LA FETE DE LA MUSIQUE

par MUSE


Les rues de Paris étaient fleuries de notes de musique, ce soir là, pour franchir le solstice d’été.

Musiciens à chaque coin de rue, virtuoses sur plaque de cuivre, valets tenant les partitions, violons et violoncelles, orchestres de toutes tailles, chanteurs occasionnels, musiques actuelles, influences diverses, tout s’accordait pour que les notes de musique envahissent l'atmosphère de leurs octaves harmonieux, pour le plaisir des oreilles et des yeux.

Je m’étais garée avenue Foch, non loin de l’Avenue de la Grande Armée, et me trouvais là au milieu de la foule, aveuglée par les lumières de la ville, et le soleil encore présent, la tête envahie de mélodies diverses, je marchais vers lui, qui planté face à moi, de toute sa hauteur regardait plus au loin dans une autre direction. J’arrivais à ses côtés, et après une brève étreinte il m’entraînait loin du groupe de musique péruvienne à l’angle de la rue.

J’aurais aimé rester plus longtemps, écouter guitares et mandolines qu’accompagnaient si bien les flûtes de pan. J’aimais ce rythme enjoué aux sons mélodieux. Il me faisait rêver.

Sans se préoccuper de mes envies et de la fête autour de nous il m’entraînait tout en bas de cette grande avenue dans le seul bar d’où aucune musique ne sortait. L’unique attraction des lieux était le ballet incessant des voitures autour du rond point. Mes yeux se fixaient sur les lumières scintillantes du Palais des Congrès dont les affiches imposantes proposaient le spectacle de Notre Dame de Paris. Cela faisait six mois qu’il était à l’affiche.

Souriant il me proposait de prendre l’apéritif en me vantant les trsors du caviste. Il commandait une bouteille d’un champagne millésimé. Il faisait bon ce soir là et je portais le verre près de ma joue, pour que sa fraîcheur apaise la chaleur de mon visage. J’avais l’esprit ailleurs, il fuyait à la vitesse des bulles qui montaient dans le verre. Je venais pour la première fois d’accepter de dîner avec un homme que je connaissais à peine. D’une rencontre virtuelle su le net je passais au réel.

Autour de nous les couples allaient et venait, les serveurs installaient nappes et couverts pour l’heure du repas. Il parlait, commentait notre rencontre, s’expliquait sur les raisons qui l’avaient amené à la recherche d’une compagnie féminine. Insatiable, ses mots s’écoulaient de sa bouche comme un torrent entre les rochers, entrecoupés de gorgées de champagne, pour mieux reprendre leur cours. Sa voix monocorde, m’ennuyait, je prêtais distraitement une oreille, j’esquissais un sourire, et regardais mon verre se remplir à nouveau. Je n’avais d’aise que d’apprécier ce délicieux champagne.


Le ciel ce soir de juin était en feu, le soleil d’un rouge orangé se reflétait dans les immeubles vitrés de la Défense. Leurs verrières propageaient les rayons tel un laser magique au-dessus de la ville. Mes yeux attirés vers ces lignes oblongues me détachaient du monde réel. Le bruit de la bouteille dans son seau me fit sursauter. Il se levait, allait payer, et m’attendait debout sur le trottoir.

D’un geste amical il m’invitait à le suivre, sa main se posait sur mon épaule. Tout en marchant il m’indiquait l’endroit où nous allions. Il avait réservé une table pour deux dans un grand restaurant. Pendant le trajet j’avais droit aux pourquoi telle fontaine, pourquoi telles lucarnes, sa qualité d’architecte lui donnait la faculté de décrire avec minutie les façades de chaque constructions, bâtiments ou autres difices.

Avec lui je découvrais les endroits d’un Paris inconnu à mes yeux. Nous allions d’un pas cadencé, mes hauts talons ralentissaient ma démarche. Il s’était rendu compte que j’avais du mal suivre ses pas, sa main se faisait alors plus pressante et descendait autour de ma taille. Il me guidait ainsi à son rythme.

Au bout de l’avenue, un hall imposant se présentait à nous, une entrée majestueuse s’ouvrait sur une salle non moins éblouissante, éclairée par de superbes lustres de bois blanc synonymes d’élégance et de raffinement. La salle ornée de tentures aux couleurs chaudes s’harmonisait avec les boiseries des petits salons. De superbes fauteuils autour d’une table bien mise nous tendaient leurs bras.

Confort, sérénité, discrétion, tout respirait le calme et le luxe. Le maître d’hôtel me donnait la carte sur laquelle ne figurait aucun prix. Je n’avais pas très faim et de me voir ainsi dans ce milieu intime me rendait encore plus pensive. J’avais presque envie de m’enfuir. Il me regardait, un léger sourire aux lèvres, il sortait une cigarette de son étui doré posé sur la table, me l’offrait, et d’un geste galant allumait la mienne d’abord et la sienne. Le repas se déroulait dans une ambiance feutrée, le service de table était légant et raffiné. Mais je voyais les heures passer. Il tenait conversation, et mes réponses se transformaient en de légers sourires pour ne pas contrarier l’élégance du lieu.


Le repas se terminait par une bouteille de champagne offerte aimablement par le maître des lieux. Ils se tutoyaient, amis depuis l’enfance, il fréquentait donc souvent cet endroit, en connaissant les moindres recoins pour en avoir dessiné lui-même la conception.

Un brin de discussion entre hommes assorti d’une fine champagne venait clore ce merveilleux repas. D’un sourire je remerciais aimablement le maître de céans.

Dehors, la température ne baissait pas, mais le soleil avait disparu laissant place à un ciel étoilé. Il était près d’une heure du matin, et je me sentais légèrement fatiguée avec une forte envie de rentrer.

Il me proposait de me raccompagner, reprenant litinéraire en sens inverse, remontant vers l’avenue dans laquelle se trouvait ma voiture. Arrivés à hauteur de la portière il s’avançait vers moi. Je sentais mon corps se dérober et machinalement je lui tournais le dos pour ne pas accepter ses lèvres sur les miennes. Je devais pourtant le remercier de cette soirée en sa compagnie, et de ce lieu magnifique qui m’avait fasciné. Mais de simples mots ne devaient pas suffire.

Bien qu’il semblait galant, il avait la force nécessaire pour que je me retrouve face à lui. Mon dos collé à la portière il m’était difficile de résister. Je cédais à son emprise, et me laissais envahir par le poids de son corps. Je sentais sur ma bouche ses lèvres humides, et son haleine aux vapeurs d’alcool me donnait la nausée. Il se collait sur moi de plus en plus, ses mains remontaient ma robe le long de mes hanches, d’une main j’essayais de l’arrêter mais la force avec laquelle il me plaquait contre la voiture m’empêchait de bouger. J’avais peur, j’avais mal. Sa main gauche tenait la mienne, collée derrière mon dos, sa bouche toujours plaquée à la mienne je ne pouvais me dégager. Mon corps entier se paralysait sous la pression du sien. La rapidité de sa main sous ma robe me faisait frémir.


Je la sentais fureteuse, fouineuse, mes cuisses se resserraient jusqu’à lui empêcher le passage. Il forçait pourtant fermement, sauvagement je sentais son souffle dans le cou, ses effluves d’alcool, mes yeux se fronçaient avec rage. Je fermais la bouche crispant mes mâchoires. Je ne voulais pas de son doigt que je sentais se faufiler en moi, il me pénétrait en puissance, ressortait, tâtait, écartait s’enfouissait, malgré mon refus, mes contorsions. Impuissante devant la vigueur de cet homme mon corps luttait mal, mes jambes tremblaient je tenais à peine debout. S’il n’avait pas tenu mon bras derrière le dos, je crois que je me serais écroulée. Lorsque sa bouche se reculait de la mienne ou de ma joue il riait, collant ses lèvres près de mon oreille il marmonnait des insanités, des mots vulgaires, et crachait toutes sortes d’obscénités.

Je pleurais ne pouvant me défendre, ne pouvant m’échapper. Un doigt, puis deux, puis trois forçaient l’ouverture, j’avais mal, ma chair torturée criait au fond de moi, son sexe prenait la place de ses doigts, sa main posée sur ma bouche, je pensais à mourir sur l’instant j’aurais tout donné pour que mon cœur s’arrête de battre, j’aurais voulu m’enfoncer dans le monde des ténèbres fermer les yeux et ne plus les ouvrir.

Ma tête raisonnait des cris que je ne poussais pas, ce n’était plus des larmes mais des vagues brûlantes qui sortaient de mes yeux. De puissants coups de reins son membre tel un fer de lance me rongeait l’intérieur. A coups de va et vient, il me déchirait, martelant mon sexe comme un forcené, la souffrance atroce remontait dans toutes mes entrailles.

Il finissait par jouir, enfin je le sentais, il se relâchait, et me dégageais en même temps. Le dos toujours contre la portière mes jambes cédaient sous le poids de mon corps, je me repliais, ramassais mon sac tombé à terre. Son acte immonde terminé, il remettait son pantalon en place.


Très gentiment il ouvrait la portière prenant ma main il m’aidait à me relever. Sa bouche s’approchait alors de ma main, il l’embrassait. Assise une main sur le volant, j’ai mis tremblante la clef dans la serrure, la honte, la gêne m’empêchaient de parler. J’ai appuyé sur l’accélérateur, jusqu’à l’appartement. Je ne sais plus si les feux étaient rouges ou verts, j’ai roulé, sans regarder jamais dans le rétroviseur. J’avais trop peur

Quand je suis rentrée, tu étais couché, tu ne dormais pas. Je suis passée dans la salle de bains, je suis restée longtemps sous la douche. Puis assise sur le canapé enroulé dans le peignoir de bain, j’ai fumé une dernière cigarette. Fatiguée, j’ai laissé glisser mon peignoir et me suis coulée sous la couette. Quand tu m’as senti près de toi, tu as tendu le bras et je me suis blottie tout contre toi. Tu m’as embrassée sur le front en murmurant deux ou trois mots que j’ai cru comprendre. Je tremblais, j’avais des tas d’images dans ma tête.

J’ai repensé mille fois à ce qui s’était passé ce soir là……le soir de la fête de la musique.



Retour vers Histoires érotiques d'Amis


http://www.erotica51.com © 14.03.2003 - 14.03.2017 - Tous Droits Réservés