MARINA, MA SOEUR, MON AMIE
POUR LA VIE

par Erotica51



C’est au cours de notre vie que nous découvrons souvent le sens du mot « amitié ». Il est facile de se faire des amis dans la vie mais cette amitié est comme tout, éphémère et fragile. Trop souvent nous oublions que l’amitié est un lien qui doit s’entretenir comme une rose ne peut s’épanouir qu’arrosée par de l’eau de pluie fine.

J’ai des amitiés qui datent de mon enfance, porteuses de merveilleux souvenirs. Marina en fait partie à jamais. Nous avions les mêmes goûts dans de nombreux domaines. Seule, nous séparait une couleur fétiche, propre à chacune. Marina aimait le rose, moi le bleu. Ce bleu du ciel que l’on regrette tant l’hiver. Marina, aimait le rose tendre signe de la douceur des bras d’une maman. L’une et l’autre nous recherchions l’évasion, au travers de nos récits, de nos jeux, de nos éclats de rire.

Quand Marina était triste, je m’asseyais en silence à coté d’elle et nous pleurions ensemble, blotties l’une contre l’autre. Elle était ma grande sœur et pourtant, j’éprouvais toujours une étrange envie de la protéger, bien qu’elle soit la plus grande.

Elle possédait un beau regard sombre, ombragés de longs cils bruns, assombris d’une étrange tristesse dont elle ne parla plus jamais, après la mort de son petit frère Mario.

Placées l’une et l’autre chez nos parents nourriciers, bien que n’ayant aucune lien de sang, nous étions devenues plus proches que de vraies sœurs.

Quand l’une était heureuse, l’autre souriait. Quand l’une avait mal aux dents, l’autre paraissait souffrir tout autant.

Ta vraie mère aurait voulu une enfant blonde comme je l’étais, identique à un épi de blé.

Ma mère biologique aurait aimé que je te ressemble avec ta chevelure brune te donnant ce petit air sauvage que j’admirais.

Etrange comme les femmes ne sont jamais satisfaites même quand elles donnent la vie, mais nous nous en moquions. Il est vrai que nous n’étions que des enfants insouciantes.

Quand ta première fille est née, Alexandra, j’étais auprès de ma soeur de lait, comme je le clamais fièrement. Avec toi, Marina, je retrouvais une vraie famille. J’en oublié les pensions. J’étais enfin aimée. Devenue étudiante, tu t’entraînais à me parler en anglais ; je n’osais pas te dire combien je détestais cette langue, car elle nous séparait ; alors, je bafouillais lamentablement quelques mots pour te faire plaisir, avec un accent à couper au couteau, dont tu te délectais, les yeux brillants de plaisir. Tu rêvais de devenir institutrice. Tu as fait mieux pourtant puisque tu as réussi à devenir chef d’entreprise ! Alors, j’en ai fait autant !

Nous avions réussi le miracle de tomber enceintes, ensembles. Ma main se posait sur ton ventre qu’exagérément parfois tu gonflais. Mais, déjà le mien te dépassait. Je savais que j’aurai un gros bébé. Nous passions des journées à énumérer les prénoms que nous donnerions à nos enfants.

Alexandra fut celui que je préférais. Tu le donnas à cette petite fille qui naquit cette nuit-là, en vagissant, réclamant déjà son repas, à peine sortie de ton ventre. Menue, elle agrippait mon doigts déjà farouchement. Je garde le souvenir de nombreux fils piqués sur sa petite tête, pour la fortifier.

Les années passèrent. Le père de l’enfant t'abandonna, lachement. C'était le fils gaté d'une famille bourgeoise. Des années plus tard, te sachant malade, tu me demandas d'aller voir la grand mère d'Alexandra, pour protéger ta fille. Mais celle-ci refusa, arguant que son fils avait refait sa vie depuis.

Mais tu faisais partie de ces femmes battantes qui ne s’avouent jamais vaincues.

Tu rencontras un jour un autre homme que tu aimas follement avant de le détester parce qu’il t’avait trompée avec sa secrétaire. Tu les avais surpris un matin, alors que tu étais gravement malade. Il te fit 4 autres enfants. Son monde n’était pas le tien. Les différences étaient trop grandes. La Yougoslavie pour lui était trop loin mais il rêvait d'y retourner. Tu mis toute ton coeur pour te faire accepter de sa famille et tu aidas bien des gens.

Chaque week-end, je prenais la route pour te voir en Belgique, avec mes enfants, fous de joie à l'idée de revoir de vous revoir. Il faut dire qu'ils s'entendaient comme de vrais compères ! Leurs bêtises nous faisaient souvent rire, discrètement. Les idées ou ils aimaient se cacher nous laissaient souvent pantoises de stupéfaction.

Tu t’étais mise à lire le Coran pour lui faire plaisir. A porter le voile aussi, bien que tu ne sois pas musulmane mais chrétienne et baptisée à la Basilique de Saint Rémi ou fut sacré le roi des Huns, Clovis. Vêtue d’autres vêtements qui te cachaient jusqu’en bas des pieds, je ne te reconnaissais plus. Tu ressemblais à une servante, soudain, plus à cette femme brillante et élégante, que j’avais connue et que j'admirais.

Un sombre pressentiment m’étreignait le cœur. J’avais peur pour toi, brusquement. D’autres naissances arrivèrent. Un petit garçon dont le prénom Shaban voulait dire «le lion ». Il en avait la colère parfois toute aussi dévastatrice, refusant qu’on lui résiste quand il nous faisait un caprice. Ses colères étaient magistrales et impressionnantes. Un second petit garçon arriva derrière lui : Besim. Plus doux, plus calme, plus timide, avec des traits fins qui me rappelèrent Mario, ce petit frère que tu avais perdu. Très jeune, il avait déjà la passion de l’informatique et pouvait même en remontrer à son père ! C'était un véritable petit génie derrière son sourire discret.

Quelques années passèrent. Ta société grossissait. Tu étais amenée à te déplacer régulièrement à l’étranger. J’avais toujours été admirative en voyant avec quelle facilité tu parlais les langues étrangères. Tu arrivais à maîtriser sept langues, avec une facilité déconcertante ! Tu étais une véritable poliglotte ! Sans doute, tes origines familiales stizganes y étaient-elles pour beaucoup. Tu en étais très fière.

Pour moi, cet exploit relevait du défi. Ce fut le seul domaine où je n'arivais oas à te suivre. Les langues n’étaient vraiment pas mon dada, à moins que j’y sois réfractaire, tout simplement ? Je n'apprenais une lanque que si je devais me rendre dans le pays. de retour en france, je l'oubliais aussi vite !

Un jour, tu m’appelas à mon travail. Tu avais quelque chose d’important à me confier. Ta voix tremblait d’excitation. J'appris que tu allais redonner la vie une nouvelle fois. Tu avais toujours désiré avoir une grande famille.

Ce fut une petite fille qui naquit, si jolie qu’elle ressemblait à une petite princesse. Tu me donnas le choix entre deux prénoms : Shérazad fut celui que je choisis ce jour-là. Devenue une petite fille, elle adorait danser et rêvait de devenir un jour, une grande ballerine. Alors pour lui faire plaisir, je la mitraillais de photos, à chacune de mes visites, en admirant les progrès qu'elle faisait. On aurait dit un petit rat de l’Opéra, en train de virevolter. Elle avait toujours le sourire aux lèvres avec sa frimousse toute ronde, ses yeux vifs et deux joues rondes aussi rouges que deux petites pommes. Elle avait une énergie incroyable, elle aussi.

Un an plus tard, naquit un petit garçon au sourire timide, doux et adorable, qui me fit craquer plus d’une fois. Tu le nommas Bekim, cette fois. J'ai oublié la signification de son prénom. Je l'emmenais souvent avec moi, sur la balançoire géante, face à l'observatoire, lui faisant croire qu'en la poussant plus fort, on pourrait toucher le ciel. Cela le faisait rire. Il en oubliait ses craintes.

Adolescentes, nous avions lié un pacte pour l’éternité, avec quelques gouttes de notre sang. Une brève entaille au poignet nous avait liées à jamais comme deux gamines voulant sceller à jamais leur secret. Tout se résumait en quatre mots : Ne jamais se séparer.

Une fois devenues adultes, je croyais que notre pacte s’était réalisé mais je me trompais :
Seule, la Mort a réussi à nous séparer. Mais il m'est impossible de t'oublier...


Le 31/03/2007



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