L'ILE AUX ENFANTS

par Erotica51


Tu as treize ans et je n'ai que sept ans. Comme tu me parais déjà grand. Tu m'entraînes, en courant, vers cette île mystérieuse, où nous nous cachons, serrés l'un contre l'autre, tendrement, dévoilant un sourire complice aux lèvres…

Tu me regardes, amoureusement. En ai-je vraiment conscience ? toi, que je regarde, émue, admirative, me blottissant contre tes bras qui se veulent rassurants. Ou est-il ce temps ou je me sauvais, en riant, te laissant me poursuivre, en me moquant, de tes longues jambes, de tes soudaines rougeurs, de ta gaucherie, de tes disgracieux boutons ?

Combien de fois as-tu attrapé mes tresses ? je ne m'en souviens pas mais j'ai le souvenir, que grâce à elles, tu m'attirais, déjà, vers toi. Tu m'observais de ta fenêtre….un, deux, trois…je jouais à la marelle, sautillant avec l'insouciance de la jeunesse, levant, soudain les yeux, vers toi, qui m'observait, gravement. Ton regard paraissait glisser, sur moi…

Te rappelles-tu notre île, perdue au fond de ce bois, au milieu des fouillis, des ronces sauvages, du chant léger de la rivière qui nous entourait, dans ses bras. Te souviens tu de cette passerelle que je devais franchir, en tremblant de frayeur et ta main ferme qui me tenait, me guidant, fermement, pas à pas…

Je me souviens de cette étrange soirée ; tous ces bruits inquiétants dans la nuit, tes bras qui me protégeaient et ton sourire rassurant….Toi, le grand, vers qui, déjà, mon cœur allait. Nous avions eu la permission de camper. La toile de tente qui nous attendait, les moustiques qui me dévoraient mais pour rien au monde, je n'aurai bougé, blottie, radieuse, contre toi…

Puis, la vie nous a séparés. Mes études m'ont entraîné à l'Etranger. Seul, en France, tu es demeuré. Tu m'écrivais, régulièrement, d'une écriture appliquée. Tes parents en riaient…les miens semblaient ne pas apprécier. Enfin, chaque été, nous pouvions, enfin, nous retrouver. Comme durant ces longs mois, tu m'as manqué ! .A chaque départ, comme tes yeux s'attristaient…J'hésitais à repartir en te voyant, si désemparé. Torturée, je m'en allais, le cœur lourd, sans oser me retourner…Il me fallait te quitter car moi aussi, j'en souffrais. Je n'étais encore qu'une enfant et déjà, sans le savoir, je t'aimais…..

La fin de l'année est, enfin, arrivée. Tu étais la, debout, impatient, seul, volontairement, m'attendant. Un énorme bouquet d'églantines sauvages, à la main. Tu connaissais ce sourire qui allait m'échapper, en les voyant, en te retrouvant, émue par ce délicat présent. J'avais 16 ans et toi, 22 ans

Je me sentais gauche, soudainement, dans un corps qui changeait, me gênait, brusquement. Tes yeux affamés observaient, stupéfaits, mes rondeurs prometteuses. Je remarquais ta peau fraîchement rasée, ton regard enfiévré….Tu observais mes premières gênes, les yeux baissés et découvrais mes joues envahies d'une rougeur adorable. Tu avais tellement changé. C'est un homme que je découvrais. C'est une femme que tu voyais…

Quand nos mains se touchaient, plus rien d'autre n'existait, que ton regard sondant inquiet, le mien. Que ton sourire cherchant le mien. Ta main prenant ma main et nos pas, lentement, nous guidaient, vers cette île secrète, connue de nous seuls où nous aimions nous réfugier, nous consoler, nous confiant nos secrets…

Puis nos premiers émois sont arrivés. Combien de fois ton regard m'a troublé. J'ai oublié de le compter, mais je ne l'ai jamais oublié, car, depuis ma plus tendre enfance, je t'aimais. Et à mes yeux, c'était mon plus beau secret…

L¨île est restée notre refuge, jusqu'à, ce qu'un jour, je te dise "oui". Mes yeux sondant, inquiets, le ciel, mordant mes lèvres, courageusement, pour ne pas gémir. En silence, on s'est aimés, brûlants d'une fièvre incontrôlable qui depuis longtemps, nous dévoraient. J'ai compris, que j'avais eu raison de t'attendre, car, toi aussi, tu m'aimais, depuis si longtemps….Tu me l'as avoué, doucement….en me le murmurant…

Les terres et forets ont été vendues, depuis. Notre île aux enfants n'existe plus…Ta vie a, soudain, basculé. La leucémie t'a emportée, à jamais, en dépit de nos sentiments. Mais cet amour, reste une étoile, qui ne cesse de briller, au fond de mon cœur, à jamais, illuminant mes yeux, comme cette larme, qui roule, sur ma joue, silencieusement…



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