LA PLAGE

par Bobootchooo



Derrière les volutes de ta cigarette, dans cette brume apathique tu te cachais. Rajoutant une mèche de cheveux, tu voulais te soustraire aux regards pourtant inexistants. Tu ne voulais plus voir en face toutes ces vérités criantes. Tu aurais voulu suivre les sinuosités vaporeuses de tes souffles enfumés pour disparaître. Parcourant cette plage déserte à l’ambiance résonant de ta mélancolie, chaque pas te rapprochait d’une eau aussi glaciale que tes yeux.

Et puis quelque chose est venu perturber ton absence. Tes pensées, que tu laissais divaguer à l’horizon, ont été dérangées par une présence. Dans un geste d’une lenteur hésitante, tu as tourné la tête et tu l’as vu. Ses yeux plongés dans le lointain, il était immobile à quelques battements de paupières de toi. Il était venu te déranger et pourtant, figé, comme irréel dans ce brouillard, rien n’aurait dû te troubler. Mais tu l’étais.

Alors prudemment, sans savoir pourquoi, tu as amorcé un pas, indécise au départ et puis imperceptiblement tu t’es rapprochée de lui. Tu ne savais pas quoi, mais tu désirais savoir. A quelques mètres de lui maintenant, il n’avait pas encore tourné la tête. Tu sentais pourtant qu’il avait perçu tes mouvements. Tu t’es arrêtée. Comment trouver les mots pour dire ce que tu n’arrivais pas à t’expliquer toi-même ?

Une mouette est venue se moquer de son cri de cette scène qui te paraissait à toi aussi ridicule. Aux effluves marins sont venus se mêler celle de cet homme qui commençait à te faire douter par son ignorance arrogante. Résignée, tu allais repartir vers ce néant que tu étais venue chercher quand il a enfin tourné la tête. Seul dépassaient ces yeux encore un peu perdus, de l’encolure de son caban. Il était beau.

Sans un mot, il t’a souri. Tu n’as pu réprimer ton envie de répondre à ce sourire. Mystérieusement, comme si la complicité de ce que vous étiez tous les deux venus chercher ici était suffisante, il s’est rapproché de toi. Son regard était maintenant perdu dans tes yeux aux reflets maritimes. Dans un mouvement, que la force de cette attirance inconnue qu’il avait fait naître en toi ne pouvait esquiver, il est venu de ses doigts relever la mèches de tes cheveux. Et puis sa main a glissé sur ta joue en une caresse qui t’a fait frissonner.

Il a juste dit : « tu as l’air triste ». Et sa voix a retenti sur cette plage déserte pour venir se heurter à ton âme prisonnière de ses affres. Et pourtant ses mots t’ont touchée plus que tu ne le voulais, puisque déjà tu déposais ta main sur la sienne pour qu’elle reste sur ta joue. La chaleur de cette caresse douce et incertaine est venue réchauffer ton corps, et déjà tes pensées parcouraient le sien en imaginant sa peau sous tes mains. Vous étiez tous les deux immobiles à cet instant, ne voulant pas briser ce silence qui vous reliait.

Aussi timides que vous l’étiez, le soleil est venu glisser quelques rayons dans vos yeux : une lueur d’espoir. Sa main s’est éloignée de ton visage. La tienne est restée dedans. D’une pression à peine perceptible, il t’a attirée vers lui et toi tu t’es abandonnée dans ses bras. Sa tête est venue se poser contre la tienne de manière si naturelle. Tu étais si bien. Il a rapproché sa bouche de ton oreille, esquisser quelques mots mais tu n’entendais déjà plus, perdue dans l’attente de le voir poser enfin ses lèvres sur ta peau. Tu as senti son souffle se rapprocher. Tu as attendu ce contact de ses lèvres et ce fut divin. Un frémissement qui te fit lui offrir ton cou.

Doucement ses baisers sont remontés sur tes joues, la commissure de tes lèvres qu’il a effleurées. Plus rien n’existait autour de toi. Tu avais enfin cet abandon, ce vide que tu étais venu chercher sans même oser l’imaginer. Et puis vos bouches se sont trouvées, d’abord incertaines et puis plus intrépides, guidées par les battements de son cœur. Enivrée par ses baisers, tu t’es laissée guider mettant tes pas dans les siens. Le jour déclinait mais pas ton envie de suivre cet inconnu vers ce désir un peu flou que tu sentais vibrer au plus profond de toi.

Malgré la légèreté de tes pensées, tes pas crissaient sur le sable. Après avoir traversé l'estran, vous remontiez vers les dunes balayées par ce vent d'insouciance qui avait rempli peu à peu l'espace. Tu le suivais, ta main dans la sienne, vos yeux s'étant un instant quittés. Tu étais un peu ailleurs mais un espoir, que tu ne voulais t'avouer, commençait à germer dans ton esprit vagabond. Alors que tu croyais cette plage déserte, ce cabanon discret d'un bleu délavé est apparu. Posé là comme un bateau échoué. Il faisait face à la mer, la bravant de son allure si fragile dans ce paysage où se lisait la puissance indomptable des jours de tempêtes. Il ressemblait à cet homme.

Après ce premier baiser, tu t'attendais à plus d'impatience de sa part. Tu imaginais que la promesse de ses caresses en appellerait d'autres. Mais le temps pour lui ne semblait pas avoir la même façon de s'écouler. Tu le sentais dans sa démarche sûre et posée, dans son regard toujours un peu lointain. Tu étais si rassurée par cette force silencieuse. Le sable fuyait sous vos pieds comme des graines d'émotions attendant patiemment leur heure pour germer. Et puis, gravissant cette éminence aux courbes mouvantes, vous vous êtes retrouvés devant la porte de cette bicoque solitaire. Un goéland s'est envolé dans un cri aussitôt happé par le vent.

Un regard vers toi et il a poussé la porte. La lueur de ses yeux avait changé. Il t'ouvrait bien plus que son jardin secret. La transition, dans cet espace si réduit, vous a soudainement liés un peu plus. Il t'a serrée dans ses bras comme sentant le besoin que tu avais d'être rassurée. Par-dessus son épaule, en même temps que tu t'abreuvais de son parfum subtile, tu découvrais cette pièce unique, à la fois si petite et pourtant remplie d'une simplicité merveilleuse. Dans un coin, un poêle irradiait la pièce d'une agréable chaleur chargée d'odeurs douces et lénifiantes. Un fauteuil aux lignes pures, une table basse où était posé un appareil photo et, accrochés aux murs, des clichés de vagues figeant le temps et la fureur des grains océaniques en noir et blanc. Le dépouillement mettait en valeur la richesse de chaque élément sans qu'aucune intention de décoration n'ait réellement cherché cette harmonie. Tu sentais sa respiration contre toi et les battements de ton coeur s'étaient calés sur les siens.

Lentement, il t'a fait reculer en direction du fauteuil, toujours dans ses bras, toujours en te souriant. Dans un mouvement aérien comme un dernier pas de tango, vous vous êtes retrouvés assis, enlacés. Sur ses genoux ta tête contre son torse, ses bras autour de ta taille, ton corps dans ce contact d'une tendresse infinie retrouvait peu à peu de sa joie. N'osant plus bouger de peur de briser ce rêve et un peu intimidée, tu profitais de cette accalmie dans les tumultes de ta conscience. Il caressait tes cheveux. Tu te blottissais contre lui, retrouvant la quiétude de la petite fille que tu étais restée au fond de toi. L'innocence de ses caresses te donnait la confiance de toi aussi poser ta main sur sa joue. De caresser de ta pommette son buste pour venir déposer le bout de tes lèvres à la naissance de son cou. Tu sentais, en même temps qu'un frisson, ses bras te serrer d'un désir un peu plus fort.

Sentant la chaleur t’envahir, l'effluve de l'attirance t’enivrer, d'un geste à la fois affectueux et assuré, il a commencé à faire glisser ta veste sur ton épaule. Par la fenêtre glissaient les nuages impétueux comme le faisaient maintenant ses lèvres sur ta peau offerte. Enivrée par ses souffles qui se faisaient plus pressants, tu capitulais à l’appel de tes sens. Les yeux fermés, ressentant chaque contact. Des vagues de plaisir venaient se déposer dans les abysses de ton corps, cette force sensuelle depuis si longtemps contenue. Affranchie un instant de toi-même, tes pensées devenaient liquides comme un océan de délices. Tu t'es baignée dans ces yeux à la douceur marine, sentant sur ta peau l’embrun de ses baisers.

....

Dans cette cabane, devenue la cabine d’un navire imaginaire pris dans la tourmente des sens, ton corps s’est laissé submerger par le roulis d’une météo toute câline. Son corps te berçant comme la houle, dérivant comme des naufragés perdant peu à peu les repères, tes yeux se brouillaient des étoiles mouvantes d’un ciel qui était le reflet de la plénitude de cette liberté de l’oubli. Comme un flux détendu, une marée d’émotions inondait le rivage de ta raison d’écumes envoûtantes. Et puis tes amarres ont lâché, les éléments se sont déchaînés pour te laisser voguer sur des flots extatiques d’un entre air et mer sublimée d’un bonheur aussi imprévu que soudain. Passagers clandestins d’une jouissance partagée pris dans une tempête de volupté née de cette rencontre intemporelle de deux errances incertaines.

Par la lucarne, la lumière du soir était adoucie par de tendres rayons de lune. Vos corps offerts tant au ciel que l'un à l'autre se repaissent de la caresse de ce partage délicieux. Dans cette nuit, vos yeux brillaient maintenant à l'unisson du reflet des étoiles irisées de vos désirs communs. Lentement glissait le contraste de la chaleur de ce désir qui inéluctablement vous poussait comme un vent d’espoirs retrouvés. La voûte céleste, ce soir-là, était constellée de vos murmures...



Tu es la plage où je suis venu
Me perdre et trouver l’inconnu
Qui se formait dans mes yeux
Pensées aux reflets douloureux
De cette identité tant recherchée
D’un amant rêvé pour m’oublier.

Bob



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