LA GARE

par Erotica51



Il était arrivé, en avance, afin de ne pas se trouver pris dans la cohue. Il y avait, peu de monde, au guichet, heureusement. Une fois son billet en main, il s'était acheté un sandwich, qu'il grignotait, en regardant, autour de lui, avec une attention accrue.



La foule de gens était compacte. Ceux qui sortaient de la gare se mélangeaient à ceux qui attendaient. Seuls, les personnes, rentrant de vacances, se remarquaient, à leur mine bronzée et détendue. Les autres avaient l'air crispé des gens vivant dans les grandes villes.



Il régnait, dans la gare, une certaine effervescence. Dans un coin de la gare quelque chose attira son attention. Un homme était prostré, assis à même le sol. Il l'observa avec attention. Celui-ci était jeune, le visage dévoré, par une barbe de plusieurs jours. Il l'observait, discrètement, incongru, au milieu de la foule.



L'homme buvait à même au goulot d'une bouteille, de vin rouge, sans se soucier des autres. Il paraissait indifférent de l'opinion des autres, à son sujet. Ses chaussures étaient éculées. Ses vêtements terriblement sales et nauséabonds.



En l'observant, avec attention, il se rendit compte que l'individu était jeune, à peine, une trentaine d'années. Il semblait avoir son âge. Comment pouvait-on descendre ainsi, si bas, dans la société?



Il alla acheter un second sandwich, puis s'approchant de l'homme, sans un mot, lui tendit. L'homme eut l'air surpris, le regardant, d'un air méfiant, puis devant son insistance, leva une main sale, en lui souriant, d'un sourire édenté.



- Vous n'auriez pas une petite pièce à me donner aussi ? lui demanda, le clochard, d'une voix cassée.
- Que s'est-il passé pour que vous soyez obligé de mendier ? demanda-t-il, intrigué
- Le chômage, mon bon monsieur! 12 ans à bosser dans une boite pour se retrouver jeté dehors comme un chien! Ensuite, la galère!pas de diplôme, pas de travail!et voilà où j'en suis aujourd'hui! Quelle chienne de vie!



Mal à l'aise, il fouilla dans sa poche, en sortit quelques pièces qu'il lui remit. La misère devenait, de plus en plus grande, dans les grandes villes. Tant de gens se mettaient à mendier, maintenant. De plus en plus jeunes. Que se passait-il? Pourquoi les jeunes continuaient à venir dans la Capitale, alors que la vie y était, de plus en plus, difficile?



Il s'éloigna, la gorge serrée. Pouvait-on suite au chômage, dégringoler en bas de l'échelle sociale, ainsi? Un bref regard à sa montre lui apprit que son train arrivait en gare…Il s'éloigna, de l'homme, après un bref au revoir puis se dirigea, vers le premier quai, repensant au visage ravagé de cet homme, que la société avait rejeté.



Cela pourrait bien lui arriver, un jour, à lui aussi, s'il n'arrivait pas à retrouver très vite un travail. Il réalisa que la société était devenue, sans pitié, pour les jeunes, maintenant. Il monta dans le train, inquiet de cet avenir qui s'annonçait, bien inquiétant, pour lui.

Comment allait se dérouler cet entretien, qu'il avait, aujourd'hui? Il croisa les doigts, imperceptiblement, espérant qu'il aurait une réponse positive...



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