PLUIE DE LARMES EN PROVENCE

par Erotica51




Il y avait quelques années que je n'étais redescendue en Provence. Ma famille avait émigré vers cette région, après un coup de coeur où leurs vacances venaient de se passer. Je me souviens de cette terrasse, où le matin, j'aimais boire tranquillement mon café, alors que tout le monde, encore, dormait.

J'aimais voir le soleil se lever et entendre les cigales se réveiller. Vu la chaleur qui régnait, il était impossible pour moi d'aller courir sous le soleil qui dardait ses rayons déjà dans la matinée. Je n'avais donc pas d'autres solutions que d'aller fouler la pinède, très tôt, avant que le soleil ne vienne m'écraser de sa chaleur. J'aimais entendre craquer, sous mes pas légers, les aiguilles des pins asséchées et cette odeur odorante des sapins qui montait dans l'air et que j'aspirais à grandes goulées.

Denise et Pascal dormaient. Ils formaient un couple solide que j'admirais. Denise avait été abandonnée avec ses quatre garçons. C'était une femme courageuse qui les avait élevés. Un jour, Pascal était entré dans sa vie. Que s'était passé entre cette jeune femme énergique et volubile et cet immense gaillard, à l'air taciturne ? Un coup de foudre foudroyant était né entre eux et depuis, ils ne s'étaient jamais plus quittés.

J'aimais les retrouver, chaque été. Les enfants étaient heureux. Denise souriait, resplendissante de bonheur et¨Pascal aimait nous taquiner malgré sa carrure impressionnante. Le rêve de Denise commençait à se concrétiser, faisant, tous les deux, le projet d'acheter un jour, une maison. Le week-end, nous aimions aller au bord de la mer où Pascal aimait pécher.

Ce fut lui qui apprit à pêcher à Jessica, lui apprenant à vaincre sa répulsion des asticots à ferrer sur l'hameçon. Mais au bout de quelques heures, celle ci se lassait n'attrapant rien alors que Pascal continuait à remplir sa nacelle de poissons sous son nez. Un jour, le voyant aller à sa voiture, elle avait changé, subrepticement, leurs cannes à pêche, croyant la sienne dotée de pouvoirs particuliers. Sa réaction avait fait rire Pascal qui lui avait prouvé qu'il n'en été rien mais qu'il suffisait d'être patient et doté d'un bon coup de poignet. J'aimais ces longues journées ensoleillées où nous aimions nous retrouver en famille.

Les années ont passé. Deux autres enfants sont nés de leur amour et leur projet s'est concrétisé. Ils ont acheté un immense terrain et une superbe maison a commencé à s'élever du sol. Denise souriait devant cet homme si fort qui l'avait épousée. Pascal avait enfoui au fond de son coeur ce drame qui l'avait blessé en découvrant son père, un jour, poignardé. L'enfance en lui s'était envolé et la gaieté de son regard avait disparu à jamais. Quand Denise l'avait rencontré, c'était un homme au coeur qui saignait.

Cet amour, entre eux, n'avait jamais faibli. Les regards qu'ils échangeaient me le prouvaient. Les gestes tendres de Denise étaient des caresses pour cet homme que la vie avait blessé, à jamais. Plus de vingt ans ont passé. L'intérieur du salon venait d'être décoré pour les fêtes et pourtant nous marchions dans la maison à pas feutrés, le coeur serré. Nous étions venus des quatre coins de France en apprenant cette terrible nouvelle. Nos yeux étaient rougis par les larmes. Pascal venait de succomber à une crise cardiaque ! Il serait enterré vendredi vers 15h 30. Nous étions tous abasourdis et effondrés !

Des yeux, je cherchais Denise. Je reconnaissais des personnes que je n'avais pas revues depuis des ces années où ma fille m'avait quittée, définitivement. Gravement, nous nous embrassions ou nous serrions la main, le coeur broyé de chagrin. Les enfants étaient désorientés devant cette foule silencieuse qui arrivait, nous regardant d'un regard grave. Même la chienne qui n'aurait jamais laissé pénétrer un étranger dans la propriété, aujourd'hui, se taisait, la queux entre les pattes, me regardant d'un air attristé, comme si elle aussi comprenait, que son maître l'avait quitté.

La soeur de Denise m'attendait. Le corps de Pascal reposait dans la chambre où ils s'étaient tant aimés, où ils avaient ces enfants qui étaient nés de leur amour. Les volets étaient fermés, chacun en sortait, en pleurant, la tête baissée. Depuis lundi que Pascal était décédé, Denise avait farouchement refusé de le quitter et de s'alimenter, l'étreignant avec désespoir, lui parlant comme s'il allait, soudain se réveiller. En les voyant, unis malgré la mort qui les séparait, mes larmes se mirent à jaillir, brusquement. Denise gémissait, lui parlant d'un ton suppliant, l'appelant, caressant sa joue, tendrement, refusant de croire que l'homme qu'elle aimait tant, venait de la quitter, définitivement.

Ce fut au milieu de pleurs déchirants que le corps de Pascal fut mis en bière, l'homme chargé de la cérémonie prenant les choses en main, voyant le temps passer. Il lui fit prendre un calmant qui la laissa, les yeux rougis, hébétée, paraissant vieillie, soudain de vingt ans, nous regardant d'un air suppliant. Quand elle sortit de la pièce, ce fut une femme titubante d'épuisement et de chagrin qui suivit le corps de son mari, qu'on emmenait pour la cérémonie. Jamais je n'oublierai ses grands yeux bouleversés par l'incompréhension et la souffrance.

Immobiles, durant le service religieux, nous entendions Denise pleurer, en gémissant sourdement, me rappelant qu'il existe encore des choses plus importantes, dans la vie que nos disputes ridicules que ce soit en famille ou sur le net. Aujourd'hui, la foule se recueillait, en silence, à nouveau réunie et unie. La mort de Pascal et le chagrin de Denise avaient réussit ce prodige à réunir à nouveau cette famille.

Ils avaient su s'intégrer, à cette région et se faire apprécier, de beaucoup. Cette foule immense qui l'accompagna à sa dernière demeurer en fut la preuve éblouissante. Pascal restera pour beaucoup un homme courageux et serviable, sensible aussi à aider les gens.

Nous sommes restés, jusqu'à la nuit tombée, au cimetière comme si nous n'arrivions plus à le quitter, observant ses gerbes immenses de roses blanches et sa photo où il nous souriait, malicieusement.

Adieu, Pascal, jamais plus la Provence ne sera plus pareille, sans ta présence. Mais nous ne t'oublierons pas, ta fille attendant des jumeaux qui porteront ton prénom, pour perpétuer ta mémoire…



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