QUAI DES BRUMES

par Erotica51



Ils avaient mis un peu de temps à se trouver dans Paris. Elle ne connaissait pas suffisamment cette ville immense. Lui, si, heureusement. Patiemment, il l'attendait, assis. Son téléphone avait sonné. Elle avait décroché, en souriant, en voyant son nom apparaître sur l'écran. Il s'appelait Gilles. Un garçon charmant, aux traits fins et délicats. Très vite, il lui avait souri, d'un sourire doux, tendre et fragile.

Il lui avait proposé une ballade, le long de la rive. Le ciel est d'un bleu azur, sans nul nuage à l'horizon. Les berges étaient vides de monde, tranquilles et nous marchions, en devisant…Il y avait en lui quelque chose d'indéfinissable…de tendre…

Elle marchait à petits pas, près de lui, en l'écoutant. D'un inconnu, il était devenu un ami qu'elle avait voulu rencontrer, malgré la distance qui les séparait. L'eau miroitait de mille éclats comme si le fleuve était agité de doux frissons…Une chanson lui revenait à l'esprit: deux inconnus qui se rencontrent….

Elle aimait sa réserve, ses silences quand il relevait la tête…Il y avait dans cet homme beaucoup de délicatesse et de secrets; Ses cheveux brillaient sous l'éclat du soleil…son regard semblait l'éviter…Elle était venue en amie et pourtant, un certain silence semblait les séparer, qu'ils n'arrivaient à franchir.

Elle regrettait de ne pas l'avoir plus amplement interrogé sur sa vie, sur ses goûts, ses désirs. Aujourd'hui, elle aurait voulu tout connaître de lui. Certaines questions lui venaient à l'esprit mais elle avait l'impression de pénétrer, sans invitation, dans sa vie. Elle avait continué lentement à marcher à coté de lui, en le suivant, en lui faisant confiance. Elle savait qu'il lui montrerait des endroits qu'il aimait. Cela lui suffisait, pour aujourd'hui.

Ils avaient marché longtemps le long de la berge puis il s'était arrêté, lui montrant un bâtiment, sur l'autre rive. De là, était née cette expression: Tu as de beaux yeux, de Gabin à Michèle Morgan.

En lui montrant, son regard s'était éclairci comme sous le coup d'une soudaine émotion. Sa gorge s'était serrée, en acquiesçant. Doucement, elle se remémorait des brides de ce film superbe; leurs voix; leurs regards; cette étrange magie que le cinéaste avait su saisir. Ils avaient échangé, cette fois-ci, un véritable sourire.

Elle avait jeté, un ultime regard, sur cet endroit, transformé en restaurant discret. Ces couples discrets qui déjeunaient là. Cet endroit qu'on oubliait alors qu'il était si riche de souvenirs, de ces couples mystiques que l'on croise parfois, au détour d'un jour ou d'une nuit, comme le cours de l'eau qui s'enfuit sans bruit.

En se quittant, elle lui avait souri, d'un sourire doux plein de nostalgie et ses lèvres avaient esquissé un unique mot, en silence: Merci.

Il l'avait regardé une dernière fois, comme pour se rappeler d'elle, se souvenir de ces instants apaisants passés auprès d'elle.

Quelque chose était passé entre-eux, ce jour-là, glissant sans bruit, comme deux complices qui se seraient retrouvés, au hasard de la vie.



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