LA PEAU

par Lodgesse


A son contact, je me métamorphosais. De femme de tête, comme m'appelait Marie, je devenais petite fille rougissante. C'est banal, me direz-vous. Oui, ça l'est. Mais c'est si étrange, si imprévu. Avoir de la pudeur quand on est impudique habituellement, devenir discrète quand tout un chacun vous voit extravertie, cela donne parfois l'impression que l'on n'est plus soi. Vouloir vivre une aventure érotique en laissant l'enfant agir en soi, en laissant tomber avec sa robe, son rôle de femme, est-ce pour autant manquer de sensualité ?

Je me préparais à le rencontrer. Je ne savais pas si nous allions franchir le pas et faire l'amour ce jour-là. Nous le souhaitions tous les deux, nous nous le disions mais il y avait dans ce désir une retenue qui provenait des souvenirs des corps trop vite connus, trop vite offerts, trop vite perdus. Dans cette énième tentative de trouver un bonheur au-dessus de la norme, lui comme moi, n'admettions plus la légèreté. C'est pourtant nue sous ma robe de laine que je décidais de le voir cet après-midi.

Cette nudité se voulait entière, celle de mon corps et celle de mon âme. S'il fallait exprimer ce sentiment, je ne voyais aucune autre solution. En me rendant à ce rendez-vous, au volant de ma voiture, je rêvais à cette rencontre qui réveilla entre mes cuisses une délicieuse sensation de chaleur et d'onctuosité. Je passais le prendre, et je sentais bien chez lui un malaise, une timidité face à cette étape à franchir. Nous allâmes prendre un café. Sur le chemin, il me demanda " que veux-tu faire ? " . Je n'allais certes pas lui proposer une partie tennis - il est plus fort que moi - ou de jambes en l'air d'emblée ; il aurait pris dans les deux cas, ses jambes à son cou ! J'esquivai donc la question en lui disant que je ne parlerai qu'en présence de mon avocat.

Devant le café fumant, nos regards se croisaient, s'esquivaient. " Et si nous biaisions ? ". Rires. Difficile pourtant de détendre l'atmosphère, nous nous sentions bien l'un avec l'autre pourtant, mais ce petit nœud restait vivace. " Veux-tu aller à l'hôtel ? " me demanda-t-il enfin en prenant ma main et en y déposant un baiser appuyé de son regard. C'est par un hochement de tête que j'acquiesçais.

Il me proposa trois noms d'hôtels dans les environs, sa préférence allait pour le " Victor-Hugo ", je pensais évidemment aux amours de Adèle H, et j'approuvai son choix. Devant le seuil de l'hôtel, il ouvrit la porte, il n'avait visiblement pas l'habitude de faire la démarche, en plein après-midi, de demander une chambre, pour faire l'amour. Mais il s'en sortit très bien. J'étais amusée de le voir faire. Il prit la clé, nous montâmes les deux étages… il n'y avait pas d'ascenseur ! quel dommage. Il eut bien du mal à ouvrir la porte, je crois vraiment qu'il était stressé.

J'étais aux anges de le voir ainsi, sa maladresse m'était une douceur exquise. Décidément, les hommes trop sûrs d'eux n'ont aucune chance de m'émouvoir. La chambre était coquette, simple, il y faisait juste un peu frais. Je rangeais mon manteau dans la penderie et nous échangeâmes un long baiser. Puis, je ne suis pas prête d'oublier ce geste, il sortit une bouteille de champagne. Nous trinquâmes à nos amours ; cette gorgée de champagne restera inscrite dans mon corps et dans mon esprit jusqu'à la fin de ma vie.

Assis, tous deux, au bord du lit, nous n'osions pas encore nous toucher. Nous avions prévu de ne pas nous sentir obligés de passer à l'acte, mais de nous découvrir, de nous caresser, de nous sentir ; être ensemble ailleurs que dans un lieu public, échapper aux regards des passants ou des clients des cafés que nous visitions.

Ses mains n'entreprenaient donc que très sagement de passer sur ma robe, de caresser mes seins, mes hanches, mes cuisses. Je goûtais à ce plaisir purement tactile en passant mon bras sur ses épaules et en cherchant dans ses cheveux et dans son cou quelques points faibles.

Les baisers échangés étaient une pure merveille, et j'aurais voulu figer le temps pour qu'ils ne s'arrêtent jamais. Sa main descendit le long de ma cuisse, sur mon genou et remonta sous ma robe où il découvrit mes bas, puis un peu plus haut , il glissa sur la peau jusqu'à mon pubis. Sa stupéfaction me figea un instant, comme lui. Il prit conscience que j'étais nue sous ma robe. Son sourire éclaira son visage et il murmura à mon oreille : " coquine ! ".



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