MELANCOLIE, QUAND TU ME TIENS

par MUSE


Le soleil, malgré la fraîcheur de la nuit, avait chauffé le sable. Très peu de nuages. Peu de vent. Le temps était clair et cette fin d’après midi annonçait une belle et douce soirée.

Les vacances tiraient vers leur fin. Début septembre les estivants désertaient la plage, il ne restait plus que quelques privilégiés, des habitués des lieux, des résidants à l’année, ou ceux qui préféraient le calme et pas la bousculade, préférant les longues promenades de bon matin aux serviettes collées es unes aux autres.

Les commerces d’été fermaient aussi peu à peu leurs grilles. Les étals d’accessoires et autres bric à brac, se rangeaient au fond, empilés sur les étagères. Quelques villas cossues du front de mer affichaient également leurs volets clos.

Comme un ballet ce soir là, disparaissaient un à un les vacanciers, les dames remontaient de la plage sacs et serviettes à la main, les gamins traînaient négligemment derrière eux leurs seaux, leurs pelles et râteaux. Les messieurs rentraient de leur promenade, prêtant main forte aux dames pour transporter chaises et parasol.

La plage se vidait. Silencieusement. Dans cette étendue de sable morcelée par le vent et les pieds des enfants, s’écrasaient les châteaux, prouesses enfantines, éphémères, avalés par les vagues. Les ondes minuscules laissaient les coquillages à la lisère du sable mouillé.

Ce soir la mer était belle, calme et sereine, elle se fondait en silence avec l’horizon. Plus un bruit, juste le clapotis des vagues qui tapait sur les rochers. Le ciel ensanglanté scintillait sur la mer.

Plus personne, sauf elle.

Elle est là, elle regarde. Elle descend sur la plage comme on va à l’autel, discrète, attentive, respectueuse du lieu. Elle s’avance paisiblement, dans sa main, un long bout de bois marque le sable d’une traînée profonde, et laisse derrière elle sa trace comme on grave les noms dans l’écorce des arbres.

Elle met ses pieds dans l’eau, la fraîcheur et les vagues la saisissent à peine.

L’écume lui glisse entre les orteils, semence de la mer qui s’avance en silence sur le sable mouillé. Elle enfonce ses pieds, elle joue, elle se souvient. Elle se penche et ramasse un ruban d’algues vertes, légumes de la mer, dont les corps souples s’accordent au mouvement des ondes. Elle tient entre ses doigts les bulles remplies d’air qui les aident à flotter. Et tout en souriant elle claque les pustules. Elle sent la forte odeur de varech et dépose la bande entre deux vaguelettes. Ses deux mains plongent et s’enfouissent dans le sable, pour enlever le liquide visqueux collant au bout de ses doigts.

La musique des vagues lui rappelle son enfance. Elle se sent si fragile si faible face à l’immensité, elle respire et écoute.

Elle se laisse bercer par la chanson des ondes, le murmure des vagues, souvenirs inoubliables, elle repense et entend tous les rires d’enfants,. Elle ouvre grands ses yeux sur cette mer plus verte encore que l’iris de ses yeux. Les vagues se retirent et découvrent plus encore cette bande de sable, où s’enfoncent et s’enlisent coquilles éclatées.

La nuit tombe en silence et laisse transparaître un fil, un rayon de lune qui va éclairer le lieu. Elle se sent immortelle, en parfaite harmonie en cet instant précis, avec cet univers. Elle voudrait que ces minutes de bonheur durent toute la vie.

Elle est seule. Elle est là, et laisse s’écouler les vagues de son âme. Elle ferme les yeux et le sel de ses larmes lui brûle le visage. Sa main lâche son arme, le bâton qu’elle a enfoncé dans le sol, elle essuie les deux perles sorties de son visage.

La fraîcheur de la nuit s’abat sur ses épaules. Elle sait qu’il faut rentrer, ses pieds nus connaissent par cœur le sentier formé de sable et de galets. Elle reprend son bâton. Elle plonge dans la nuit, le bâton à la main elle rebrousse chemin, vers sa demeure



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