LA CLOCHARDE

par Erotica51




Elle était assise sur un banc, fouettée, par le vent froid qui circulait, dans l'abri de bus, indifférente aux passants, la regardant avec effarement, se grattant, furieusement.

Quel âge pouvait-elle bien avoir? Difficile à dire. Son visage était caché par un fichu de coton sale. Elle ressemblait à une vieille femme. Les véhicules passaient devant elle mais elle détournait, son regard, comme si elle craignait, pudiquement, d'être reconnue, par quelques connaissances oubliées.

Tout son corps paraissait épuisé, par les privations et vivre dehors, affrontant les intempéries. Sa vie était devenue, de plus en plus, difficile. Elle ne possédait plus rien, ayant tout perdu. Que s'était-il passé pour qu'elle se retrouve ainsi à la rue? Pourquoi les services sociaux n'étaient-ils pas intervenus, plus rapidement, pour éviter cela?

Une chose était sure: en cette vielle de Nouvel An, je découvrais une femme, sans âge, assise dans le coin d'un abri bus, l'air transi de froid, alors qu'une tempête de neige s'annonçait sur ma région.

Elle avait accumulé, autour d'elle, quelques sacs en plastique, dans lesquels, elle avait accumulé ses derniers trésors, ses souvenirs auxquels elle se raccrochait, désespérément, comme pour prouver qu'elle avait, un jour, vraiment existé. Avait-elle été jolie? mariée? avait-elle encore une famille? Il était évident que personne ne se rappelait plus d'elle, aujourd'hui.

Coincée dans la circulation, j'ai poursuivi mon chemin, gardant la gorge serrée, au fond de mon esprit, la détresse de cette femme et l'indifférence avec laquelle les gens passaient, devant elle, en cette veille de Nouvel An.

Ce matin, en découvrant la neige, je me suis interrogée, sur cette inconnue. Avait-elle réussi à trouver un abri dans lequel se réchauffer? Elle demeure une anonyme, comme ces sans domicile fixes, sans nom, que l'on ne voit plus, sans imaginer qu'un jour, cela puisse nous arriver.

Il faut si peu, pour faire partie de ces exclus, aujourd'hui. Le chômage plonge de plus en plus de gens dans l'exclusion. Ils seront 8OO OOO en cette fin d'année, à devoir mendier un RMI ou l'allocation de solidarité. Comment vont-ils survivre? Alors que les entreprises continuent leur course au profit, s'installant à l'étranger, des milliers de gens se retrouvent à la rue, perdus dans cette paperasserie incompréhensible, ne sachant plus, vers qui se tourner ou trop fiers pour avouer leurs difficultés.

L'année 2OO4 est arrivée avec sa cohorte silencieuse d'exclus, comme des ombres anonymes, qui poursuivent notre conscience, nous forçant à nous interroger. Avons-nous vraiment tout fait pour les aider? N'est-ce pas la question à nous poser, aujourd'hui ? Et si demain, cela nous arrivait d'être un Sans domicile fixe, comme on les nomme, pudiquement, aujourd'hui?



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