IL SAIT ET CELA LUI SUFFIT

par MUSE


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Ce matin, elle ne trouve pas les mots qui tant de fois lui traversent la tête. Elle est vide, vide d’envies, vide d’avoir envie de donner un sens à sa vie. Se laisser porter, c’est sa seule envie.

Levée d’un bon, sans regarder l’heure, elle a allumé la lumière, branché sa messagerie. Elle laisse défiler les messages reçus dans la nuit.

Elle boit son café. Il lui vient à l’idée qu’elle allumerait bien une cigarette, mais cette envie s’efface, fugace. Elle sait ce qu’elle a enduré, combien cela a été difficile d’arrêter. Non, elle ne doit pas craquer. Elle a un léger sourire aux lèvres, puis elle se regarde dans la glace, elle serait ridicule de reprendre.
Replonger, oui mais pas pour une cigarette. Recommencer oui, mais sans fumée, sans tabac. Mais recommencer quoi ?

Il est tôt ce matin, pourquoi s’est-elle levée, elle ne travaille pas, le chat n’a pas miaulé, il n’a rien demandé. Il n’a même pas mangé. Tout autour d’elle n’est que silence, les voisins ne font aucun bruit, le ciel est gris. Elle n’entend que le ronron de son chat qui vient de se coller contre elle, près de son clavier.

Installée devant son écran, elle fait dérouler des images et des textes, elle s’évade du monde dans lequel elle s’étouffe. Souvent elle y passe du temps, ne compte pas les heures.

L’arrivée d’un message la sort de son délire. A cette heure-ci qui peut bien lui écrire ? Elle reconnaît l’entête du message. Tient, se dit-elle, encore une publicité, c’est fatigant à la longue d’être sans cesse sollicitée. Instinctivement sa main ouvre le message. Une carte postale envoyée par « adresse inconnue ». Qui lui fait cette farce ? Elle n’a pas le cœur à rire, elle le sent ce matin taper plus que d’habitude. Elle ne sait pas pourquoi. Elle se sent fragile, elle se lève et n’ose pas regarder. Elle prend le chat, le met dans ses bras. Elle va à la fenêtre et laisse ses yeux se porter vers le ciel. Elle a tant parlé de sa vie, elle a tant parlé de lui. Heureusement le temps passe, on dit que tout s’efface, et pourtant. Elle sait qu’il faut du temps.

Elle revient face à son écran. Mais si elle fait autre chose, et qu’elle laisse le message hors du temps, elle ne pourra plus le consulter. Pourtant sa main plus vive que la raison, amène le pointeur sur l’adresse et le lien. S’ouvre alors une carte sonore, musique douce qu’elle reconnaît d’abord. Quelques lettres emmêlées écrivent «Je t’aime encore». Elles partent en beauté dans un feu d’artifice brllant de mille couleurs. Son cœur va s’arrêter. Elle le sent. Elle a chaud, froid, elle ne sait plus.


Qui se cache derrière ce message, qui d’autre que Lui peut lui écrire ainsi ? Elle a des éclairs plein la tête, fait rejouer la carte, s’imprègne de la musique, ferme les yeux et rêve. Elle a peur. Elle a peur de l’aimer encore et encore, malgré ce qui s’est passé. Dans sa tête elle se prend à chanter, c’est la chanson de Brel, celle des vieux amants qui lui vient en mémoire. Elle ne connaît pas bien les paroles ; qu’importe, elle a besoin. Son cœur crie au scandale, il a mal, il hurle de douleur, elle va vers sa musique, en tire le cd, et mets la chanson.

Assise sur son canapé la tête renversée, son souffle est coupé, et laisse échapper quelques larmes. Larmes d’un amour passé, larmes d’un amour jamais effacé, qui sait, retrouvé ?

Elle cherche les paroles, les garde en mémoire. Elle remet la chanson et fredonne à nouveau les toutes dernières phrases : 

Oh mon amour,
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour,
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour,
Je t'aime encore, tu sais, je t'aime.


Elle ne peut lui répondre, elle n’a pas son adresse, pourquoi se cacher d’elle, ne pas le lui dire, juste lui écrire. Face à son écran elle revient et se tient immobile. Attendre un jour peut-être, un autre message, d’autres images.

Elle regarde les aiguilles il est temps, il est l’heure, il faut qu’elle sorte, qu’elle respire, dehors, la vie, le monde bouge. Elle se prépare, se maquille se regarde et sourit.

Elle est là, très loin de lui, il sait qu’elle existe et qu’elle vit.

De longs mois sans se voir, sans se parler. Elle vivait.
S’il savait, combien de fois, elle avait pensé à Lui.

 
Le 27/08/2005



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