LE JARDIN SABATINI

par Lodgesse


Par une après-midi, encore très chaude, un homme décida de se pendre. Les rues étaient désertes à cette heures, les persiennes des maisons fermées donnaient l'impression d'une ville fantôme. Il se dirigea vers les Jardins de Sabatini. Ce lieu était pour lui, symbolique. Il n'avait pas obtenu d'Alphonse XIII l'autorisation de faire un nu de la princesse, dont, comme la plupart des jeunes gens madrilènes, il était amoureux. Il savait que dans trois jours il serait exilé pour cette insolence. Sa carrière de peintre commençait avec ce scandale et cette injustice qui lui brisait le cœur.

Les formes géométriques du jardin ressemblaient selon lui à l'esprit du roi, incapable de comprendre ses qualités d'artiste. Il s'enfonça dans une allée perpendiculaire où il savait qu'en contrebas, un anneau était scellé à un mur de pierre qui donnait un aspect gothique à son acte. Les arbres formaient à cet endroit un arc sombre et laissaient émerger un sentiment de détresse et de solitude. Il noua la corde autour de l'anneau. Cela, aussi, il l'avait calculé. Sous l'anneau, un socle dépassait comme la proue d'un bateau encastré dans la pierre. Il s'assit et ferma les yeux, pour savourer son chagrin.

Dans les jardins du Luxembourg, une jeune femme consultait un livre magnifique sur l'Espagne, illustré de photographies en noir et blanc et en sépia. Elle arriva au chapitre concernant Madrid ; elle apprit que Philippe II , fils de Charles Quint, fit de la ville la capitale de l'Espagne en 1561. Elle admira le Palais Royal et fut étonnée de découvrir qu'un jardin à la française lui faisait face. C'étaient les Jardins de Sabatini. Des cônes de buis étaient dressés tels des phallus. Cette remarque qui surgit dans son esprit la fit sourire. Elle était veuve depuis deux ans et l'amour lui manquait, terriblement. Elle s'efforça de pénétrer dans ce jardin, par l'imagination, pour chasser ses idées saugrenues. Elle contourna les labyrinthes, arriva près du bassin central dont la vapeur d'eau brouillait la vue. De l'autre côté, elle crut distinguer dans une allée sombre, l'ombre d'un homme assis, avec, lui sembla-t-il, une corde blanche autour du cou. La vision s'effaça, mais elle resta troublée. Elle ferma les yeux, attirée par l'allée, elle laissa libre cours à son imagination.

L'homme vit arriver, au bout de l'allée, une jeune femme élégante, habillée à la mode parisienne. Le tableau ressemblait à une gravure de mode affichée devant un café français qu'il fréquentait. Un détail le frappa. La taille de la jeune femme, extrêmement fine, était cerclée d'un bandeau en soie noire. Il ne pensa plus ni au nœud coulant, ni aux raisons de sa présence autour de son cou. La jeune femme avançait vers lui et attirait ses pensées vers un désir qui surgissait de façon incompréhensible.

Elle se trouva, enfin, face à lui. Leurs regard s'échangèrent avec la même gravité. Elle articula des mots mais les sons ne lui parvinrent pas. Elle tendit les bras pour lui ôter la corde, mais il prit son geste pour une invitation. Son cœur s'emballa, il trouva cependant les ressources suffisantes pour que ses mains atteignent la taille de la jeune femme, vers le ruban noir. Il l'attira vers lui et leur lèvres s'effleurèrent. La jeune femme recula légèrement la tête et lui sourit. Leurs regards se pénétrèrent comme un coït, un désir mutuel les habita.

Leurs lèvres se trouvèrent, leurs langues échangèrent les mouvements de leur attrait. Il dénoua le ruban noir, dégrafa la pression de la jupe qui glissa à terre, laissant apparaître un jupon court au dessus des jambes recouvertes de bas de soie blanche tenus par des jarretières fleuries. Ce spectacle décupla son désir. La jeune femme, ressentait un sentiment de gêne et d'excitation mêlées. Après tout, elle était sur un banc des Jardins du Luxembourg, les yeux clos, elle voulait garder cette impression, ne pas la lâcher.

Les mains de l'inconnu se glissèrent sous le jupon et trouvèrent les fesses voluptueuses à leur goût. Elles se cabrèrent, sans résistance pourtant, rapprochant dangereusement leurs deux sexes qui frémirent à ce contact. Il fit pivoter la jeune femme qui se trouva sur ses genoux, délaça le ruban qui cintrait le chemisier et prit contact avec les seins de l'inconnue. Un gémissement lui parvint.

Son sexe gonflé par le va et vient qu'il ne pouvait empêcher, fut extirpé par la main d'albâtre de la jeune femme qui l'aida à trouver le chemin du sien. Il la pénétra lentement, d'une main, il garda le sein, de l'autre, il atteignit le clitoris. La jeune femme s'ajusta au rythme des caresses et de la pénétration, de plus en plus profonde. Ils prirent le temps de savourer les moindres frissons qui émanaient de chaque parcelle de leurs corps. Puis, le rythme s'accéléra de lui même. De l'andante au crescendo, leurs plaintes jaillissaient de leur plaisir intense. Le mouvement devint délire, leurs lèvres se cherchèrent, ils se mordillaient, se léchaient. L'extase arriva à son comble à la manière d'un envol de colombes. Ils restèrent quelques minutes ainsi, haletants, épanouis de bonheur, les ongles pénétrèrent dans les chairs. La chute fut brutale. Ils perdirent connaissance.

Il fut réveillé par le gardien du parc qui retira la corde et lui ordonna de partir. En se levant, il ramassa, le ruban de soie noire, embaumant l'odeur de son amante, et qu'il garda sous sa chemise. Il tenta de retrouver la jeune femme, en vain. Les trois jours s'écoulèrent. Son départ en exil lui brisa le cœur. Il choisit la France pour l'accueillir, il se rendit à Paris.

Un jour, qu'il se promenait dans les jardins du Luxembourg, il vit une jeune femme assise sur un banc. Cette vision fit bondir son cœur. Il sortit de sa chemise, le ruban de soie noire, s'avança derrière elle, souriant, et déposa le ruban sur les yeux de la jeune femme. Aussitôt, elle l'arracha, se retourna et le contempla, incrédule : Buenas dias, lui dit-elle. Et, un rire joyeux les prit…



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