BONNE FETE PAPA

par Erotica51



Aujourd'hui, c'est la Fête des Pères. Juste cette question : qu'est-ce qu'un père ? L'homme qui me portait dans ses bras, quand j'étais trop épuisée pour marcher, étant enfant. L'homme qui distribuait ses baisers comme des bonbons acidulés. L'homme qui me tenait la main, m'apprenant à respecter la nature et à l'aimer. L'homme qui m'apprenait à respecter les personnes âgées.



Papa, bien que tu sois, définitivement, parti, encore aujourd'hui, j'ai la nostalgie de ces heures de liberté ou je courais librement, en espadrilles, sous le soleil.

Tu demeurais, assis, sous la fraicheur d'un arbre, à me regarder en souriant tenter d'attraper les papillons en plein vol.



Grâce à toi, j'ai appris aussi à pêcher, guettant des heures durant, que mordent ces poissons malicieux qui refusaient de se laisser attraper mais m'avalaient goulûment mes appâts, effrontément et s'enfuyaient dans le courant, sous mon regard déçu. Mes débuts furent difficiles. Je ne comprenais pourquoi avec toi, c'était si facile et moi, voire impossible de les attraper. Bien que nos lignes aient été identiques, je me souviens, un jour, les avoir échangées, en cachette, croyant que la tienne possédait un pouvoir mystérieux.



Te souviens-tu, combien d'heures, nous passions, le nez plongé dans l'herbe, à guetter ces écureuils se faufilant dans les herbes à la recherche des graines que nous leur apportions?

Près de toi, la Vie était belle, tant j'avais soif d'approfondir mes connaissances. Tu m'as appris la patience. Tu remplissais mes poches de bonbons, pour me donner du courage pour aller à l'école.

Tu avais vite compris que l'on pouvait se faire des amis, à cet age, en les appâtant. J'aimais les jours de grand vent, assise contre toi, observer la cime des sapins qui ployaient sous le vent. Tu faisais galoper mon imagination en me faisant contempler la forme des nuages comme s'ils donnaient vie à de mystérieux personnages.



Nous n'avions pas de liens du sang réel. Tu étais juste un père "d'adoption" comme s'obstinait à me dire ma maîtresse.

Rien à faire ! A mes yeux, tu demeurais ce père dont rêvent les enfants en manque d'affection.

J'aimais aller au fond du jardin, m'asseoir sur mon petit banc, et te regarder fumer ta cigarette, en lançant, en l'air, des ronds de fumée blanche.

Parfois, je vais me promener dans ces parcs où tu m'apprenais à découvrir la Vie. Tu n'es plus là et aujourd'hui, c'est ta fête…

Il n'y a plus d'éclats de rire dans ta maison. Ta rue est devenue déserte. Les chats ne rôdent plus sur le toit du garage pour obtenir leur pitance…

Mais tu t'es conduit en père, bien mieux que ce vrai père biologique, qui a fichu le camp, si lâchement. A-t-il eu une pensée pour cette enfant qu'il a abandonnée, sans même que je connaisse le nom de ce père réel ? Je l'ignorerai toujours.

Si le passé est mort, avec toi, il vit encore au fond de moi même.

Aujourd'hui, c'est un jour de fête pour tant de pères. Mais, pense-t-on à remercier ces pères de remplacement, ces pères de coeur, qui illuminent nos yeux de lumière, étant enfants ?

Celui-ci a conservé dans mon coeurs une immense place pleine de tendresse.

Ta main rude savait se transformer en une caresse, essuyant mes pleurs d'enfant.

Près de toi, j'ai découvert l'horreur épouvantable des méfaits de la guerre. J'ai encore le souvenir de tes larmes discrètes, en m'en parlant.

Tu cachais tes larmes derrière ce prétexte: c'est un rayon de soleil ou un grin de poussière pour expliquer tes yeux brillants brusquement.

J'ignorais la cruauté de mes questions en t'interrogeant.



J'aimais murmurer ton prénom avec tendresse: Paul, mon petit papa, qui m'a élevée, adoptée en m'ouvrant ton coeur et tes bras.

Aujourd'hui, c'est à Toi que vont mes pensées, emplies de tendresse et de tous ces "je t'aime" qui me restent, malgré les années passées.



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