NEE DE PERE INCONNU

par Erotica51




Combien d'enfants naissent, chaque année, sans connaître l'identité de leur père ? Est-il normal, que toute notre vie en soit bouleversée ? Que l'appellation de : Né de père inconnu nous poursuive toute une vie, nous collant à la peau, comme si nous étions des pestiférés ? Nous ne sommes que les bâtards d'une société qui ferme les yeux, sur un acte de lâcheté, sans mesurer les conséquences ni les questions qui vont empoisonner notre vie.

C'est à mon Père, géniteur réel, que je m'adresse, aujourd'hui. Es-tu encore en vie ou décédé ? Je l'ignore. Tu demeures, pour moi, la plus grande énigme qui a réussi, malgré ton absence, à bouleverser ma vie.

Que de questions me sont venues à l'esprit en ce qui te concerne. Tout a commencé à l'école primaire, où à chaque rentrée, c'était la même question de la part des enseignants: Nom du père ? et aussi la même humiliation : Je n'en ai pas ! J'ai encore dans les oreilles les ricanements de ces enfants qui avaient la chance d'avoir leurs deux parents. Moi, mon père, lâchement, s'était sauvé, refusant d'assumer ses responsabilités.

Durant des années, j'ai cherché qui tu étais. J'ai su que tu étais le meilleur ami de mes oncles. Vous participiez au Tour de France et ma mère vous suivait. Etais-tu célibataire ou marié ? Ma génitrice n'avait que 21 ans à cette époque mais t'aimait.

Avez-vous pensé combien vous aviez perturbé sa vie ? Elle a du fuir sa région pour que cela ne se sache pas, qu'elle attendait un enfant. Même mes grands parents ont ignoré, durant des années, ma naissance. La société était très dure pour les " filles-mères " à cette époque. Elles n'avaient droit à aucune aide.

J'ai toujours pensé que tu étais marié, à cette époque. Est-ce à cause de votre abandon et irresponsabilité, que ma mère s'est mise à me détester, à me frapper, sans ménagement ? Je n'ai pas hérité de vos yeux mais des siens. Craignant qu'on ne devine mes origines, elle demanda, un jour, à un médecin s'il existait une opération capable de me faire changer la couleur de mes yeux ! Elle ne voulait pas que je lui ressemble. A qui est-ce que je ressemble, finalement ? A ni l'un, ni l'autre, puisque vous m'avez rejetée, tous les deux. Je suis devenue une enfant révoltée que cette société a su si bien créer, face la lâcheté des adultes, à qui on laisse le droit de procréer, sans même assumer leurs erreurs.

Des années plus tard, j'ai osé lui demander qui tu étais :

- Un homme de passage. J'ai oublié son nom ! a-t-elle rétorqué le visage fermé !

Quelle triste fin de non recevoir à ma question légitime. Nous ne nous étions pas revues depuis plus de vingt ans. Sa réponse m'a fait sourire et je n'ai pu m'empêcher de lui répondre :

- C'est faux ! On n'oublie JAMAIS le nom de son premier amour !

Elle a détourné les yeux, soudain, gênée. A cause de toi, ma mère m'a détestée et j'ai payé dans les coups, sa haine, pour ton abandon et sa vie gâchée ! J'ignore si, un jour, je croiserai ta route. Sache que mon regard te suit, où que tu sois, par la pensée. Je suis la preuve vivante de ton acte de lâcheté ! Je suis une enfant née de tes mensonges. Je mépriserai toujours ta réaction. Ce mal, qu'inconsciemment, tu m'as fait, au travers de ces années, remplies de ces questions, à ton sujet.

Mais je sais, aujourd'hui, que c'est, aussi, grâce à ton absence, que je suis cette femme qui te juge, aujourd'hui, sans ciller. Faire un enfant est quelque chose de si facile. Le laisser pousser, en plein vent, comme une fleur sauvage, devient un acte grave d'un être irresponsable. S'en détourner et l'oublier est un acte suffisamment ignoble, pour être dénoncé.

Qui connaît les conséquences des humiliations qu'un enfant naturel a du supporter ? Tant que j'aurai un souffle de vie, je continuerai à te chercher. Tu ne fermeras pas les yeux, si tu es encore en vie, sans me rencontrer. Je veux te dire, en face, tout mon mépris pour ton inconséquence et ta lâcheté ! Pour voir, à quoi, finalement, tu peux bien ressembler !

Aujourd'hui, je suis la flamme de la révolte de ces enfants que l'on s'amuse à mettre au monde, par légèreté, pour les abandonner, ensuite, dans des foyers. Combien sommes-nous finalement de ces enfants bâtards que vous avez su, au prix de votre légèreté, si bien, créer ?



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