

De vieux souvenirs de secourisme lui remontèrent à l'esprit, ne pas bouger un corps! Personne ne venait! Il cria! Pas de réponse! Une deuxième fois! Rien! Elle n'avait pas de sac à main. Il fouilla la poche du manteau. Rien! Vide!

Il ouvrit le manteau malgré le froid. Elle frissonna un peu. Elle réagissait. Il la secoua. C'était une chiffe molle. La blessure venait du cuir chevelu. Le sang était coagulé. Donc le choc n'était pas récent.

Nouvel appel ! Rien ! Il tapota son visage. Rien. Il essaya de la soulever. C'était comme un sac de patates!

III. Erotica

Il la souleva puis la fit s’allonger sur un banc à proximité. Elle était glacée. Que faisait-elle dehors en robe de soirée ? Avait-elle bu ? Il se pencha humant ses lèvres violacées par le froid. Non, pas d’odeur d’alcool. Il la vit bouger légèrement puis gémir.

- Du calme. Vous êtes légèrement blessée mais rien de grave apparemment. En vous appuyant sur moi, pouvez-vous marcher un peu ? Je réside de l’autre coté du parc. Une boisson chaude vous fera le plus grand bien, si vous me faîtes confiance ?

Elle acquiesça faiblement puis tenta de s’asseoir avec difficulté. Elle avait du se faire agresser en rentrant à pied chez elle. Ses vêtements étaient soignés, de marque. Il se décida à la faire se lever la voyant reprendre un peu de couleurs.

- Allons-y sinon, nous serons deux à être transformés bientôt en glaçons par ce froid ! dit-il en frissonnant

- Merci de votre aide, chuchota-t-elle d’une voix faible

Le chemin parut long à parcourir. Il n’y avait pas un chat à l’horizon. C’était un miracle qu’il soit passé ce matin là au parc ! Elle n’aurait jamais survécu à un froid pareil !

Arrivés chez lui, il la fit asseoir, lui offrant un grog bouillant, enveloppant ses épaules d’une chaude couverture de laine. Il l’observait discrètement. Tant de questions lui traversaient la tête ! Elle commençait à se réchauffer et lui jeta un regard reconnaissant. Il se décida à l’interroger :

- Comment vous appelez-vous ? Avez-vous une famille par ici ?

Elle parut chercher dans ses pensées puis, d’un air perplexe répondit, l’air éperdu avant d’éclater en larmes:

- Je n’arrive pas à me souvenir qui je suis...Mon dieu, que vais-je devenir ?

IV. Auguste

- Je vous invite à rester un peu chez moi, le temps que votre mémoire revienne. Un bain chaud?

Elle acquiesca. Il alla chercher un bon gros peignoir bien douillet.

- Attendez! Je vais vous faire couler un bain. Bien chaud?

Il rangea un peu le désordre de la salle de bain, nettoya le lavabo... Il revint dans le séjour. Elle était en robe de soirée. Belle silhouette. Belle carnation de peau.

Elle entra dans la salle de bain et ferma la porte.

Pour ce matin, il ne prendrait pas de douche tout de suite après son footing. Il sentait un peu la sueur. Il alla se changer dans la chambre, mit de la musique et se plongea dans les cours de la Bourse.

Une heure avait passé. Elle n'avait toujours pas réapparu. Il se leva et frappa doucement à la porte.

V. Erotica51

Il eut beau tendre l'oreille, il ne perçut qu'un léger clapotis. Il frappa plus fort cette fois-ci ! Pourquoi ne répondait-elle pas ? Il insista une nouvelle fois puis prit une décision immédiate. Il allait devoir forcer la porte si elle ne lui répondait pas.

Brusquement, il se rappela une astuce et courut dans son placard ou il rangeait quelques outils. Un simple tournevis suffirait ! Il le mit dans le cache et le fit tourner doucement, inquiet soudain de ce qu'il allait voir. Elle avait du faire un malaise avec ce chaud et froid.

Il inspira longuement, essayant de se donner du courage puis entrouvrit la porte lentement. Elle flottait dans l'eau sans connaissance et c'était un miracle qu'elle ne se soit pas noyée. Il aurait ne pas la regarder mais c'était impossible. Son corps le troublait.

Il prit son grand peignoir et l'enveloppa dedans, la faisant sortir de la pièce, puis la plaça sur le canapé face à la cheminée. Il devait arriver à la réchauffer, à lui faire reprendre connaissance! Ensuite, il aviserait!

Il rajouta rapidement quelques buches bien sèches qui crépitèrent dans la cheminée. Il allait faire d'ici une quart d'heure une température d'enfer. Puis il alla lui chauffer un café brulant qu'il essaya de lui faire ingurgiter. Elle toussa, gémit, s'agita et soudain se mit à crier, d'un air angoissé :

- Non, je vous en prie! Ne me ramenez pas là bas !

VI. Auguste

Il était perplexe. Fallait-il appeler un médecin? Il sentait une peur panique en elle. En homme resplendissant de santé, il n'avait pas de médecin attitré. Juste quelques amis toubibs dans sa ville natale. A Cinq cent kilomètres!

A part cette peur panique, elle semblait aller bien.

- N'ayez aucune crainte. Je suis seul pendant ces trois jours. Vous allez pouvoir reprendre vos esprits tranquillement. Ce ne sera pas très gastronomique, mon frigo est au plus bas mais on devrait y arriver. Je n'ai pas beaucoup de vêtements féminins à vous prêter. Je vis seul.

Il alla lui chercher une chemise, un gros pull et un pantalon de survêtement. Bien que n'étant pas un Appolon, il était quand même plus grand qu'elle, presque d'une tête et de son 42 à lui à son 38 à elle, elle risquait flotter dedans!

Il lui indiqua la chambre.

- Si vous permettez... je ne préfère pas.

Elle avait dans la voix une certaine appréhension.

- Bon comme vous voulez. C'est moi qui me retire dans mes appartements...

Quand il revint un bon quart d'heure après, elle était habillée de la seule chemise. Elle lui descendait à mi-cuisses! Elle avait mis le pull sur ses épaules. Le pantalon était sur un fauteuil.

Ses jambes étaient belles. Elle les avaient croisées pudiquement. Zut! Il avait oublié de lui donner une culotte! Qu'il n'avait pas dans sa garde robe d'ailleurs! Elle avait boutonné sagement la chemise jusqu'à l'avant dernier bouton. Les seins pointaient un peu à travers le tissu. Elle était belle!

Mais pourquoi était-elle paniquée de la sorte?

- Si on mangeait? Deux oeufs sur le plat, ça vous va?

VII. Erotica

Elle lui sourit, ayant oublié combien son estomac était affamé depuis. Elle se releva, le suivant dans la cuisine. Il était surpris et amusé de voir cette jeune femme derrière lui, tout juste vêtue d’une ces chemises. Que penseraient ses amis s’ils les voyaient ainsi ?

- Avez-vous juste un peu faim ou très faim ? demanda-t-il
- En vérité, j’ai très faim ! Je n’ai rien mangé depuis hier avant de m’enfuir …
- Bien ! Voulez-vous me donner un coup de main si vous en avez la force ? Je n’ai plus vraiment l’habitude d’accueillir …murmura-t-il, comme pour lui faire comprendre qu’il en avait déjà trop dit sur lui.
- Avec plaisir ! Ou sont rangés vos assiettes et vos plats ? Puis-je regarder l’intérieur du frigidaire aussi ?
- Bien sur ! Je vais m’occuper de vos œufs pendant ce temps…il réprima un sourire, imaginant ses jolis seins qu’il devinait sous la chemise…

En quelques minutes, elle réussit à préparer une entrée, avec une salade verte, deux œufs durs coupés dedans, deux tomates et une petite boite de maïs. Une boite de thon naturel vint compléter ce plat alléchant. Pas de doute, les femmes étaient vraiment à l’aise dans une cuisine, pensa-t-il.

Ils passèrent à table, rapidement, les œufs cuisant doucement, en attendant d’être servis. Il décida de lui offrit une coupe de champagne, se disant que cela allait la détendre. Il était temps qu’il sache d’où elle venait et pourquoi cette fuite en pleine nuit, par un froid pareil.

- Et si nous essayons en s’y mettant ensemble, de vous rappeler ce qui s’est passé ?

Elle leva les yeux sur lui, le sondant, cherchant à voir si elle pouvait lui faire confiance. L’examen fut positif car elle poussa un soupir qui en disait long.

- Mon prénom est …elle parut chercher puis son visage s’éclaira d’un léger sourire : Hélène et je crois que mon mari a cherché à me faire tuer, cette nuit ! La voiture qui m’a renversée était une BMW sombre…J’ai juste eu le temps de voir deux lettres avant de perdre connaissance : DJ

Le visage de Marc se figea de surprise !

VIII. Auguste

- Marc, le psychanalyste est votre mari ?- Oui. Pourquoi?- Mais parce que c'est un bon copain qui parle souvent d'une Hélène qu'on n’a jamais vue!

Ce Marc était un personnage particulier. Il vivait dans un petit manoir pas très loin de la ville. Jamais il n'invitait qui que ce soit. Il faisait partie d'une multitude d'associations. Il était très actif, très convivial, très ouvert. Toujours prêt à rendre service. Il avait son cabinet en ville dans un immeuble cossu. Le cabinet était dans un appartement de plusieurs pièces.Toujours, il parlait de sa femme mais personne ne l'avait jamais vue.

- Ra-racontez...
- Il m'avait donné rendez-vous au cabinet avant de partir pour la soirée. J'ai rangé ma voiture dans le parking à côté du Parc où vous m'avez trouvée. En traversant la rue, j'ai vue une voiture débouler à fond. J'ai juste eu le temps de me jeter derrière un conteneur à poubelles.

Il comprenait pourquoi elle était dans le parc. C'est vrai que l'appartement de Marc était proche d'ici. Cinq minutes à pied tout au plus en faisant le tour du quartier. De l'autre côté de la cour intérieure!

- Mais votre sac à main?
- J'avais tout à la main, les clés de ma voiture dans la poche de mon manteau.

Aïe! Ca se compliquait!

- Vous n'aviez rien dans vos poches!
- Il y avait les clés pourtant...
- Voulez-vous que je l'appelle ?
- Non !
- Il n'y a pas que cela...

Il voyait se découvrir autre chose. Ses poches avaient été vidées. Si c'était Marc qui avait foncé sur elle, cela voulait dire qu'il y avait autre chose.

- Qu'avez-vous comme voiture? Je vais aller voir au parking.
- Un coupé 206 gris métallisé.


Cette voiture, il l'avait souvent vue dans le parking. Elle restait souvent des jours sans bouger.

Que faire? Téléphoner? Aller au parking? Continuer la conversation? Il ne savait plus.

IX. Erotica51

Il était tout à ses pensées, incapable de se décider. Apparemment cette femme était bien en danger ! Il prit une décision :

- Ne bougez pas d’ici ! Je vais filer vous acheter quelques vêtements plus appropriés que votre robe de soirée. J’en profiterai pour voir si votre coupé est toujours à sa place. N’ouvrez pas à qui que ce soit !!! Ce serait particulièrement dangereux vu votre tenue, dit-il pour la détendre, laissant ses yeux courir ses jambes dénudées.
- Promis, je ne bougerai pas d’ici et serai aussi discrète qu’une petite souris !
- Très bien, pendant ce temps, Hélène, essayer encore de rassembler vos souvenirs…Vous n’êtes plus seule ; je vous aiderai !
- Merci, je suis confuse de vous ennuyer ainsi…

Dehors, le froid était toujours glacial. Marc releva son col, bien qu’il se soit habillé, cette fois-ci, plus chaudement. Il y avait dans Hélène quelque chose qui le troublait. Un mélange de courage et de frayeur cachée qui forçaient son admiration.

Quelque chose le préoccupait. Pourquoi donc son mari aurait-il essayé de la tuer ? Il jeta un bref coup d’œil à sa montre. Il y avait un magasin de l’autre coté de la rue où il devrait trouver ce qu’il souhaitait. Heureusement, il avait eu l’idée de demander sa taille à Hélène avant de partir. Un pantalon 38 ferait l’affaire ainsi qu’une bonne paire de chaussures s’il s’avérait qu’elle devrait courir. La vendeuse l’aida à faire un choix et il repartit avec un sac bien rempli. Le plus dur avait été de choisir des dessous féminins. Hélène paraissait avoir un coup très sur dans son habillement et il craignait de faire un impair.

Il passa naturellement sur le parking. Le coupé était absent ! Il regarda partout, se disant que son mari l’avait déplacé, tourna autour de leur résidence. Rien ! Un bruit de voix courroucées le fit se cacher dans l’ombre du mur :

- Espèce de bon à rien ! Et si elle n’était pas morte ? Qu’elle s’était sauvée ? !
- Je vous jure que je l’ai bien percutée ! J’ai vu son corps bouler dans là bas coté mais je ne pouvais m’arrêter ! Une voiture derrière moi arrivait !
- Quand je pense que j’ai jeté son coupé dans le lac pour faire croire à sa disparition ! J’aurai du m’occuper d’elle, moi-même ! jeta Marc, furibond après son complice…
- Je vais vous la retrouver !
- Vous avez intérêt sinon vous pouvez faire une croix sur l’assurance ! je n’ai nulle envie de croupir au fond d’une prison !

Ils passèrent devant lui, sans même tourner la tête. Franck avait la gorge sèche tout à coup ! C’était bien une tentative d’assassinat ! Il n’y avait pas une minute à perdre ! Il devait la cacher en lieu sur ! Chez lui, elle était trop près de son mari et pouvait attirer l’attention …Il rentra chez lui au pas de course ! Il allait l'emmener dans son chalet, cette nuit...

X. Auguste

Elle était toujours devant le feu, endormie. Il s’approcha doucement, mit la main sur son épaule. Elle sursauta, eut un geste de recul.

- Ce n’est que moi, Franck, n’ayez pas peur.

- Pardonnez-moi, j’ai eu peur.

Il ne savait pas comment aborder la question. Fallait-il lui dire ? Fallait-il tout cacher. Il restait indécis. Une chose était certaine. Ce soir, il l’emmènerait loin d’ici en attendant. En attendant quoi au fait ? Elle était en danger. Demain, il n’était pas disponible. En plus, le soir, il y avait le repas annuel du Rotary, il en était le Président et Marc le trésorier !

- Voilà quelques vêtements. J’ai pris au hasard. Pour les sous-vêtements, j’ai fait au mieux. La vendeuse me regardait d’un œil amusé !

Elle sourit. Puis défit les paquets, déplia tout.

- Vous avez bon goût !

Elle tomba la chemise. Le feu donnait une couleur particulière à sa peau. Il la regardait, pensif. Comment pouvait-on en vouloir à une personne aussi charmante ? Aussi belle ? En d’autres temps, il l’aurait aidée à s’habiller, l’aurait caressée du regard… Il était loin de toutes ses pensées-là. Il pensait au moyen et au moment opportuns de la sortir de là. Sa voiture était dans le parking souterrain et Marc y avait aussi une place. Il fallait qu’il la prenne devant chez lui. Mais si la BMW passait à ce moment-là ?

Il opta pour la solution du taxi. Il reviendrait demain avec la fourgonnette. C’étaient les vacances et il pourrait toujours dire qu’il avait des matériaux à transporter.

- Vous n’avez personne à appeler ?

Le regard d’Hélène se voila.

- Je n’ai plus de relations avec ma famille depuis mon mariage avec Marc et nous ne sortons pas beaucoup.

XI. Erotica51

Elle avait bien remarqué combien Franck était préoccupé. Etait-ce à cause d’elle ? Sans doute devrait-elle repartir. Elle connaissait la violence de Marc quand il était en colère. Combien il était capable de tout pour arriver à ses fins. Elle releva la tête vers lui :

- Franck, je crains que vous n’ayez des ennuis si vous m’aidez…

Franck releva la tête comme s’il venait d’être giflé. Croyait-elle qu’il allait la laisser dans les mains de ce type ? C’était bien mal le connaître ! Il lui sourit, cherchant à la rassurer :

- Ne craignez rien, Hélène. Je vous ai proposé mon aide. Pas question de faire marche arrière. Je réfléchissais simplement pour vous faire sortir d’ici sans que lui ou l’un de ses bires vous reconnaissent.

- Merci, j’ai cru un instant que vous ….
- Allons, allons, ne soyez pas si pessimiste. La première chose d’intelligente pour commencer est de vous mettre à l’abri. Finissez de vous habiller et mettez ce jean ; je vais vous chercher une casquette ; vous y cacherez vos cheveux dessous !
- Merci Franck….Je vous le rendrais un jour !
- Inutile, je connais suffisamment votre époux pour savoir à quoi m’attendre s’il découvre un jour que je vous ai aidé à lui échapper ! Le mieux sera de sortir à la tombée de la nuit. Je suis désolée mais vous devrez porter un sac pour faire plus vrai. Je vous ferai passer pour mon nouvel apprenti si quelqu’un nous croise !
- D’accord, rétorqua Hélène amusée…

Quel étrange homme. Pourquoi acceptait-il de l’aider ? Il aurait pu en profiter pendant qu’elle s’habillait mais il n’avait pas tenté un seul geste incorrect. Elle le regrettait presque…Il y avait si longtemps qu’un homme ne l’avait tenue dans ses bras avec tendresse. Ses rapports avec Marc étaient âpres, comme s’il cherchait à se prouver qu’elle était sa chose ! Qu’elle lui appartenait comme un objet fait pour l’amuser !

Tournée vers la fenêtre, Hélène étouffa un soupir. Elle ne pouvait plus compter autour d’elle sur personne. Marc les avait tous achetés ! Il y avait si longtemps qu’elle était seule…Elle laissa une larme d’impuissance s’écouler sur sa joue …Si seulement elle arrivait grâce à l’aide inopinée de cet homme, à lui échapper !

XII. Auguste

Il prépara un sac de voyage. Elle cacha du mieux qu'elle put, ses cheveux sous la casquette. Ils descendirent rapidement. Sa voiture était garée dans la cour de l'immeuble. Il manoeuvra le lourd portail avant de monter en voiture. Un rapide regard à droite et à gauche dans la rue. Rien de particulier. Une voisine du fond de cour entrait avec sa voiture. Il en profita pour sortir et contrairement à son habitude, il ne referma pas. Elle penserait que les lendemains de fêtes étaient durs !

Ils sortirent rapidement de la ville. La route était tranquille. Les kilomètres se déroulaient en silence. Aucun des deux ne parlait. Pas un regard échangé. Il était tout à sa conduite. Rapide, mais sans excès. Valait mieux pas risquer l'accident. Au bout de deux heures, la route s’éleva. Le village à l'entrée de la vallée fut vite dépassé. Enfin, ils arrivaient sur la petite route d'accès au chalet. C'était le dernier. Il se gara en marche arrière devant la porte. Comme s'il avait quelque chose à décharger.

- Ne bougez pas...

Il entra dans le chalet et du pas de la porte, lui fit signe d'entrer. La grande pièce était froide. Glaciale. Il n'était pas venu depuis plus d'un mois.

- Un bon feu nous fera du bien. Il y en a pour un moment avant qu'il fasse bon. D'habitude, j'arrive beaucoup plus tôt et comme je bricole un peu, la pièce a le temps de se réchauffer...Il disait quelques banalités. Elle s'était assise devant la cheminée. Elle le regardait faire. Mouvements précis, naturels.

Bientôt une agréable chaleur se répandit. Il la vit se détendre un peu. Il s'approcha d'elle. L'aida à se débarrasser de ses vêtements d'extérieur. Il l'a pris dans ses bras comme un enfant.

- Nous allons pouvoir respirer!

Il la serra fort contre lui. Il la sentait s'abandonner. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas serré une femme dans ses bras comme cela. Elle leva la tête vers lui. Dans son regard, pour la première fois, il vit une lueur de sérénité. Il lui sourit et sans savoir pourquoi, il posa un léger baiser sur ses lèvres. Il ressentit en lui un trouble, comme une décharge... Elle avait fermé les yeux. Cette fois, sa bouche se fit plus chaude, plus tendre. C'était un baiser d'amoureux ! Il sentait son corps s'abandonner contre le sien.

"Que m'arrive-t-il?"

Il n'en savait rien. Il avait un petit bout de bonne femme dans ses bras. Elle venait d'échapper à un péril. Et ils se serraient comme des amants ! La chaleur du feu leur donnait un peu de rouge aux joues. Ils s'assirent sur un fauteuil, elle sur ses genoux, les bras passés autour de son cou.

Il posait de petits bisous sur son visage, sur ses yeux, dans son cou. Il sentait son désir d'homme monter en lui. Comme elle était assise, elle n'allait pas tarder à le sentir! D'ailleurs, elle passa une main, éclata de rire et le baiser suivant fut encore plus chaud...

XIII. Erotica51

Elle aimait sentir cet homme contre elle. Il y avait si longtemps qu’on ne l’avait tenue ainsi avec tendresse. Ses bisous légers la faisaient frissonner. Elle avait bien compris qu’il la désirait. Elle répondait avec douceur à ses baisers, légèrement effrayée. Mais comme un avertissement, elle n’oubliait pas cette voiture tentant de la tuer. L’homme qu’elle avait épousé était capable de tout, elle le savait. Hélène frissonna mais d’une crainte irraisonnée cette fois…

Etait-ce la chaleur des flammes ou de ses baisers qui l’étourdissaient ? Elle ferma les yeux, se laissant aller dans ses bras, caressant doucement sa nuque comme pour graver au fond d’elle ses instants de tendre complicité. Ses lèvres s’entrouvrirent, acceptant cette langue venue la fouiller, s’enroulant à la sienne dans un savoureux ballet.

Leurs lèvres se touchaient, se cherchaient, s’écrasaient avec volupté ; C’était comme si déjà leurs corps se touchaient. Hélène gémit quand les mains de Marc doucement remontèrent à ses seins. Etait-ce la chaleur des flammes ou autre chose qui rosissaient ses joues d’un éclat si particulier ? Elle retrouvait le plaisir d’être une femme désirée, câlinée, aimée et non d’être considérée comme un objet.

Quand Franck dénuda sa poitrine, elle se laissa faire. Elle venait de frôler la mort et avait besoin de se libérer soudain de toutes ces craintes. Les mains de Franck étaient douces et sensuelles comme s’il cherchait à la calmer, à l’apaiser. Ses baisers étaient légers, voletant sur chaque parcelle de sa peau qu’il dénudait. Doucement, le plaisir l’envahissait…Ils glissèrent sur le tapis épais à leurs pieds. Les flammes dansaient sur sa peau. Ce soir plus rien ni personne ne pourrait la blesser. Elle voulait se perdre dans cet homme qui cherchait à la sauver….

Elle sentit glisser son pantalon, sur ses hanches. Ses bottes lui furent, une à une, retirées. Ils se regardèrent, elle en slip minuscule et lui en train de se déshabiller. Leurs regards semblaient soudés, unis comme si déjà leurs regards se faisaient l’amour. Quand l’un et l’autre furent nus, ils s’allongèrent l’un contre l’autre, écoutant leurs cœurs battre d’une façon désordonnée, signe réel qu’ils étaient vraiment troublés.

Les bûches dans l’âtre brûlaient joyeusement illuminant leurs corps d’ombres et de lumières. Leurs mains s’unirent en silence…Seuls les craquements du bois en train de brûler se faisait entendre. Ils se rapprochèrent, laissant la lumière douce des flammes les envelopper puis ses baisers recommencèrent à lui faire perdre la tête. Elle soupirait, gémissait, doucement, laissant son corps affamé se rassasier de ses baisers.

Timidement, elle commença elle aussi à le caresser, laissant ses doigts fins le frôler. Sa chair était douce, émouvante. Son sexe se dressait, déjà impatient. Elle se redressa, vint se planter entre ses cuisses écartées et doucement posa ses lèvres sur le gland brûlant. Il lui sourit pour l’encourager. Il sentit son corps parcourut de légers frissons quand ses longs cheveux blonds sur lui commencèrent à glisser, tels des filaments de soie en train de s’échapper.

Il sentit son sexe s’électriser quand sa bouche gourmande vient doucement le happer. Elle faisait glisser dessus ses lèvres, le caressant amoureusement de sa langue. Puis elle se mit à le pomper, avec vélocité, faisant grimper son plaisir avec une faim dévorante…Il aimait sa façon de le sucer et caressait sa tête, pour la guider, en cadence…

XIV. Auguste

Il sentait le plaisir monter en lui. Il ne voulait pas jouir tout de suite. Il pensait que cela pourrait n'être qu'une récompense pour ce qu'il avait fait depuis le matin pour elle. Il passa la main dans ses cheveux, lui souleva la tête et attira sa bouche vers la sienne. Leurs lèvres s'unirent dans un long baiser voluptueux. Elle se trouvait à quatte pattes. Il rampa sous elle.

Au passage, il donna un coup de langue à un téton. Un long frisson la parcourut. Elle garda la position, sachant que bientôt sa tête serait plus bas. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas connu cette caresse. Régulièrement, son mari la pénétrait, recto, verso, dans une frénésie mécanique. Les seuls moments tendres étaient quand elle le pompait. Et encore, il fallait que cela ressemble à un coït buccal!

La tête descendait lentement, prenant son temps. La langue avait tourné dans son nombril. Un gros bécot avait été déposé juste en dessous. Elle avait senti des vibrations dans tout son corps. Maintenant, c'était son nez qui était dans sa petite toison, bien taillée, presque rase. Il semblait y prendre plaisir. Il souffla légèrement, un souffle chaud, lourd de promesses, sur la couture de ses lèvres. Les lèvres étaient à peine ouvertes, légèrement luisantes.

Il ne s'arrêta pas. Le souffle continua sur le périnée, vers la rosette. Elle avait envie de se coller à ce visage. Il revint vers les lèvres, en prit une entre ses dents, la mordilla un peu, l'aspira. Quelle sensation! Le clitoris se montrait. Il posa délicatement les lèvres dessus, la pointe de la langue à peine sortie mais combien active. Il colla un peu plus sa bouche. Il avait ce bout de chair entre les lèvres. Il l'aspira, le plus fort possible.

Pendant ce temps, ses mains avaient pris une activité toute particulière. Il l'écartait, l'ouvrait. Un pouce tirait vers la droite, un autre vers la gauche. L'ouverture béait. La source suintait. Il sentait un liquide chaud couler dans ses mains. Laissant respirer le clitoris, un peu déçu peut être, il colla sa bouche à cette grotte accueillante. La langue la fouilla le plus avant possible. Il déglutit. Que c'était bon! C'était doux, c'était savoureux...

Ses mains maintenant écartaient les globes de ses fesses. La raie s'écartait. La rosette souriait. Il posa un doigt. Il caressa légèrement, sans appuyer. Une langue dans l'entrée de son vagin, et maintenant un doigt sur son anus. Elle avait envie qu'il rentre. Non, il jouait de ce corps de femme. De ce corps qu'il avait vu meurtri, il y avait quelques heures à peine. Jamais il n'aurait pensé qu'il pouvait jouer ainsi.

Son érection était toujours aussi fière. Il hésitait entre la pénétrer et continuer les caresses. Il avait peur de jouir trop rapidement. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas gouté à un sexe de femme de cette façon. Ses amours libertines étaient trop rapides à son goût, pas assez intimes, pas assez sensuelles.

Il la prit par les hanches et la poussa sur sa verge. Elle entra d'un seul coup. Il sentit le col de l'utérus bien ferme. Il la maintint plaquée sur lui, s'habituant à cette chaleur, à cette douceur de femme. Les deux bouches s'étaient à nouveau unies...

XV. Erotica51

Elle s'était raidie, imperceptiblement, en sentant sa queue s'engouffrer dans son intimité brûlante. Elle se mit à gémir quand il commença doucement à bouger. Elle désirait cet homme sans s'en expliquer les raisons. Tout son corps l'appelait, l'attirait. Il lui était impossible de résister.

Ce fut une première vague de chaleur immense qui vint la submerger. Puis son corps affamé qui vint à sa rencontre, ondulant lentement, laissant leurs sens exacerbés se rythmer à leurs corps en cadence. Elle allait et venait en lui, puisant un plaisir indéfinissable à lui appartenir. Qu'importe demain. Elle était merveilleusement bien dans les bras de cet homme.

Elle sentit ses mains glisser sur son dos, caresser ses hanches puis épouser la forme de ses fesses au galbe ferme. Chaque frôlement l'enflammait un peu plus, imperceptiblement. Elle avait l'impression de n'être plus qu'un immense brasier en train de flamber. Il en jouait, maîtrisait ses sens avec virtuosité, la laissant guider les mouvements de son corps avec une faim grandissante.

Elle s'ouvrait, le prenait, sans plus attendre, activant peu à peu le mouvement de son corps, tout en le chevauchant. Sa queue buttait tout au fond la faisant fondre. Elle avait chaud, si chaud maintenant. Comment résister à une telle force d'attraction sexuelle ? C'était impossible. Elle s'activait sur lui, de plus en plus fort, dans un galop effréné, comme si elle craignait soudain de le voir se retirer.

Son souffle se fit plus court, plus rapide. Elle haletait tentant de respirer normalement. La violence du plaisir qui l'envahissait ne cessait de la surprendre. Elle se rapprocha, se frotta sur lui, pressant sa poitrine sur son torse, ne laissant plus son ventre avide se repaître de lui. Sa queue gesticulait au fond d'elle de plus en plus fort. Son gland cognait sa chair, là ou tout devenait si sensible. Elle se mit à gémir, de plus en plus fort, galvanisée par la violence du plaisir en train de l'étourdir. Personne ne l'avait jamais fait jouir ainsi. Elle s'écroula, sur lui, la gorge sèche, le corps brutalement vidé de toute énergie…

Il se retira d'elle, la sondant d'un regard énigmatique, le sexe encore dressé de désir. Elle venait de s'offrir à lui d'une façon telle qu'il en restait ébloui. Maintenant qu'elle avait assouvi son plaisir, il pouvait enfin penser à lui et se libérer de ce désir qui lui mordait le bas ventre. Il la fit retourner sur le dos, lui relevant les jambes, les posant sur ses épaules. Qu'elle était belle, les joues rosies par le plaisir, les yeux encore brillants de son désir. Elle lui sourit.

Il prit son sexe à pleine main, le frotta entre ses lèvres gorgées de cyprine, s'en humecta de nouveau le sexe puis glissa en elle, résolument. Il sentait combien sa chair l'aspirait, se crispait sur lui, le voulait encore et encore. Il s'activa, remuant de plus en plus vite ses hanches, agenouillé face à elle, faisant tressauter à chaque mouvement, sa poitrine.

Il butait au fond d'elle, excitant de plus en plus fort, son gland congestionné, avide de se déverser au fond d'elle, pour se soulager de tout ce désir. Il plaça ses mains sous ses fesses, les cuisses roides de plaisir et se mit à la tarauder avec une douce violence. Il ferma les yeux quand la jouissance vint enfin le délivrer, éjaculant au fond de son ventre, l'inondant de son foutre bouillant. Puis il s'écroula à bout de force, sur Hélène dont les bras tendres vinrent l'accueillir.

Il fallait dormir. Demain, une nouvelle décision devrait être prise afin d'échapper à son mari vindicatif. Bizarrement, pourtant, Hélène s'endormit, immédiatement, blottie contre Franck qui l'observa longtemps, en souriant…Sa décision était prise. Ils partiraient au petit jour, évitant de laisser derrière eux toutes traces de leur passage.

XVI. Auguste

Elle dormait maintenant à poings fermés. Il se détacha très doucement d'elle. Il mit deux bûches sur le feu. Un petit tour à la salle de bain pour se rafraîchir, se laver les dents, et faire le point. Il voyait, dans le miroir, son visage fatigué, par cette journée pleine de péripéties et de tensions diverses. La dernière avait été fatale.

Il avait les yeux cernés, gonflés. Il regarda son corps, son sexe qui pendait, le gland encore décalotté. La cyprine en séchant laissait, par-ci par-là, des traînées blanches. Il se la prit en main et la posa sur le rebord du lavabo.

Un peu d'eau fraîche ne pourrait pas lui faire de mal! Quelques aspersions rapides, deux ou trois mouvements sur la hampe, un jet d'eau froide sur le gland... Il se sentait renaître !

Il revint près d'elle, remit en place la couverture. Elle était couchée sur le flanc. Elle sentait la femelle qui a fait l'amour, mélange subtil de parfums corporels, de sueur, de cyprine et de sperme. Il se colla derrière elle, sa verge encore fraîche dans la raie des fesses. Elle grogna un peu, remuant juste un peu les fesses pour qu'il soit mieux.

Du mieux, il commençait à en ressentir! Il sentait sa verge gonfler. Une sensation bizarre dans les testicules, dans le ventre, dans les reins. Il ne pouvait pas rester ainsi. Il tira sa verge vers le bas, frôlant au passage son anus. Son gland se colla à l'entrée de sa grotte. Quelle douce sensation!

Il poussa un peu et se retrouva en elle. Entièrement en elle. Il sentait qu'il n'avait pas la force de la besogner mais d'être là, bien au chaud, lui plaisait. Il lui semblait que sa verge avait pris une taille énorme. Il la sentit se contracter un peu, puis se relâcher.

Mais elle le massait dans son vagin ! Jamais encore, il n'avait connu cette caresse. Pression. Relâchement. Lent. Doux. Mon Dieu que c'était bon! Il se laissait aller à son plaisir. Il voguait vers des cieux ensoleillés. Il se laissait tellement aller qu'il s'endormit.

XVII. Erotica51

Le réveil la tira brusquement de son sommeil. Surprise, de se sentir blottie entre des bras d’homme. Il y avait bien longtemps que son époux faisait chambre à part sans oublier toutefois de la prendre brutalement quand il en manifestait le désir. Elle tourna la tête vers l’homme endormi puis sourit. Elle n’avait pas rêvé. C’était bien Franck qui se trouvait à ses cotés !

Elle fila sous la douche puis s‘habilla, chaudement. Il faisait frais. Dans un placard elle trouva rapidement de quoi préparer un solide petit déjeuner. Elle posa le tout sur un plateau puis alla le réveiller.

Arrivée dans la chambre, elle le contempla, en silence. Puis se décida à le réveiller :

- Franck ! Franck ! Réveille-toi !

Celui-ci ouvrit les yeux, comprenant l’urgence, pour eux, de filer avant que le jour ne soit totalement levé. Plus ils mettraient de distance entre leurs poursuivants, plus ils gagneraient du temps pour trouver un abri sur. Il la remercia en l’embrassant tendrement puis avala rapidement son plateau. Pas question de flemmarder aujourd’hui. Il sortit une carte de France, l’observa longuement puis prépara la route à suivre, sur une feuille blanche en notant chaque ville à traverser.

Il l‘observa discrètement. Hélène paraissait reposée et plus calme. Il lui demanda :

- Si tu veux conduire, nous gagnerons du temps en nous relayant. Chacun conduira deux heures, à tour de rôle. Nous ne devrons nous arrêter que pour le strict nécessaire, à savoir, prendre du gasoil et faire une pause pipi. Plus vite, nous filerons, plus je serai tranquille pour ta vie. Là où nous allons, j’ai beaucoup d’amis. Bon, es-tu prête ?

- Oui, je n’ai besoin de rien d’autre. Tout est la dedans, dit-elle, en tapotant son sac de voyage.

- Très bien. Allons-y !

La voiture venait de commencer à retrouver la route quand un rugissement dans le lointain lui fit tourner les yeux dans le rétroviseur. Ils avaient déjà retrouvé leur piste ! Comment était-ce possible ? Tant pis, ils n’avaient pas le choix ! D’un coup de volant rageur, la voiture bifurqua brusquement dans un chemin de terre et fila sous les feuillages.

Franck connaissait bien cette région et la forêt n’avait aucun secret pour lui. La seule chose à craindre était que la voiture s’embourbe dans un chemin. Il éteignit le moteur immédiatement puis prenant ses jumelles, observa la route au loin. Ils n’étaient vraiment pas loin ! Au train où ils allaient, ceux-ci allaient se retrouver dans un arbre ! Le sol était glissant avec l’humidité tombée au cours de la nuit. Quand ceux-ci furent partis à toute vitesse, il remit le moteur en route et chantonna, pour la détendre :

- Allons y dans l’autre sens !

Hélène éclata de rire malgré la gravité de la situation. Il jeta un bref coup d’œil à la carte puis lui posa sur les genoux, lui indiquant l’endroit où ils allaient devoir se rendre :

- Périgueux !

XVIII. Auguste

Tout en conduisant, il réfléchissait. Si leurs poursuivants étaient dans la région, ils savaient que c’était lui qui avait pris en charge la jeune femme. Ils connaissaient l’adresse de son chalet, de sa voiture. Il se souvenait aussi qu’il parlait souvent de Périgueux. D’ailleurs combien de fois n’avait-il pas ramené des produits du terroir de chez ses amis pour tous les membres du club, y compris Marc. Sur les boîtes de foie gras, figuraient l’adresse et le numéro de téléphone de ses amis. Donc, il fallait qu’il prenne quelques précautions. La Suisse n’était pas loin mais elle était sans papiers et cela ils le savaient puisque elle n’avait rien dans les poches.

Il prit donc la décision de partir sur Lyon. Là-bas, il prendrait une voiture de location. Et cap à l’Ouest par Clermont-Ferrand. Par contre, il fallait qu’il prévienne ses amis de sa venue et leur demande de lui offrir le gîte dans leur maison dans la Forêt Barrade. A part les sangliers, ils ne seraient pas dérangés ! Par contre, il était nécessaire qu’il demande à ses amis une certaine discrétion. Il avait un motif, la jeune femme !

Il la guidait sur les routes de campagne. Elle conduisait, appliquée, concentrée. Les gestes étaient parfaitement contrôlés. Le moteur du gros 4x4 ronronnait. Il la regardait de temps en temps à la dérobée. Le visage était serein. Pas un signe de fatigue. Pourtant, après la nuit qu’ils avaient passée… Non, une concentration parfaite.

Ils furent bientôt à l’entrée de l’autoroute. Il lui proposa un changement de conducteur. Sans arrêter le moteur, il prit sa place. Un coup d’œil à la jauge. Il y avait pour faire au moins 300 km. Cela les mettrait à une demi-heure de Lyon. Après plus de deux heures de route. Il connaissait bien une aire de repos où ils pourraient faire le plein, passer les coups de fil nécessaires, se reposer un peu. Il pensa aux poursuivants, leurs têtes quand ils avaient découvert le chalet encore chaud ! Il espérait qu’ils aient pris la direction de Genève. C’est ce qu’il aurait fait lui ! Son chalet était à moins de 30 km de la frontière, sur un poste frontière peu pratiqué.

Sa conduite était rapide, de 5 km/heure, supérieure à la vitesse autorisée. Il ne fallait pas perdre de temps mais pas courir de risques, non plus. Pas une goutte de pluie. Temps sec et gris. Il lui jeta un coup d’œil. Elle s’était endormie. Ses seins se soulevaient de temps en temps sur un soupir. Il aurait aimé ralentir, serrer le frein à main, la prendre dans ses bras et s’oublier en elle. Malheureusement, ce n’était pas le bon plan !Au bout d’une heure, il sentit une pression sur sa cuisse.

- Ca va ?- Très bien. Dans une heure environ nous ferons une halte.- Je reprendrai le volant.- Nous ferons le plein d’abord et je téléphonerai pour une voiture de location.

Il sentit une réticence dans son attitude. Le mot téléphone semblait lui avoir fait peur.

- Il faut que nous changions de voiture. Marc connaît le 4x4. Et je crains qu’il ne prévienne la gendarmerie. En plus, il faut que je prévienne mes amis de notre arrivée à la nuit tombée. Où est située la maison, le paysan du coin serait capable de nous accueillir à coups de fusil. Nous allons dans la France profonde et là-bas, ils ne sont pas trop finis. Une voiture inconnue dans la forêt attire la curiosité !

- D’accord. Excuse-moi.

La pression sur sa cuisse se fit plus insistante. Malgré lui, il sentit un frisson le parcourir.

- Ne t’inquiète pas ! Je ne vais pas te perturber !

Cette main sur sa cuisse le rappelait à la réalité qu’ils vivaient. Il fuyait avec une inconnue, femme d’un copain de club ! Amant malgré lui ! Presque un enlèvement. Le cœur ragaillardi, il poussa une pointe de vitesse. Aïe ! Une voiture avec un gyrophare était à leur poursuite. Il leva le pied. La voiture grise les doubla sans ralentir. Ce devait être une huile qui était pressée de rentrer !

Bientôt, ils arrivèrent à la station service qu’il connaissait. Il fit le plein rapidement, paya et gara la voiture plus loin, entre deux camions. Ils descendirent et entrèrent dans la station par derrière. Pas grand monde aujourd’hui. Chacun partit de son côté aux toilettes. Il appela ses amis qui lui confirmèrent qu’il pouvait aller directement à la maison en forêt et qu’il ne s’inquiète pas ; ils seraient muets comme des carpes. Ils savaient ce qu’étaient les amours illégitimes. Ils avaient, l’un et l’autre connu cela, pendant des années avant de faire le pas de vivre ensemble. Ils lui dirent qu’un de ses amis, un dénommé Marc, les avait appelé pour savoir s’ils louaient leur maison dans la forêt. Ils avaient répondu que non, l’ayant utilisée pour le réveillon de la Saint Sylvestre et que certains amis espagnols étaient encore sur place.

Il avait pâli à ces propos mais avait été tout de suite rassuré. Il savait qu’ils disaient, en parti vrai, sauf qu’ils étaient en fait en Espagne chez leurs amis ! Il le savait de longue date. Ha ! Ce Robert et cette Marcelle, toujours aux petits soins pour lui ! Ils avaient un sixième sens sans doute ! A moins que la maison serve à quelqu’un. Ils rendaient tellement de services aux couples adultères.

A la Part Dieu, à Lyon, le changement de voiture se fit en quelques instants. Il laissa son 4x4 pour une Mercédès. Beaucoup plus confortable ! Bien que la voiture fût à son nom, il lui confia le volant. Lui recommandant de ne pas faire d’excès de vitesse, d’utiliser le régulateur. Il souhaitait faire une petite sieste. Ils changeraient après Clermont Ferrand et lui prendrait le relais pour les derniers 250 km. Ce qui fut fait.

Trente kilomètres avant Périgueux, il bifurqua sur une départementale sur la gauche. Quelques kilomètres plus loin, une petite route dans les bois. La nuit était tombée. C’était vraiment lugubre. Pas de lumières, pas de villages traversés, pas de voitures rencontrées. Puis un chemin de terre. Les voitures ne devaient pas passer tous les jours ici. Des branches frappaient de temps en temps la voiture. Il lui semblait qu’il y avait quelque chose de bizarre. Il ne savait pas quoi. Ils passèrent devant une ferme. Son sentiment d’inquiétude montait…



XIX. Erotica51



Hélène tourna la tête, attirée, elle aussi, par certaines voitures puissantes incongrues dans ce coin perdu puis elle regarda Franck, d’un air inquiet. Elle eut un léger sourire pourtant en tapotant son sac, d’un air mystérieux…Enfin le chalet apparut à leurs yeux exténués. Ils poussèrent l’un et l’autre un soupir de soulagement.

- Je vais prendre une douche et me préparer rapidement. On ne sait jamais, dit en riant Hélène
- D’accord, moi, je guette ce qui se passe dehors…

Rafraîchie, Hélène revient peu après dans la pièce. Franck la regarda bouche bée ! Elle était devenue méconnaissable ! Les yeux cerclés de lunettes énormes, son regard malicieux restait caché. Une perruque de cheveux sombres lui donnait l’air d’une institutrice en retraite ! Son joli corps était caché sous des jupes informes. D’affreux souliers vernis ornaient ses délicats petits pieds. Franck partit d’un immense éclat de rire en la voyant se courber devant lui et lui dire d’une voix totalement inconnue :

- Le bain de Monsieur est servi ! Ta nouvelle tenue l’attend aussi dans la salle de bain.

Bien qu’il ait l’esprit préoccupé par leurs poursuivants, Franck partit à son tour se rafraîchir, en riant. Décidément, Marc allait avoir du fil à retordre avec eux. Ils étaient loin de capituler devant cet homme ! Il s’étrangla de rire en découvrir sa nouvelle tenue. Un bonnet de laine comme en portent les montagnards ! de grosses chaussettes de laine cachées sous un pantalon de velours côtelé, et une chemise de coton épais à carreaux…Il revient avec un petit édredon qu’elle avait du oublier :

- Tu as oublié ça, je crois, dit il en lui tendant
- Mais non, nigaud ! c’est pour toi. Où se trouve la grosse bande qui était posée à coté ?
- Heuu la voila…Mais que comptes-tu faire avec ça ?
- Juste transformer ta silhouette ; allez, retire ta chemise que je te fasse plus ventru que tu n’es dans la réalité ! Si nous voulons échapper à Marc, il va falloir jouer serré ! Tu sais fumer la pipe ?
- Heuu un peu mais j’avais arrêté de fumer l’année dernière…
- Et bien, cette fois ci tu vas devoir t’y remettre. Marc a horreur du tabac ; cela devrait l’empêcher de trop t’approcher !
- Humm il y a un détail sur lequel nous allons devoir être particulièrement vigilants : la voix !
- Tu as raison ; avec un peu d’imagination, nous devrions arriver à la modifier. Entraînons-nous jusqu’à ce soir à marcher posément et à se parler avec l’accent des gens de la région !

Etrange repas silencieux où chacun restait plongés dans ses pensées, sursautant pourtant au moindre craquement…Franck sursauta tout à coup, mettant un doigt sur sa bouche, sondant l’air attentivement :

- les voila déjà !!! vite, files à la cuisine et fais semblant de laver à grande eau le sol ! Arrange toi pour que le sol glisse et ne leur donne pas envie de t’approcher ! Je ferai celui qui va chercher du bois, tout en les accueillant, fit il d’un clin d’œil, en accompagnant son bras d’un bon coup de gourdin si cela s’avérait nécessaire.

XX. Auguste

Franck ouvrit la porte, s'appuyant sur un solide bâton. Trois silhouettes se découpaient dans la nuit. Marc, en manteau noir. Une femme, col relevé, foulard noué. Et le Toine. Il connaissait un peu celui-ci pour l'avoir rencontré quand le couple d'amis faisait des barbecues l'été. Celui-ci prit la parole.

- Bonjour. Vous avez fait bon voyage? Vous connaissez peut être le professeur Duchemein.
-Pas du tout, dis Franck d'une voix éraillée teintée d'accent rocailleux
- J'ai dû me tromper, Franck, mon ami rémois m'avait donné l'adresse de son nid d'amour. Mais ce Monsieur n'est pas Franck. Où alors, il aurait pris un sacré coup de vieux!
- Non! Je suis Manuel. Et je ne connais pas Rémois. Qui est-ce?
- Veuillez nous excuser. On a dû nous faire une farce…

Le Toine regardait le groupe, l'air énigmatique. Il s'était appuyé contre le chambranle de la porte d'entrée, lui aussi, comme Franck, son bâton noueux à la main.

- Ben, si vous n'y voyez pas d'inconvénients, faut que j'aille soigner mes chèvres. Pendant les fêtes, elles ne sont pas à la fête. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, le Robert m'a dit de vous dire que vous pouviez venir me demander. Vous ne m'ennuyez pas! Vous avez fait bonne route depuis Perpignan?

Sans laisser Franck en placer une…

- Vous devez être bien fatigués. Surtout qu'il m'a dit que vostre dame avait de l'angine de poitrine. Allez! Zou! Moi je vais à mes chèvres.

Marc semblait mal à l'aise. La femme s'était éloignée.

- Veuillez nous excuser. Ce Franck, quel farceur!
- Quand vous le reverrez, donnez-lui le bonjour. Ainsi qu'à sa femme. Maintenant, excusez-moi mais j'ai besoin de m'étirer les couennes.

Franck rentra et referma la porte.

Bientôt, ils entendirent un ronflement de moteur. La voiture s'éloignait à toute allure. On toqua un coup à la porte de derrière.

- C'est le Toine! Vous en faites pas, à la vitesse où ils sont partis, cela ne m’étonnerait pas qu'ils tombent dans le Gour. Et comme mon tracteur est en panne..

Il éclata de rire. Franck le fit entrer.

- Depuis que vous êtes passés, il a beaucoup plu et dans le tournant, y a un chêne qui est tombé. Le Gustou a juste eu le temps de passer avant.

Franck se remémora les lieux. Un vieux chêne surplombait le chemin juste dans le virage à côté du Gour. Cette mare avait une longue histoire. Les anciens disaient qu'on n'avait jamais pu trouver le fond. Ils y jetaient d'ailleurs leurs charognes crevées!

- Alors Monsieur Franck, le Robert vous fait dire qu'il va bien et que demain y sera là en fin de journée. Y a juste le Gustou qui était fatigué de voir ce vieux chêne...

D'un placard, ils sortirent une bouteille de rouge, quelques verres.

On retoqua à la porte. C'était le Gustou.

- Je crois qu'il y une voiture qui a lampié dans le Gour. Après je n'ai rien entendu, plus de phares. Demain, en allant dégager le vieux chêne, je regarderai mieux! Ca ne presse pas! Faut arroser la nouvelle année!- Et les chèvres?- Je les ai vendu avant l'hiver. A mon âge, c'était trop de boulot. Et le Gustou, avec son métier de bûcheron, y peut pas tout faire. Surtout qu'on va le marier!



XXI. Erotica51



Hélène revint en riant, retirant sa perruque, en l’envoyant en l’air ! On pouvait lire dans son visage toutes les affres qu’elle venait de traverser quand ces hommes étaient arrivés. Elle apporta une bouteille de champagne qu’elle venait de trouver dans le frigidaire et quelques coupes pour trinquer.

Gustou, Toine et Franck la regardaient, d'un regard malicieux. Franck prit la parole, l’air grave :

- Merci à vous, mes Amis pour nous avoir aidés. Je ne pourrai jamais oublier votre geste ! Trinquons !

Hélène leva les yeux, en les contemplant :

- Merci de m’avoir sauvée ! Jamais je n'oublierai que je suis encore en vie, grâce à vous tous! Fêtons dignement cet évènement …

Puis elle vint se blottir dans les bras de Franck, les yeux brillants d'émotion trop longtemps contenue… Une autre vie allait commencer, pour elle, sans violence, sans cruauté, auprès de cet homme qui venait de la sauver…

Le Toine chuchota au Gustou :

- Humm Je crois bien qu’on va aller à la noce avec ces deux tourtereaux ….


FIN



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