TROIS GRACES A PARIS

par Erotica51





Un léger vent frais s'était levé. Dommage. La journée avait si bien commencée. Elles avaient prévu de se retrouver à Paris, venant de trois endroits de la France, différents. Une de l'Est, une de la capitale et la dernière de Normandie.

Pendant que leur amie était encore, dans le train, nos deux amies dînaient, dans un petit resto parisien, sous le regard admiratif du serveur, qui s'occupaient d'elles deux, avec zèle, le regard admiratif. Il paraissait surpris par leurs charmants sourires. Les femmes sourient, si peu, de nos jours, en déambulant dans Paris.

Enfin, leur amie arriva, se dressant devant elles, au milieu de leur conversation. Ce fut de joyeuses exclamations de plaisir de se retrouver, une nouvelle fois, toutes les trois ensemble. Elles se commandèrent une glace alléchante et la dégustèrent, avec gourmandise, tout en observant les passants, qui paraissaient courir, on ne sait où, comme emportés dans une tourmente.

Grace3 avait oublié ce tohu-bohu frémissant de Paris et tentait de s'imprégner de toutes ces sensations qu'elle percevait, indirectement, au milieu de leur conversation. Cela faisait plusieurs mois qu'elle n'était revenue à Paris. Grace2 paraissait parfois perdue dans ses rêves. Un homme avait brisé son cœur. Et de son regard attristé, l'amour s'en était allé. Grace1, quand à elle, pépiait comme un charmant pinson, trop heureuse, à l'idée de retrouver son amant, en cette belle fin de journée.

Elles avaient décidé d'aller visiter le Musée de Rodin, dont Grace3 ne cessait de leur rabâcher les oreilles . Ce fut une charmante dame qui les accueillit, à l'accent slave, qui leur remit leurs tickets d'entrée. Il y avait déjà du monde. Beaucoup de touristes allemands et japonais, qu'elles reconnurent à leurs accents. Parfois, leurs regards se croisaient et elles se souriaient, unies, dans une même complicité. Le soleil était au rendez vous, embellissant, une fois encore, leur journée.

Elles étaient pourtant différentes. Grace2 était une pétillante brunette, au regard profond, qui fournissait à ses amies, des tas d'informations, sur les statues qu'elles admiraient. Grace1 admirait, en silence, chuchotant pour poser ses questions. C'était la plus timorée du groupe. Impossible de la faire poser de façon originale.

Elle avait l'impression que tout le monde la regarderait si elle faisait semblant de poser sa paume sur la fesse d'une des statues. Impossible de la convaincre ! Grace3 enrageait, n'arrivant pas à lui faire mettre la main sur une seule croupe de bronze, souhaitant d'elle, une photo, un peu osée! Elle avait décidé de faire de nouvelles photos, de ses amies, pour leur rappeler cette belle rencontre, mêlant un brin d'audace et d'originalité.

Qu'elles étaient belles, ces statues de femmes aux poses lascives ou abandonnées, avec tant de grâce. Elles représentaient si bien la Femme au travers des âges. Les hommes, eux, offraient des poses avantageuses, avec leurs immenses barbes mais aucun sourire n'apparaissait sur leurs visages d'une sévérité impressionnante. C'étaient pas des rigolos, apparemment, à cette époque ! Ils avaient l'air si sérieux qu'ils nous donnèrent envie de nous éloigner d'eux, rapidement! Un détail attira mon attention. Les statues des hommes les représentaient émasculées ou avec un sexe tronqué. Pourquoi le sculpteur avait-il laissé apparaître volontairement ce détail? Deux superbes mains sculptées, élégantes de finesse et de délicatesse, retinrent notre attention. Elles avaient été surnommées " La cathédrale " tant elles donnaient l'illusion d'un dôme de paix!

Certaines statues étaient en plâtre ; d'autres, en onyx. Les plus belles, en marbre blanc de Carrare et quelques unes en bronze. J'imaginais, perdue dans ma contemplation, la délicatesse des mains de Rodin pour obtenir un tel grain et une si parfaite finition.

Une fois, dans le jardin, d'autres statues de bronze attirèrent notre attention. Le Penseur de Rodin posait, sous le regard des touristes, avec concentration. Quelques touristes japonais, assis sous lui, prenaient la pose, en souriant, ravis d'avoir un tel souvenir. Je tournais autour, de la statue imposante, posée sur un socle de granit, cherchant le bon angle. Je le photographiais, pensif, sur un fond de nuages étincelants, ou quelques éclairs de soleil transparaissaient, en arrière fond.

Sans le savoir, le Penseur de Rodin avait bercé toute mon enfance. Dans ma ville, une statue le représentait, immobile et triste, dans un parc d'enfants. Frondeuse, je montais, alors, sur ses épaules, malgré l'interdiction d'un panneau, prévu à cet effet, narguant les passants. L'hiver, la statue n'avait pour compagnie qu'une bande de corbeaux, venus se poser, sur ses épaules.

Une cour de roses, au parfum enivrant, l'entourait, le Penseur de Rodin, adoucissant sa solitude. Seul, le regard des passants arrivait, aujourd'hui, à le toucher, se demandant comment, il avait réussi à passer, au travers des siècles, aussi victorieusement.



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