DRAME SECRET

par Erotica51




L'homme qui m'a élevée, comme sa propre fille, s'appelait Paul LAMY. Il était mon père nourricier, disait-on, pudiquement, à cette époque; Il m'a appris beaucoup sur la Vie. Paul passait des heures entières, dans notre jardin, assis sur un petit seau en métal, le regard perdu, ailleurs, en fumant sa cigarette, s'isolant de notre famille.

Je savais, dans ces moments là, que je ne devais pas l'interrompre; que ses pensées étaient devenues, plus graves; qu'il repensait à une partie de sa vie, qu'il ne pouvait oublier, mais l'avait détruit moralement: la guerre. Parfois, je surprenais des brides de conversations, chuchotées, par les plus anciens. Etonnée, surprise, je m'accrochais à lui, le suivant partout, demandant, innocemment :

- Papa, c'était comment la guerre ? Tu avais un vrai fusil ? Tu as tué beaucoup de gens ?

Il hochait la tête, tristement, évitant de me répondre, murmurant, détournant, son regard plein de larmes, me disant, simplement :

- J'espère que tu ne connaîtras jamais, cette horreur, ma chérie, en déposant sa main parcheminée sur mes cheveux, caressant ma joue, dans un geste plein de tendresse.

Les derniers jours de sa vie, il avait fait des cauchemars terribles, durant trois jours et trois nuits, à délirer...c'est seulement, à ce moment précis, que j'ai compris combien les guerres pouvaient détruire des vies et empoissonner celles de ceux qui avaient réussi à survivre. Mais à quel prix ?

Mon père a revécu la mort, en direct, de son meilleur ami, le ventre explosé par une grenade, tentant de retenir ses entrailles qui s'échappaient de lui, comme s'il tentait de retenir la Vie. Mon père est resté près de lui, hurlant pour que les secours arrivent, plus vite, regardant, désespéré, son ami en train de mourir. Mais il était trop tard.

Les années ont passé. La paix est revenue dans notre pays mais jamais je ne pourrai oublier ses cris de désespoir, en revivant la mort de son meilleur ami, les derniers jours de sa vie ni ses larmes amères quand quelques uns recevaient des médailles. Il n'en a jamais voulu, étant trop fier.

Les guerres ont laissé bien des traces et des séquelles dont on tait les larmes et la souffrance, pudiquement, secrètes...Pour sa mémoire, je suis allée, en Normandie, visiter ce village appelé Arromanches où tant de jeunes gens de toutes nationalités, ont péri ! Ce sont de petites croix blanches, à perte de vue, que l'on voit, dans ce cimetière immense. Seul le bruit du ressac de la mer et du vent bercent depuis ces âmes que la Mort a fauché, en pleine jeunesse…

Il y a dans ma région, un autre cimetière, rempli lui aussi, de milliers de croix blanches. Il est à la frontière entre deux département : la Marne et l'Aisne. Des chars ont été installés, à coté, pour rappeler à tous ceux qui passent devant, qu'ils sont demeurés français, grâce à ces jeunes gens qui ont défendu notre pays : la France.

Aujourd'hui, je suis Française et j'en suis fière. Je reste consciente que des millions de vies ont été massacrées au nom d'un idéal. Parce que l'on défendait son pays en temps de guerre. Les nouvelles générations sauront-elles perpétuer leurs mémoires? C'est le moins qu'on puisse faire pour les remercier de s'être sacrifiés. Une poignée de dirigeants a décidé que nous ne serions plus français mais européens, prochainement. Comme ils ont vite oublié le prix que ces petites croix blanches ont du payer …

Mais il est une chose qui ne pourra changer : Je resterai Française, en mémoire de l'Homme qui m'a élevée.



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