ADIEUR MR LANNEZ

par Erotica51


J'ai fait votre connaissance, à une période de ma vie où j'étais vraiment désespérée. Ma fille venait de décéder. J'ai commencé le tour des avocats, certain n'hésitant pas à me dire, avant de parler :




- Avez-vous de quoi me payer ? Je ne travaille pas pour moins de 1000F de l'heure !



Dégoutée, je m'étais éloignée, fière et digne, n'hésitant pas à lui rétorquer :




- Combien vous dois-je pour ces deux minutes sur le pallier ?



Celui-ci n'avait rien rétorqué et m'avait regardé interloqué !



Un autre m'avait fait comprendre, que je devrais lui donner 1500F pour ses petites vacances, ce qui sous entendait : en liquidités !

J'avais refusé de voir la mémoire de mon enfant entachée, par de tels gens, chargée de représenter la Justice !



J'avais rencontré un 3ème avocat qui m'avait écoutée longuement. Au 2ème RV, il décidait de donner mon dossier à un de ses confrères, sans même me demander mon accord !



Enfin, grâce à une amie, je vous avais rencontré et devant votre regard bienveillant, j'ai su que je pourrai vous faire confiance.

Vous aviez pris le temps de m'écouter, ému par mon drame et vous m'aviez avoué, que dans votre famille, deux jeunes enfants avaient péri carbonisés, suite à un accident, quand vous étiez encore étudiant en droit. C'est ainsi que vous aviez choisi le métier d'avocat, en souvenir de votre tante effondrée et du combat à mener contre son meurtrier…



Vous aviez étudié sérieusement le dossier de ma fille, me posant de nombreuses questions, afin de tout comprendre.

Emu par mes larmes qui ne cessaient de couler, vous me tendiez votre mouchoir, en silence…en toussotant…



Il nous a fallu trois longues années d'attente pour clore ce dossier.

La première année, la Justice faisait grève, reculant, sans cesse, les dates du jugement en les ajournant.

Ce fut à la Cour d'Appel que je revis le meurtrier de mon enfant. Petit, à demi chauve et ventripotent, il paraissait tout fier et plein d'arrogance !



Vous étiez près de moi, surveillant du coin de l'oeil, ma réaction de mère désespérée. D'un geste apaisant, vous m'aviez demandé de rester calme, à l'oreille et de faire confiance au jugement qui serait rendu.

Quand j'entendis ce jugement, je n'en crus pas mes oreilles ! 1500 F d'amende, le retrait du permis pour 2 ans et 6 mois de sursis seulement !

Outrée, écoeurée, dégoûtée, j'étais partie en courant sans plus retenir des larmes amères.



Deux jours plus tard, vous m'aviez rappelée, m'informant que le meurtrier avait fait appel, jugeant que 6 mois de sursis étant encore trop important !

Un an plus tard, le jugement était sans appel ! Le meurtrier de ma fille venait d'écoper de 6 mois fermes !

Je n'ai jamais oublié votre fierté en me regardant devant cette sanction ferme !

Mais la Justice A OUBLIE OU REFUSE malheureusement DE FAIRE APPLIQUER LA SANCTION!!!

Le jugement avait été perdu dans ses milliers de dossiers !

Je l'ai appris de la bouche même de son meurtrier qui était convoqué pour rechercher d'emploi ! Durant deux ans, celui-ci n'avait jamais travaillé ! Pas fou, il ne voulait pas rembourser les assurances !



J'ai créé, grâce à votre aide, une association. C'est grâce à votre idée que j'ai retrouvé une raison de vivre. Vous aviez accepté de représenter mon association et de défendre, honnêtement, les familles blessées.

Jamais cette association n'a été si bien représentée !

Aujourd'hui, le journal local vient d'arriver et je jette un oeil curieux dessus, durant quelques minutes.

Le choc est immense ! Je vacille, le coeur battant soudain à tout rompre, anéantie par ce titre qui me saute aux yeux :

"Un avocat marnais se tue au volant de sa voiture !"

Prise d'un terrible pressentiment, je lis l'article rapidement ! Votre nom m'apparaît en lettres sombres ! Que s'est-il passé ce jour-là ? Le saurons-nous vraiment ? Il était 10h 45 et vous rouliez sur une petite départementale de l'Aisne quand votre véhicule s'est encastrée, brusquement, sous un camion qui a tenté de vous éviter mais n'a rien pu faire!

Il ne vous restait qu'un an pour prendre enfin votre retraite…Vous n'aviez que 62 ans.



Vous resterez, dans mon coeur, cet homme humain et bon, qui a su m'accueillir, en comprenant ma peine. Je penserai, toujours à vous, avec une immense tendresse.



Adieu, Monsieur LANNEZ. Par votre grandeur d'âme, votre générosité, votre enthousiasme et honnêteté à défendre les dossiers des familles, vous m'avez prouvée qu'il existait encore des gens honnêtes et humains, en ce monde.



Pour Vous, malgré les tristes souvenirs de ma fille que cela réveillait, au fond de moi, j'ai été présente à vos obsèques...Tous vos confrères étaient présents. Chacun parlait de vous et leurs paroles venaient jusqu'à moi. Que d'hypocrisie ! Que de jaloux parmi ceux-ci ! Combien d'entre eux vous regrettaient vraiment ? Je compris que la seule chose qui les préoccupaient étaient de savoir qui serait chargé de vos nombreux dossiers, tristement laissés sur votre bureau en attente...



Accident relaté dans l'Union du 6.11.03

Marie-Ange



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