LE SUICIDE DE CECILE

par Erotica51



Journal Ouest-France du mercredi 1 décembre 2004
Edition : Sarthe - Rubrique : Faits divers



Hier, vers 18 h, un TER en provenance du Mans et en direction de Laval a mortellement heurté une jeune femme. Cet accident a entraîné de nombreux retards avec sept TGV détournés et cinq TER annulés.

Un accident ferroviaire s'est produit hier soir, vers 18 h, sur la commune de X. Cet accident a engendré de nombreux retards sur le trafic de la SNCF. Il a été provoqué par le suicide d'une jeune femme. Le TER impliqué dans l'accident a été mobilisé, pendant près de deux heures. Il n'a pu repartir qu'après que le conducteur a été relevé par un collègue. Le chemin de fer a été coupé le temps des constatations de la gendarmerie. Au total, sept TGV, en provenance de Paris ou de Bretagne ont été détournés par Nantes. Cinq TER ont même été annulés. Les voyageurs ont été acheminés aux gares d'arrivées par car.

*****


Ce jour là, je prenais mon travail, au SAMU, à 17 h.

A 17h57, nous avons eu un appel pour un piéton renversé par un train, sur la commune voisine de la mienne. J'ai téléphoné à la maison pour savoir si ma fille était rentrée du lycée. Elle n'était pas là ! Je me suis dit " elle a sans doute raté son bus et prendra celui de 18h30 pour arriver à 18h55.

Puis, l'équipe médicale partie sur place nous a passé des bilans. C'était l'horreur !

Au retour de mes collègues, à 19h30, j'ai demandé l'identité de la personne pour les papiers administratifs, mais ils n'en avaient pas. Ils m'ont juste dit : " c'est une gosse de 16 ans "

Alors, j'ai re-téléphoné à la maison. Cécile n'était pas rentrée ! J'ai commencé à avoir peur et j'ai posé des questions, mais ils ne savaient rien, sauf qu'à un moment, l'infirmière anesthésiste a dit que c'était probablement une gosse de tel endroit. Là ! Je me suis vidée en disant : " je suis sûr que c'est ma fille ! " Le médecin est venu me demander pourquoi je disais ça ? J'ai expliqué : " Ma fille a 17 ans, on habite là, elle n'est pas rentrée à la maison, elle est en seconde (ils avaient vu des livres de seconde) - As-tu vu son manteau, un manteau rouge ? - Un manteau rouge, comme ça, en forme de blouson ? - Oui ! "

Alors, il m'a posé d'autres questions. Le médecin est allé téléphoner à la gendarmerie, pendant un long moment. Puis, quand il est revenu, il m'a dit : " Ils n'ont pas d'identité, mais il y a beaucoup de choses qui correspondent. Rentre chez toi ! - Non, ce m'est pas elle, car elle ne connaissait pas cet endroit (nous venions d'arriver dans la région 3 mois plutôt) ! - Tu sais, le train a mis 900m pour s'arrêter et c'est au point d'arrêt qu'on a été appelés "

Une collègue m'a ramenée chez moi, et en arrivant sur la place du village, la gendarmerie était là. Nous, nous sommes arrêtées et j'ai demandé " Vous attendez quelqu'un ? - Pourquoi demandez-vous ça ? " J'ai expliqué que je savais qu'il venait d'y avoir un accident et que m'a fille n'était pas rentrée. Ils m'ont posé quelques questions et m'ont demandé si je pouvais reconnaître une chose. Ils m'ont apporté une écharpe ! Une écharpe jaune, rouge, verte et noire. Il n'y a qu'elle qui en avait une comme ça !!! Puis, sa carte de bus… C'était elle !!!

L'enfer venait de me tomber sur la tête et le monde s'écrouler sous mes pieds !!!

J'ai appelé son papa. Il est arrivé 3h plus tard, le temps de faire la route.

Il aura suffit de quelques minutes pour que tout bascule dans le cauchemar !



Depuis quelques temps, ma fille n'allait pas très bien, moralement, et de ce fait, elle avait un suivi psychologique. Malgré le dialogue, le suivi psychologique, le pire est arrivé… Jamais, Cécile ne nous avait parlé de suicide !

Les raisons de son acte ? La gendarmerie a mis en évidence une grosse déception amoureuse et une difficulté à s'intégrer dans sa nouvelle classe.

Ce n'est qu'en octobre dernier qu'elle m'avait parlé d'une liaison avec un garçon plus âgé qu'elle. Un garçon qui s'est joué d'elle et qui l'a fait souffrir. Cécile est partie avec le secret de ce qu'il lui a fait, mais je le découvrirai un jour…

Quant à sa classe, quelques jours avant son départ, elle m'avait dit se sentir rejetée et se faire souvent insulter. Ayant des difficultés et voulant absolument réussir, elle devait beaucoup travailler et écouter en cours… ceux de sa classe n'avaient pas compris…

Même son cheval, sa passion, ne l'a retenue parmi nous.

A 17 ans, sa vie s'est arrêtée. Ce mardi 30 novembre, Cécile est allée sur la voie ferrée, en rentrant du lycée, à 200m de la maison…

Pourquoi tant de jeunes se suicident ?

Pourquoi une telle souffrance ?

Nicole sa Maman à qui vous pouvez écrire:

elea-coline@hotmail.fr

Article pour aider les familles :


Voici quelques données trouvées sur le net pour aider d'autres familles ou les alerter:

Suicide : deux fois plus d'hommes que de femmes

Ce fléau, si complexe à prévenir, est plus mortel que les accidents de la route, avec en moyenne 11.000 décès par an. Le suicide est la première cause de mortalité des 35-44 ans et la deuxième chez les 15-24 ans. Dans l'Hexagone, trois morts par suicide sur quatre sont des hommes.

Malgré la difficulté à chiffrer le fléau suicidaire, voici les données publiées par l'INSERM pour l'année 2001.

" En 2001, le total des suicidés s'est élevé à 10.440, dont 7.655 hommes et 2.785 femmes.

" Sur les 7.655 suicidés hommes, 4.231 se situaient dans la tranche d'âge de 30 à 60 ans, soit 55,27% de suicidés masculins, soit 40,53% de l'ensemble des suicidés.

" Sur les 2.785 suicidées femmes, 1.498 se situaient dans la tranche d'âge de 30 à 60 ans, soit 53,79% de suicidées féminins, soit 14,35% de l'ensemble des suicidés.

" La tranche d'âge de 30 à 60 ans représentait 5.729 suicidé(e)s, soit 54,88% de l'ensemble des suicidés.

Suicide et ados : l'urgence du dialogue

Un lycéen sur quatre a eu ou aura un projet de suicide. Depuis une quinzaine d'années, il y a plus de décès par suicide que par accident de la circulation. Pourtant, et contrairement aux idées reçues, la prévention du suicide passe en priorité par le dialogue. Oser en parler avec une personne au comportement suicidaire ne peut que lui apporter un soulagement et l'aider dans le bon sens.

SUICIDE : LES SIGNES AVANT-COUREURS

Ces indicateurs ne doivent pas être pris isolément. L'addition de plusieurs d'entre eux doit alerter l'entourage.

LES SIGNES PSYCHOLOGIQUES QUI DOIVENT VOUS ALERTER:


" État dépressif
" Incapacité à prendre du plaisir
" Sentiment de désespoir
" Tristesse intense, mélancolie
" Faible contrôle émotionnel
" Baisse d'estime de soi
" Difficulté de concentration et troubles de la mémoire
" Anxiété, angoisse, peur
" Agressivité, rage
" Phobie temporaire
" Humeur instable
" Culpabilité
" Incapacité à faire des projets

Les SIGNES BIOLOGIQUES :


" Troubles alimentaires (perte d'appétit ou boulimie)
" Perte de poids
" Perte de tonus musculaire
" Fatigue inhabituelle
" Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)
" Malaise physique divers

LES MESSAGES DIRECTS :


" Je veux mourir, je veux en finir
" Je ne tiens plus à vivre, ça ne vaut plus la peine, pourquoi vivre ?
" La vie ne me dit rien
" Je serais mieux mort
" Vivre est une corvée
" Je vais me suicider
" Je ne m'en sortirai pas
" Je ne vous embarrasserai plus longtemps
" Vous allez avoir la paix

LES MESSAGES INDIRECTS :


" Bientôt, je vais avoir la paix
" Je pars pour un long voyage
" J'ai fait mon testament
" Je suis inutile, j'échoue partout, je déçois tout le monde, je porte la poisse
" Je suis dans l'impasse, Il n'y a plus d'espoir, plus d'issue
" Je n'ai pas de place dans la société
" Quoi faire pour laisser mon corps à la science ?
" Je le trouve courageux de s'être suicidé
" Vous serez mieux sans moi
" Je ne compte plus pour personne
" J'ai tout raté dans la vie, elle n'a plus de sens
" Merci pour ce que tu as fait pour moi

ACTIONS ET COMPORTEMENT DE LA PERSONNE QUI EST MAL :


" Lecture sur le suicide et la mort, intérêt pour la mort et l'au-delà
" Une précédente tentative
" Rédaction d'un testament
" Don insolite d'objets de valeur : guitare, mobylette, planche de surf...
" Isolement, retrait, abandon d'activités
" Rémission spontanée
" Sérénité soudaine
" Faire la paix avec son entourage
" Agressivité inhabituelle
" Intérêt soudain pour un voyage, pour les armes, les médicaments, etc.
" Laisser-aller personnel (hygiène, vêtements)
" Dégradation des résultats scolaires ou, au contraire, surinvestissement accompagné de stress, d'angoisse
" Absentéisme scolaire, fugue
" Consommation abusive d'alcool, de tabac, de drogues, de médicaments...
" Prises de risque excessives

COMMENT L'AIDER ?

En engageant le dialogue !
Il s'agit souvent d'un signal de désespoir que l'on doit saisir au vol !
Il faut toujours le prendre très au sérieux.
Même sans être un professionnel, votre rôle peut être vital.
Il vous suffit d'exprimer votre compréhension face à une souffrance qui se dévoile.
Laissez parler, afin d'amener votre interlocuteur à exprimer son besoin important d'être écouté.
Osez dialoguer et posez des questions très directes (Es-tu en danger ? Souffres-tu ? As-tu des idées noires ? Es-tu au point de penser à mourir ? As-tu déjà tenté de mettre fin à tes jours ? Y penses-tu maintenant ? etc.). Les personnes qui survivent au suicide affirment toutes que le fait d'en parler leur a fait du bien, notamment en leur apportant un soulagement ; Les psychiatres le confirment.


L'idée n'est pas de lui dire que ce n'est rien, qu'avec le temps ça s'arrangera ou que c'est mal, car ces arguments aggravent le sentiment de culpabilité. Il faut l'encourager à dévoiler ce qu'il a sur le cœur, à dialoguer et à ne pas rester seul avec sa détresse pour une telle décision. Tentez de comprendre les problèmes qui motivent son envie de mourir. Et surtout, montrez-lui que vous tenez à lui et qu'il n'a pas besoin de menacer de se suicider pour s'assurer de votre compréhension.

Et enfin, ne restez pas seuls tous les deux. Allez chercher de l'aide auprès des professionnels, médecins, travailleurs sociaux, infirmières scolaires, enseignants, éducateurs, animateurs, associations d'aide et d'écoute, centres médico-psychologiques.



OU EN PARLER ET A QUI ? :

* Courbevoie Ecoute Jeunes : 0800.835.790 numéro vert (écoute et accueil au 27 bis, avenue Marceau - Courbevoie, du lundi au vendredi de 10h à 19h et le mercredi de 9h30 à 21h).

* Suicide Ecoute : 01.45.39.40.00 (24h/24). Leur site: http://suicide.ecoute.free.fr.

* Suicide Info : www.infosuicide.org.

* SEPIA (Suicide Ecoute Prévention Intervention auprès des Adolescents) : 0800.88.14.34 numéro vert.

* http://www.e-sante.fr/ 08/02/2005 Isabelle Eustache



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