PLAISIR D'UN INSTANT

par FELINE


C'était une journée à mille autres semblables. Elle revenait des courses. Chargée comme d'habitude. L'attente lui parut longue, comme une éternité. Et le vent était froid. Et puis, le bus, les secousses, les coups de frein, le crissement des pneus, et puis l'odeur, ou plutôt les odeurs.

Ballottée dans la chaleur un peu moite, elle était à demi assoupie. Elle se laissait porter. Elle se laissait aller. Elle s'agrippait à ses sacs, comme à des bouées. Elle se demandait ce qu'elle allait, ce soir, bien pouvoir leur faire à manger. "Bof, on verra." se dit-elle. Déjà rentrer. Chaque chose en son temps. Puis ranger. Ensuite, elle se fera un bon café. Puis le linge à étendre... La routine, quoi ! Ce quotidien bien tranquille, pesant et rassurant tout à la fois. Elle n'était pas, malheureuse, pas heureuse non plus. Normale... comme tout le monde, était-elle tentée de penser.

Le grand bâtiment rouge brique se précisait devant ses yeux. Il lui faudrait descendre, réagir, continuer. Il lui venait des idées d'autres choses. Des idées vagues... Elle était arrivée. Et, deux sacs dans chaque main, elle entrepris la marche, sa longue marche. Il ne faut rien exagérer, se disait-elle, finalement c'est assez vite fait. Alors, comme chaque fois qu'elle se sentait un peu désemparée, découragée, elle serra très fort les poings en pensant intensément "Tu vas y arriver, tu vas y arriver." Comme lui disait son père, il n'y a pas de mal à s'encourager soi-même. Ca aide !!

La petite rue, les feux. Ce qu'ils sont longs ces feux !!! Encore une rue, toujours encombrée, celle-ci, toujours il lui fallait contourner, descendre, monter... Parfois, il lui arrivait de maudire les propriétaires de voitures, motos et autres encombrants qui bloquaient l'espace des trottoirs. Ce que le chemin jusque chez elle lui semblait long et pénible aujourd’hui. Elle se dit qu'elle avait besoin de vitamines !!

Le tabac, le bar, enfin le parc... Et c'est alors qu'elle le vit.

Toujours son sempiternel jeans, et toujours ses espadrilles. Elle souriait : il lui rappelait un certain Gaston Lagaffe... Il ne manquait plus que le pull... A dire vrai, elle n'était pas mécontente de le voir. Lui, il allait l'aider. Elle le connaissait, sans le connaître vraiment. Il habitait deux immeubles plus hauts. Poli, aimable, sympathique, et surtout toujours souriant, en fin apparemment, en extérieur... Ils avaient de bonnes relations de voisinage, se rendant mutuellement de menus services. Elle veillait sur sa mère, quand il s'absentait pour quelques jours. Il surveillait le gosse, quand elle rentrait un peu tard. Il lui avait rendu bien des services, lorsqu'elle avait aménagé. Il s'arrêta à son niveau, prit les sacs, et ils continuèrent. Quelques pas. Un étage, deux étages.

Tout fut rapidement rangé. Il parlait peu. Elle le savait. Elle lui proposa un café, que comme d'habitude, il accepta. Elle lui demanda des nouvelles de sa mère. Toujours la même réponse. Toujours le même sourire. Toujours cette vague gène, qu'elle ne s'expliquait pas vraiment. Elle servit les cafés. Et, là, sans qu'elle eut pressenti ce geste, il posa sa main sur la sienne, se leva, lui souleva le menton et l'embrassa. Elle accepta ce baiser. Surprise, étonnée... Mais elle accepta. Il but prestement son café, embarrassé, presque rouge, lui dit à bientôt et sortit.

Et, elle, garda sur ses lèvres et sur sa langue le goût de ce baiser étrange, presque volé...


le 26 août 2006.



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